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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 12:42


Le Québec tout entier se réveille de sa torpeur. Le temps où nous jouissions de notre fausse liberté arrive à sa fin inévitable.

Je suis né au Québec, j'ai grandi ici et j'y suis toujours un citoyen. Toutefois cela ne fait pas de moi un être exclusif. Ce n'est pas MON chez moi, c'est le chez moi de tous ceux qui viennent vivre ici. Le Québec est une terre d’accueil particulière où il n'en existe ailleurs dans notre monde. C'est un endroit particulier, spécial. Un havre de paix et de liberté de conscience.

Tout d'abord, il a été au début de son histoire la promesse de cela. D'autres sont venus s'y joindre. Même si cela fut fait par la conquête il n'en demeure pas moins que des gens qui n'étaient pas français sont venus vivre ici et se sont mélangés aux premiers colons. Deux cultures amalgamées pour n'en faire qu'une seule. Je dis deux, mais c'était bien plus que cela. Les peuples amérindiens qui étaient déjà sur place, qui avaient pris soins de préserver cette terre d'accueil avant notre arrivé se sont aussi mélangés aux deux autres. Les bases du multiculturalisme venaient d'être posées dès le plus jeune âge de cette terre d'accueil, ce berceau de la liberté de conscience.

Depuis, tant de gens de partout dans le monde sont venus ici. Ils sont venus se joindre à ce grand projet collectif de démontrer au monde entier qu'il était possible de vivre en étant libre de croire, libre de faire son choix de conscience et de foi.

Néanmoins il fut une temps où il faisait sombre ici. La religion catholique avait la mains mise sur la vie des gens, de tous les gens. Un jour, dans les années soixante et soixante-dix un grand mouvement de libération fut entamé. Le peuple en a eu assez de l'oppression constante de leur église. Ils ont dit NON! Ils ont brisé leurs chaines. Ils se sont affranchis de l'esclavage de leur conscience.

Depuis ce temps, d'autres sont venus nous rejoindre en espérant faire de même. Nous étions le promesse de liberté de la conscience. Ici il était possible de vivre sa foi quel quelle soit en toute liberté. Cela était garanti.

Malheureusement, à l'heure où j'écris ce mot, des groupes extrémistes fomentent le plan de profiter de cette liberté de conscience pour assoir leur idéaux fanatiques dans notre oasis de paix. La réponse à cette tentative est la formulation par notre gouvernement malhabile d'une charte de la liberté religieuse, celle de l'état. Il croit qu'en faisant de l'état un exemple de laïcité il combattra ou empêchera le fanatisme religieux de prendre racine dans notre have de liberté. Au contraire, il les invitent. Voulant empêcher non pas seulement le choix de foi, mais sont affirmation dans l'identité de ceux qui en font le choix, il divisent et ostracise. Il blesse dans la conscience, il fait naitre la frustration et le rejet. Ce sont là à mon sens les semences du fanatisme religieux que certains groupes ne rejetterons pas l'opportunité d'entretenir jusqu'à son éclosion.

Je trouve cela bien triste, car au-delà des religions qui nous séparons les uns des autres, il y a la foi en Dieu qui les animent tous. Bien que cet être divin puisse avoir des noms différents chez chacun de ces croyances il n'en demeure pas moins l'entité qui a créé l'univers tout entier et ainsi notre monde. Il ne demande qu'à ce nous nous éveillons de notre torpeur et que nous nous libérions du carcans de nos religions. Nous devons nous efforcer à reconnaitre qui nous sommes vraiment.

Pour y arriver collectivement, ce n'est pas en rejetant l'autre, mais en l'invitant à jouir de la liberté et d'en reconnaitre le concept. Nous ne devons pas privé quiconque de l'expression de leur croyance, mais les inviter sur le chemin de la découverte de qui nous sommes dans ce monde. Non Dieu n'est pas guerrier ni revendicateur, au contraire. De nombreuses fois il nous à envoyer des messagers qui nous ont livré ce message. Aimons nos ennemis, aimons-nous les uns et les autres. Respectons-nous et assistons-nous dans la recherche de la vérité de qui nous sommes vraiment. C'est en ouvrant notre cœur et notre esprit aux autres que cette vérité jaillira collectivement. Le fanatisme, peut importe sont niveau ne peut avoir d'emprise sur la forteresse de la liberté de conscience. N'érigeons pas des remparts d'intolérances, mais ouvrons nos portes à ses envahisseurs et invitons-les à goûter aux fruits de nos tables. Dieu, nous, ferons le restes j'en suis convaincu.

Il faudra aussi à notre tour chercher la vérité. Comprendre notre histoire. Identifier nos valeurs collectives et les affirmer. Nous trouverons sur ce nouveau chemin la vérité au sujet de notre existence en ce monde. Nous avons combattu et rejeté l'oppression de notre religion. Nous nous sommes affranchis. Maintenant nous devons réaliser que nous sommes bien plus que des Hommes et des Femmes. Nous devons regarder regarder le responsable de la création tout entière avec un oeil nouveau. Nous devons réaliser notre vraie nature. Notre âme le demande, Dieu le demande et maintenant notre conscience nous le cri à travers ce nouveau défi.

Partagez svp! Partagez le plus possible.

Bonne journée à tous!
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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 11:43

Nos gouvernements semblent vouloir s'acharner à combattre toutes formes d'expression de la foi. Peu importe la croyance elle est visée et défiée. Elle est mise au pilori afin de soi disant soutenir le principe de la liberté. Quand même paradoxale quand on sait que nos société ont été crée justement afin de garantir la liberté d'expression et de croyance. Nous avons toujours soutenu cela. Ils semblent, les gouvernements, derrière cette chasse aux symboles n'avoir qu'une idée en tête. Éviter de devoir donner des avantages sociaux plus qu'ils n'en offrent maintenant.

Nous avons les congés fériés qui sont en général basé sur des fêtes religieuses chrétiennes. Pâques, Noël, l'action de grâces etc. Ils savent que s'ils ne font rien de plus en plus de religions finiront pas demander des congés fériés aussi afin qu'ils puissent librement s'adonner à leur culte à des moments importants de façon collective. Pour le moment ce n'est pas les fidèles de ces religions qui demandent des avantages, mais bel et bien des institutions qui offre des accommodements ici et là. Bien entendu ces fidèles les recevrons avec joie. Est-ce si dérangeant? Non je ne le crois pas et je pense que se serait l'avis de plusieurs.

Toutefois pour arriver à éradiquer l'expression religieux via ses symboles dans nos institutions le gouvernement mise sur la peur de la différence chez les gens. Ils espèrent susciter une telle haine que chacune des lois proposées qui les soutiendra dans leur chasse aux chimères sera reçue et désirée par monsieur et madame tout le monde. Vous me direz "ben voyons!". Et je vous répondrai bêtement "Ben oui!".

C'est tout de même fascinant que si vous posez la question individuellement, la plupart trouve cela ridicule et sans fondement. Quelle menace peut bien avoir une croix chrétienne sur une mur, un kirpa à la ceinture ou un voile islamique sur la tête d'une musulmane? Individuellement, la plupart n'en voient pas. Mais étrangement, collectivement nous nous sentons menacés. Les journaux avec leur sensationnalisme légendaire attisent les masses en utilisant des exemples extrêmes qui suscite l'indignation. Le voile est une menace à la liberté et à la valeur de la femme, le kirpa est une arme et on est contre les armes, La croix aussi signifie la violence puisqu'un homme est mort dessus.

On s'attaque à nos symboles chrétiens dans le seul objectif d'empêcher l'utilisation des symboles religieux des autres religions sous prétexte qu'en les tolérants nous devions aussi tolérer les abus d’extrémistes un peu partout dans le monde. Il faut se rappeler que la religion est un choix personnel. Elle est l'expression d'une foi. Elle n'est pas une publicité pour une compagnie de fourniture de sport, elle n'est pas non plus un outil de promotion de sa foi auprès des autres. ELle est une forme d'expression de sa propre croyance. J'irais même dire qu'elle joue le même rôle qu'un tattoo ou un piercing. Elle exprime au même titre que la couleur artificielle des cheveux ou le modèle d'une voiture.

Si tel est le cas, pourquoi elle ferait peur? Pourquoi serait-elle une menace à la liberté? On voit bien que cela ne tient pas la route. Nos gouvernement utilise la peur de la différence chez les gens pour s'éviter de la dépense encore une fois. C'est toujours l'argent qui motive les décisions d'un gouvernement. Ils vont toujours tenter d'éviter toutes nouvelles sorties d'argent

La peur de la différence c'est de la foutaise. Moi quand je vois une femme voilée je vois l'expression d'une femme qui vie sa foi. Elle a encore cette vision de la foi qui lui rappelle le plus souvent possible les règles selon lesquelles elle aligne sa vie, son comportement et qui inclut le respect des autres. C'est la même chose pour tous les autres symboles religieux. Cela fait-il d'eux des meilleurs personnes? Non, cela fait d'eux de meilleurs personnes à leurs yeux, car ils estiment que leur croyance les soutient dans leur quête de sens de leur existence.

Si pour la plupart nous avons rejeter les organisations religieuses hors de notre existence, ce n'est pas nécessairement le cas pour tout le monde. Si nous aimons la liberté nous devons la respecter là cela nous tente le moins. C'est à dire dans des situations qui ne nous rapporte rien personnellement, mais qui fait grand bien à plusieurs.

Chez plusieurs formes de croyances il semblent y avoir des abus, alors éduquons, enseignons, prévenons et ne fermons pas les yeux quand c'est le temps de les ouvrir. Mais de grâce ne limitons pas l'expression de la foi de personne.

Daniel Bone
22 Août 2013

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 11:53

RÉVÉLATION : SEDUCTION

 

Sommes-nous les seuls acteurs dans le grand Dessein de DIEU?


Sommes-nous prêts spirituellement pour faire face à une vérité qui nous a longtemps été cachée?


Le monde maintenant débarrassé de ses démons sera l’hôte d’une course sans merci de factions provenant des royaumes célestes et de notre propre monde dans le seul but de paver la voie du destin de l’humanité.


Un enfant spécial s’épanouira dans ce monde ou les attentats terroristes de part et d’autres, les enjeux économiques mondiaux ainsi que les catastrophes environnementales seront autant de menaces qui pousseront le monde entier à être confronté à des choix profonds qui scelleront le sort de l’humanité à jamais.


Mais cette dernière a-t-elle le rôle de premier plan dans ce vaste univers?


L’humanité, la Terre, ainsi que la dimension dans laquelle ils évoluent sont remis en question ou plutôt dire remis en perspective.

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 19:52

RÉVÉLATION : SÉDUCTION


PROLOGUE


Non loin de la petite ville d’Aksoum, sur les terres qui aujourd’hui seraient appelées l’Éthiopie, le soleil se lève déjà avec toute sa puissance. Les rosées matinales s’évaporent rapidement sous la chaleur de l’été. Les âmes s’agitent déjà tout autour de la ville à transporter de l’eau. Plusieurs ont déjà quitté leur demeure pour les champs afin d’y cueillir des dattes et des olives avec lesquelles ils feront de l’huile qu’ils vendront pour la plupart au marché. Les routes commerciales de du Moyen-Orient offrent des opportunités immenses depuis que les romains ont séparé les grandes régions d’Arabie en trois. Toutefois, ils sont partout et nul ne peut échapper à leur contrôle.

 

Ce matin-là n’est pas ordinaire pour le petit Tamihj. D’ordinaire il erre ici et là ne cherchant qu’à faire les cent coups. De toutes les époques les jeunes enfants ne changent pas. Son espièglerie le mena à l’endroit où réside un homme mystérieux. Cet homme, on dit de lui qu’il n’est pas d’ici, de la région. Il a le teint plus pâle que les autres et il parle des langues bizarres. Tamihj et ses amis ont souvent tourné autour de cet endroit, mais ils avaient trop peur pour s’en approcher. Pourtant, ce matin il est là tout près. Pourquoi donc? Il n’est sait rien. On ne se questionne pas trop à cet âge-là. On suit son instinct, point à la ligne.

 

Tapis dans des buissons à l’affut du moindre mouvement, il attend. Cet homme finira bien par donner un signe de vie, s’il est bien là, car depuis un certain temps ce vieil homme n’apparaissait plus au village. Il n’y venait pas souvent, mais bien même son absence a été remarquée de tous. Certes, il était vêtu comme tout le monde avec sa longue chamma, une sorte de toge tissée en lin et ceinte d’une étoffe de lin à la taille. C’est plutôt sa longue barbe blanchâtre et sa peau très pâle qui ne le laissait pas passer inaperçu. D’où venait-il s’il n’était pas des nôtres. Tamijh avait entendu dire par ses parents qu’il venait du nord. Arrivé il y a de cela quelque dizaines d’année, seul. Il s’était installé non loin du village avec l’accord des chefs. On le disait bizarre, car chaque matin lorsqu’il était vu, il s’assoyait sur une roche et levait les bras vers le ciel et criait des mots que personnes ne comprenait. Bref, pour Tamijh il était tout simplement bizarre.

 

Ce matin, il ne le voyait pas encore, mais à un moment quelque chose attira son attention de l’autre côté de la maison de l’homme bizarre. De la poussière s’élevait du sol, mais il ne pouvait pas voir de quoi il s’agissait. Il resta immobile voire ce qui allait arriver. Des chevaux, il entendit des chevaux. Au bruit qu’ils faisaient, ils étaient au moins cinq se disait-il. Il ne voyait toujours pas qui les montait. Puis, il entendit la voix de l’homme bizarre crier des paroles qu’il ne comprenait pas comme celles qu’il prononçait lorsqu’il s’assoyait sur les roches. Subitement il vit sortir le vieil homme qui semblait affolé de chez lui. Il courait avec peine, il fuyait. Il fuyait quoi? Deux hommes sortir derrière lui et le suivait, mais ils ne couraient pas. Le vieil homme n’avait plus la force de courir. Ces hommes marchaient et ils semblaient aller aussi vite que lui. Puis deux autres et finalement un dernier apparu au travers des rayons du soleil qui perçait à travers le toit en roseau qui surplombait le devant de la petite maison. Il l’entendit crier « Ramenez-le moi! ».

 

Les deux premiers hommes l’avait rattrapé sans effort et ils le poussaient jusqu’à l’homme qui semblait leur chef. Le vieil homme n’offrait aucune résistance, mais il continuait de parler en cette langue étrangère. Le chef lui posait des questions, mais le vieil homme ne semblait pas lui répondre. Il tenait ses bras serrés contre sa poitrine. Il tenait quelque chose enveloppé dans du tissus de lin brut. Il le serrait si fort que même lorsqu’un des hommes voulu lui enlever tout le corps du vieil homme suivait le mouvement de tiraillement. Sans avertissement, le chef sorti une épée de sa ceinture et sans hésitation, d’un grand mouvement s’élança et trancha la tête du vieil homme. Son corps et sa tête tombèrent sur le côté et de la couleur donnait une nouvelle teinte à ses vêtements. Tamihj n’avait juste une envie, celle de courir de s’enfuir, mais il n’arrivait pas à bouger un seul de ses petits doigts. Il était cloué sur place.

 

Un bruit soudain vint briser le silence de cette horreur dont il venait d’être témoin. Le petit Tamihj n’avait jamais été témoin de violence. Son peuple ne souffrait pas de cela. C’était un peuple pacifique. Quelque chose bougeait non loin d’où il se tapissait juste à sa gauche. Puis un autre bruit à sa droite. Il tremblait, mais il garda le silence. Il entendit le bruit presque silencieux d’un sifflement puis d’un autre et encore un autre. Des flèches puissantes étaient tirées de par les buissons pas très loin. Elles atteignirent les hommes du premier coup, chacune d’elles. Leur corps s’affaissa lourdement sur le sol poussiéreux juste à côté du vieil homme.  Ceux qui avaient tiré ces flèches sortir des talus. Ils étaient grands. Ils portaient des habits noirs et des capuchons couvraient leur visage, mais il put en distinguer un parmi les autres. Il avait la même teinte de visage que le vieil homme. Ils se dirigeaient tout droit vers ceux qu’ils venaient d’abattre. Ils fouillaient leur corps, mais ne toucha pas à celui du vieil homme. Puis un des hommes parla aux autres et ils s’en allèrent sans rien apporter avec eux. Tamihj comprit tout de suite que ce n’était pas des voleurs. Des assassins? Bien qu’il n’en avait jamais vu auparavant, il avait entendu des histoires qui parvenaient de l’autre bout du monde que les caravaniers racontaient lorsqu’ils passaient par le village.

 

#

 

Quelques mois plus tôt dans la capitale de la Phrygie, aujourd’hui la Turquie, se tenait le concile du même nom que la ville, Laodicée. La dernière réunion fut aussi sombre que le temps du jour. Il faisait froid pour cette période de l’année. Derrière les portes de cèdres d’un des offices où avaient lieu les réunions se tenait un dernier entretient. Les Évêques de la jeune Église s’étaient mis d’accord sur un point. Les écrits qui n’avaient pas été retenus afin de constituer le cœur de la doctrine chrétienne allaient devoir disparaître. Les anges qui étaient l’idée maitresse de certains étaient menaçants pour les premiers croyants aux yeux des Évêques. Ils craignaient que les chrétiens ne s’écartent de Jésus le Christ et surtout de leurs enseignements. Pour eux, le salut des Hommes passaient par la foi en le Christ et son message. Tout ce qui pouvait entraver cela devait être éliminé.

 

Ils conclurent que les écrits apocryphes, ceux qui n’avaient pas été retenus par le concile devaient être retrouvé et leurs auteurs traiter avec la plus sévère attitude. Ils envoyèrent des ordres de chasseurs aux quatre coins du territoire chrétien et de toutes les régions qui cernaient la Méditerranée. Leur retour ne devait s’effectuer selon que leurs missions avaient été accomplies, pas avant ou pas du tout. C’est ainsi qu’un de ses groupes d’hommes se rendirent à Alexandrie, puis empruntèrent la route de l’orient du Sud jusqu’en Arabie Saoudite. Traversèrent la mer et se rendirent à Aksoum. Ils avaient eu vent qu’un de ces auteurs se trouvaient dans cette région. Ce dernier dont une partie des écrits se trouvait entre les mains des Évêques avait fui Éphèse plusieurs années. Sans doute avait-il eu la vision du sort qui l’attendait suite aux vérités qu’il couchait sur ses parchemins. Il savait que la visite qu’il avait reçue d’un Être exceptionnel le rendait fragile aux jugements des dirigeants de la jeune Église du Christ. De plus, cet Être venu d’ailleurs lui avait dicté son chemin. Le vieil ne pouvait que mettre sa confiance en ce destin inspiré des choses qui le dépassait et il avait foi en Dieu.


#


Encore de longues heures avant le midi. L’astre du jour ne l’attendait pas pour briller de tous ses feux. Toutefois Tamihj resta dans les ténèbres encore un moment. Il demeurait assis la tête sur ses genoux. Ses vêtements mouillés de ses larmes séchaient presqu’instantanément. Ce dont il avait été témoin alla l’accompagner le reste de sa vie.

 

Néanmoins, outre l’horreur dont il avait été témoin,  quelque chose en lui s’éveillait. La curiosité est cette chose qui vient nous souffler aux oreilles et ce peu importe les circonstances. Il essuya ses yeux trempés puis se leva. Il descendit la butte sur laquelle il avait été témoin de toute la scène. Le cri des oiseaux, le sifflement des insectes, ni même les mouches qui l’assaillaient n’existaient. Il était subjuguer à la fois par la peur et l’insatiable curiosité qui s’emparait de lui. Il s’approcha lentement. Ses yeux avaient peine à rester ouvert tant son esprit tentaient de s’éviter de voir ces corps mutilés étendus devant lui. Il marcha parmi eux un petit pas à la fois. Il avait peur, oh oui il avait peur. Encore plus fort était son désir de savoir. Le corps du vieil homme allongés, baignant dans une mare de sang n’avait pas lâché ce qu’il tenait avant sa mort. Ses bras croisés sur la toile de lin étaient sa dernière garde, le dernier message que leur propriétaire leur avait dicté avant de partir.

Le jeune Tamihj s’enfonçait à la surface de cette terre boueuse par la vie des hommes qui l’avaient quitté.

 

Soudainement, il glissa et tomba sur le corps du vieil homme. Ses petites mains avaient rejoint celles de l’homme. Elles étaient encore chaudes et presqu’en vie. Au touché il comprit ce qu’il tenait aussi ferme. Un livre, du moins cela lui ressemblait beaucoup. Il n’en avait jamais tenu un dans ses mains, mais il savait les reconnaitre. Il l’empoigna et tenta de le retirer de la garde du vieil homme, mais il ne lâchait pas prise. Il s’appuyait sur son corps et poussa d’une main tandis qu’il poussait de l’autre. D’un ultime effort il l’arracha brusquement. Sous l’effet de l’effort, il bascula en arrière et tomba assis sur le sol boueux. Il avait la victoire, il le tenait. C’était à lui maintenant. Tenant le paquet de lin sur ses genoux, il le libéra de ses habits.

 

 

L’odeur du sang s’élevait et lui empoignait le nez, malgré la petite brise qui faisait vaguer les bandes de lin tissé qui couvraient les fenêtres la petite maison de chaux. Il resta néanmoins cloué sur place comme s’il était envouté par une force invisible.  C’était un livre. Une pile de papiers aux bords inégaux étaient attachés par un mince cordage qui liait aussi les deux pièces de cuir d’agneau. Ce cuir avec dû être martelé longtemps pour être aussi souple. Il y avait des inscriptions sur le dessus, mais il ne pouvait pas les lires, même s’il avait su le faire. Un assemblage étrange de symboles qu’il n’avait jamais vu auparavant. Il glissa ses petits doigts sur la couverture, puis l’empoigna. Il ouvrit le livre et l’intérieur, ses pages étaient écrites avec d’autres symboles, différents des premiers. Tout cela restait un mystère pour lui. Même s’il ne pouvait en déchiffrer le contenu, il demeura subjugué par lui. Il resta quelques minutes à contempler cette œuvre. Cette dernière lui appartenait maintenant. Il se leva finalement et quitta ce lieu maudit, sans jeter un seul regard derrière lui.

 

Il marcha quelques minutes vers l’ouest. Pas tout à fait en direction de son village. Un petit détour s’imposait. Ce livre, ce trésor il le garderait pour lui seul se disait-il. C’était sa découverte et personne ne lui enlèverait, non personne. Non loin de son village était situé les collines de Mahège. Ils les avaient découvertes il y quelques mois et c’était son endroit préféré, car personne n’y venait. Curieusement il n’y avait pas d’arbre, par de verdure, pas de vie qui couvrait cet endroit. Son père lui avait raconté qu’une source d’eau à ses pieds était si aigre que rien ne pouvait s’y abreuvé. Aucun animal, aucune plantes ne survivait plus de trois heures après s’en être abreuvé. Tamihj connaissait les moindres recoins de ces collines et surtout où cette source coulait.

 

Après avoir grimpé quelques mètres, une ouverture brisait la paroi rocheuse. À peine plus grosse que lui. Il se glissa à l’intérieur. C’était son palais royal, son refuge personnel. L’espace intérieur de l’endroit n’était pas très grand, mais pour un petit de cet âge cela semblait immense à ses yeux. Il y avait apporté tous ses trésors, ses découvertes. Parmi eux, une jarre d’eau que des caravaniers avaient laissé tomber par hasard sur la route qui menait au village. Heureusement elle ne s’était pas brisée dans sa chute. Il l’avait ramassé et amener dans son palais. Tamihj, y versait de l’eau qui se conservait à la fraiche. C’était d’une grande valeur en ces journées chaudes de l’été.

 

Après s’être rafraichit de son eau, il agrippa les deux anses puis fit basculer la jarre. Il vida son contenu sur le sol. Il prit le livre de cuir et le tordit péniblement en le forçant dans la jarre. Il prit soins de ne pas le laisser tomber à l’intérieur complètement sinon il n’allait pas pouvoir le récupérer sans devoir la briser. Il replaça le linge sur le goulot et enfonça le bouchon de bois bien en place. Sans attendre il quitta pour se rendre à au village. Ses parents bien qu’habitué à son absence allaient quand même s’interroger à savoir où il était bien passé.

 

Le soir venu, Tamihj fut en proie à une intense fièvre. Sa mère resta auprès de lui toute la nuit, mais il ne vit pas l’aube du lendemain. Personne n’aura jamais su ce qui était responsable de cette fièvre morbide. Ce genre de malaise était bien courant en ces temps, mais celle-ci avait été agressive hors du commun. Le pauvre petit Tamihj a quitté ce monde avant même de pouvoir jouir de ses fruits. Il emporta avec lui le secret du massacre du vieil homme et de ses assaillants. Le livre quant à lui allait demeurer caché aux yeux des hommes pour des milliers d’années. Le village nourrit par l’évolution des hommes s’agrandi et la cachette de Tamihj fut enseveli sous poids de la cité qui la recouvrait.

 

Des écrits de même nature ont été découvert tout long du vingtième siècle à plusieurs endroits dont le moins populaire site de Nag Hammadi en Égypte et celui de Qumrân sur la rive nord-ouest de la Mer morte qui avaient exposé des manuscrits qui font encore aujourd’hui de forts intéressants sujets de recherche partout dans le monde. Ils provoquaient aussi de nombreuses controverses notamment dans le milieu religieux. Certains auteurs s’étaient emparés de cette manne d’attention mondiale pour en exploiter le sujet dans leurs créations. Toutefois, ils n’étaient pas les seuls à s’y intéresser. L’Église s’étaient engagé à trouver tous ces vestiges du passé et soit de les discréditer ou de les faire disparaître, selon ce qui semblait le plus pratique et le moins dommageable pour l’assurance de son pouvoir sur les Hommes. Néanmoins, il existait des groupes bien plus sombres et bien plus secrets qui ne demandaient qu’à en dévoiler les contenus à des fins plus qu’évidentes même aux yeux des profanes.

 

 

 

 

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 00:59

Que se passerait-il si nous serions victime d'une expérience dont on ne connait rien? Quelque chose qu'on ne peut identifier qui s'abat sur notre civilisation et dont la science quand bien même aurait un jour des réponses ne nous viendrait pas en secours les premiers temps? Outre le danger de la ma menace extérieur, il y a les autres, les hommes et les femmes qui ne cherchent qu'à survivre, parfois à n'importe quel prix. Perdrions-nous une partie de notre humanité en route? Et si notre fin était inéluctable sur notre planète, sur notre planète? Une des questions qui nous vient à l'esprit dans la fuite est "suis-je seul?" Voyons voir à partir de cette nouvelle si l'on peut répondre à de telles questions.

 

 

 

LA FUITE

 

             Je suis blotti dans un tas de paille au fond d’une grange. Je suis trempé et j’ai froid, horriblement froid. De plus, mon ventre gargouille de faim. Mes tripes se serrent, je suis malade. Ça doit être à cause de l’eau que j’ai bue hier. Oui, c’est ça. Ça doit d’être l’eau. C’était une vieille maison de ferme où je m’étais réfugié pour respirer un peu et peut-être trouver des vêtements propres et secs. Ils n’étaient pas mouillés par la pluie, mais par ma propre sueur. J’avais soif, terriblement soif, mais il n’y avait pas d’eau. Probablement que la pompe électrique ne fonctionnait plus. De toute façon, de l’électricité, il n’y en avait pas. J’étais allé voir dehors, car derrière la maison il y avait une cabane et je me doutais qu’il pouvait s’agir de l’endroit qui abritait la pompe à eau. Elle était bien là. Une pompe de puits de surface, mais elle ne fonctionnait plus. Il y avait une grange juste à cinquante mètre de là.  Je n’avais pas le choix, je devais aller voir. Je savais que je prenais un gros risque, car là où il y a de la vie, il y a du danger.

 

               Une vieille grange de bois vieilli par les saisons. J’ouvris la porte échancrée et il me vint au visage une odeur indescriptible. Une odeur de mort. Une puanteur innommable qui venait vous picoter le nez et sans même pouvoir y faire quoi que ce soit, le cœur vous levait instantanément. J’avais vomis sur place. Néanmoins, au moment que je refermais la porte sur cette horreur, je remarquai quelque chose un peu plus au fond. Un réservoir en plastique bleu était juste là dans le coin de la pièce juste en entrant. Quatre mètres et j’y serais. Je sentais qu’il y avait de l’eau dans cette Jerrycan, j’en étais sûr. Encore fallait-il que je puisse m’y rendre, car l’odeur était si forte qu’une seule respiration me levait le cœur. Je devais prendre courage, je n’avais pas le choix. C’est cela où mourir de déshydratation.

 

               L’air était de plus en plus sec, aucune précipitation depuis un long moment. Ce qui se passait partout asséchait l’air et nous ne pouvions rien faire. Je dis « nous », car j’espérais ne pas être le seul. Je passais ma manche sale sur ma bouche et je me convainquais finalement d’y aller. Je me rapprochais de la porte en tremblant, sachant très bien comment j’allais essuyer cette horreur. Je gardais mon bras sur mon visage, je couvrais ma bouche et mon nez. Puis j’entrai à l’intérieur. Il faisait humide ici. Surement ce qui provoquait cette odeur qui créait cette humidité aussi pesante. J’avançai à travers les rayons de lumières qui pénétraient dans les pièces par les carreaux brisés des fenêtres. Le plancher de bois craquait sous mes pas. Puis cette odeur qui m’agressait encore et encore. Mon corps voulait vomir, mes tripes se serraient, mais il ne sortait plus rien, il s’était déjà vider de tout. Seul demeurait l’incontrôlable mouvement de rejet de mon estomac vide. Cela faisait mal à chaque spasme. J’atteignis finalement la Jerrycan. Je l’agrippai de mes deux mains et la brassa pour déterminer si elle n’était pas vide. Je fus rempli de joie alors que je constatai qu’elle était à moitié. Puis le doute s’installa aussitôt. Moitié pleine de quoi. De l’eau j’espérais. Je soulevai le bouchon qui n’était pas vissé. Il n’était que déposé sur le goulot de la Jerrycan. Je la penchai dans un rayon de lumière afin de voir ce qu’il y avait à l’intérieur. De l’eau! Je me suis écrié à haute voix. Je penchais encore la Jerrycan afin de voir si elle était bonne. Un peu du liquide s’écoulait sur ma main noircie. Une partie de ma main fut éclaircie par la circulation magique de l’eau sur ma peau. Elle semblait claire, du moins à première vue. Il aurait fallu que j’aie les mains propres pour le déterminer de façon sure, mais il n’était pas question que je gaspille cette eau pour les laver. Pas question! Je portai ma main à mon nez afin de la sentir. Encore une foi, dure à dire, si c’était l’odeur de ma main sale ou celle de l’eau que je sentais. J’allais devoir me risquer. Avais-je le choix de toute façon. Je sapai l’eau que j’avais dans le creux de la main. Elle n’avait pas la saveur d’une eau fraîche, mais elle semblait bonne. Quand la soif vous torture depuis des jours, vous faites moins le difficile. Je bue alors quelques gorgées en parcourant des yeux le reste de la pièce. Elle donnait sur une autre. Là où elles communiquaient entre elles je remarquai quelque chose par terre. Ça grouillait, mais je ne pouvais identifier précisément ce que c’était.  Je suivais du regard ces petits mouvements qui, au sol, venait à mes pieds. C’était dégueulasse!

 

               Des asticots blancs et sales rampaient sur le sol. À en déduire par la direction qu’ils allaient et leur nombre, je me doutais bien d’où il provenait. Je décidai d’aller jeter un coup d’œil pour satisfaire ma curiosité malsaine. Bien que mon cœur ait du mal à soutenir cette odeur, j’avançai quelques pas vers l’embrasure qui séparait cette pièce de l’autre. À mesure que j’avançai je vis des poils épars et souillés qui jonchaient le plancher. Voilà, je vis la chose. Il n’en fut certainement pas une jadis, mais là c’était une chose qu’on ne pouvait identifier. Ce fut autrefois un chien, j’en suis presque sûr. Un chien moyen dont je ne pouvais déterminer la race évidemment. Il était là, gonflé par endroit et desséché par d’autres. Les vers s’en étaient nourris, mais ils semblaient ne pas l’avoir été à leur faim. Cette odeur ignoble qui me montait au nez était au-delà des souvenirs des pires odeurs que j’avais pu sentir dans ma vie. Mais il n’y avait pas que les restes de ce chien qui provoquait cette odeur. Je levai les yeux et je vis l’entièreté de la pièce dans laquelle je me trouvais. Des stalles  alignées au nombre d’une dizaine de chaque côté de l’endroit séparé au milieu par une longue allée recouverte de bran de scie souillés et de débris qui était recouvert de moisissures verdâtres et grises. Allongées dans les stalles, au bout de leurs chaines, des vaches étaient mortes au bout de leur faim probablement. Elles étaient gonflées par la décomposition et les vers de lesquels ils sortaient par les nasaux et autres orifices possibles. Les vers se nourrissaient des seules sources d’humidité restante dans ce monde. Celle que contenait les corps vivants ou morts depuis peu.

 

               Je n’eus pas la force de continuer. Je pris mes jambes d’instinct et fuyait sans hésitation cet endroit immonde. Je couru à travers le boisé juste derrière en m’arrêtant ici et là pour vomir ce que je n’avais plus.  J’avais oublié l’eau et je m’en foutais bien. Peut-être que c’est celui qui fait que je sois toujours en vie. Malade, mais en vie. L’eau avait dû être contaminée par l’air à cet endroit. Quelles autres explications peut-il y avoir.  Par chance, je n’avais bu qu’une ou deux gorgée. Si j’avais bu plus, je ne serais pas là à y réfléchir. Je m’assoupi dans mes pensées pour me réveiller quelques heures plus tard. Je crois.

 

               Je me suis réveillé en sursaut. Je tremblais, je n’arrêtais pas de trembler. En plus, je n’ai rien pour me réchauffer. Même la rosée du matin n’y est plus. Cela fait des semaines qu’elle ne vient plus annoncer la levée du jour. L’air est sec, de plus en plus sec. Je pose ma tête entre mes deux mains sales et je réfléchie. La seule pensée qui me vient à l’esprit est celle du souvenir du parfum du café bouillant. La sonnerie du perco qui sonne et qui annonce que le liquide précieux est prêt pour le roi. Je n’avais jamais apprécié à sa juste valeur ce moment unique de la journée. Pourquoi l’aurais-je fait. Le monde était à nous. Tout était à nous. On ne perçoit jamais la valeur des choses quand elles sont en abondances, non jamais. Pourtant… Si on avait su.

Je me souviens du jour où tout cela avait commencé. J’étais au volant de ma voiture et je me dirigeais vers l’Est pour aller rendre visite à de la famille. Tout à coups, je vis un avion qui volait à basse altitude. Un gros avion. Il n’y avait pas d’aéroport dans le coin. Selon moi, la seule explication était qu’il était en difficulté. Il passa au-dessus de moi et je tentai de le suivre du regard par le parebrise puis par la vitre du côté presqu’à m’en rompre le cou. Puis il disparut de mon champ de vision. Je retourner la tête vers l’avant et je fus pris d’une panique. Un bouchon de circulation s’était formé à l’avant. J’eu à peine le temps de freiner avant d’emboutir le véhicule devant moi. J’avais le cœur qui tressautait à vive allure et la sueur coulait sur mon front. Déjà qu’il faisait chaude cette journée-là. Un jour de de plein Juillet. Les vacances d’été. Les routes étaient pleines de gens qui allaient, ici et là, se changer d’air. Toutefois, sur le haut d’une montée, je pouvais voir le bouchon s’étendait sur des kilomètres.

 

             Ici le temps était chaud et humide, mais ensoleillé. Cette chaleur me faisait suer à pleines gouttes. Au loin, le soleil avait disparu. Des bandes de nuages gris et d’un noir presque bleu s’étendaient à l’horizon. Mais on ne voyait pas plus loin, car la route remontait au-delà des lignes de voitures inertes sur l’autoroute. J’ai cru tout de suite à la formation d’un de ces orages d’été qui parfois peuvent être assez violent au point de faire ralentir ou même freiner le trafic. Dans ces temps-là, il n’y autre à faire que d’attendre que cela passe et de continuer après. De toute façon c’est les vacances pour la plupart.

 

               J’observais les nuages au loin à l’affut de la moindre indication qui confirmerait la thèse de l’orage. Un éclair ou un bruit de tonnerre, mais il n’y avait rien.  Toutes les voitures immobilisées, je décidai de sortir de la mienne afin de profiter un peu de l’air instable qui allait s’abattre sur nous, juste avant l’orage. Bizarrement, il n’y avait pas de vent. Pas la moindre brise ne venait alléger l’air. Le calme plat. Des oiseaux venaient par ici en provenance de la cellule orageuse. Il en venait encore. Il en venait de plus en plus. Je trouvai cela bien étrange. À force d’observer ce ciel, il me paraissait bouger. Il se mouvait par lui-même. C’est souvent ce qui arrive à force de fixer un objet trop longtemps, on a l’impression qu’il bouge. Mais il doit bouger, me dis-je. J’ai souvent observé les nuages. Étendu sur le gazon, je m’imaginais des formes. Chaque nuage avait sa forme propre. Je lui donnais des noms. Tantôt une vache, tantôt un arbre. Ici un visage et là une maison et un bateau. On finit par s’endormir en rêvant. Toutefois, maintenant je ne dormais pas et j’étais debout. Des formes surgissaient des nuages et je ne les imaginais pas cette-fois. Des formes aquatiques. Aussi bizarre que celui puisse paraitre, des images de poissons de toutes sortes flottaient dans l’air. Pas seulement des images, mais bien des formes en trois dimensions d’une précision inégalée. Loin des images que je me faisais étendu sur le gazon. Ceux-ci semblaient presque réels. Puis, ils bougeaient. Ils allèrent par ici et par là. La grande étendue nuageuse se regroupait sur elle-même et grossissait en même temps. Cela devenait immense. Des formes sortaient de plus en plus de ce grand nuage et se mouvaient sans direction. Cela semblait tellement immense que ça devenait autre chose que de la curiosité qui semblait s’emparer de mon esprit. Quelque chose se passait et je ne pouvais la comprendre. Je n’avais jamais rien vu de tel auparavant. L’air devenait de plus en plus sec comme si l’humidité s’enfuyait aussi.

 

               Une de ses grandes formes aquatiques semblait se diriger vers nous lentement. Elle avait l’air vivant tellement elle était précise. On pouvait voir ses nageoires, sa queue qui valsait d’un côté et de l’autre. Sa grande bouche qui s’ouvrait et se fermait et ses yeux. Ses grands yeux qui donnaient l’impression qu’ils nous observaient, qu’ils nous regardaient. Elle s’approchait de plus en plus. Elle se dirigeait vers le sol sans changement de vitesse comme si rien ne pressait, rien ne lui faisait obstacle non plus. Je ne pouvais estimer sa grandeur, mais c’était grand, très grand. Je ne sais pas, peut-être la grandeur d’un terrain de football en largeur et d’un immeuble de dix étages en hauteur. Je ne sais pas. Cela vint se fondre au sol, sans changer de forme toutefois. C’était comme si elle avait entré dans le sol. Puis je vis des gens courir au loin, ils courraient par ici. On aurait dit qu’ils fuyaient, mais ils fuyaient quoi. Ce n’était que des nuages. Aussi irréel que cela puisse paraître, ce n’était que des nuages. Cette forme n’avait pas d’aspect solide. On pouvait presque voir au travers sans y arriver. Toutefois les gens au loin criaient et ils criaient de toutes leurs forces. Comment des nuages pouvaient-ils effrayer tant de gens simplement. Il devait y avoir une explication.

 

               Néanmoins, à force de les voir courir et de crier, je fus moi-même pris d’un sentiment étrange de panique. Quelque chose en moi tentait de me convaincre de les suivre. Maintenant la forme avait encore grandit. Il était difficile d’en voir le dessus tellement elle était grande et elle faisait bien plus large qu’un terrain de football cette fois.  Elle était à peine à une centaine de mètres de moi et c’est à ce moment que mon instinct prit les rennes de ma volonté. Je m’enfuis à mon tour. Contrairement aux autres, je pris la direction des champs. Je voyais tous ces gens qui couraient le long de l’autoroute et la forme qui les suivaient. Je compris vite fait que si je les suivais, cette forme aller gagner en distance sur moi. Donc le champ. Après avoir enjambé la clôture qui bordait le champ je couru sans m’arrêter.  Je couru à pleines jambes sans me retourner. La panique s’était emparée de tout mon être. Je courais à tout rompre et je ne visais qu’une chose. La lisière de la forêt qui était à peu près à un kilomètre d’où je me trouvais. Je continuais à courir sans regarder en arrière, je ne voulais pas voir, je voulais courir, m’enfuir.

 

               Depuis ce jour que je coure les campagnes à la recherche d’une explication qui ne vient pas. À chaque fois que je perçois de la vie, elle a déjà quitté ce qu’elle habitait. Personne, je n’ai pas vu personne depuis des semaines. J’ai quelques fois entendu des cris au loin et les rares fois où j’ai eu le courage d’aller voir ce que c’était, il était trop tard. Tout ce que je trouvais c’était des corps d’hommes, de femmes et d’enfants desséchés. Ils gardaient le témoignage de l’horreur qui venait de s’abattre sur eux sur leur visage plissé. Ces choses qui sont venu sans s’annoncés passent et arrache la vie de tout ce qui est vivant et surtout tout ce qui contient de l’eau. Les Êtres humains, les animaux, la plantes, les arbres et les cours d’eau, tout y passent. Ces choses ne laissent rien derrière. Les formes qu’elles prennent et leur soif pour notre source de vie me laisse penser qu’ils sont arrivés sur notre monde d’abord sur les grandes étendues des océans. Ils ont calqués les formes de vie qui s’y trouvaient. C’est l’explication la plus simple. Quoi d’autres cela puisse-t-il être…

 

               L’amiral posa le reste du journal qui avait été retrouvé sur le corps desséché de son grand-père l’année d’avant. Chaque jour, il cherchait à comprendre les raisons de cette innommable tragédie. La Terre avait été vidée de ses eaux, de ses liquides, de la moindre molécule de ce précieux fluide. Chaque être vivant avait été déshydraté par ses monstres qui parcouraient les mondes d’une galaxie à une autre. La guerre des eaux faisait rage depuis longtemps ailleurs, mais jamais elle n’avait menacé notre système solaire. Ce vaisseau patrouillait les confins de notre galaxie lorsqu’il reçut le signal. Un appel à l’aide provenant d’abord de Mars, puis de la Terre quelques semaines plus tard. Jamais le monde n’avait connu de pire tragédie depuis les grandes guerres terrestres de 2037. Ils avaient même évité les sécheresses causées par les abus de l’industrie et de la voracité du marché alors que l’eau se vendait à qui avait encore les moyens de se la payer. Ils avaient réussi à calmer le jeu à l’échelle de la planète.

 

               Ces guerres, cet homme, l’Amiral Kingsley les avait toutes connues. Il était bien jeune lorsque frappa les premiers conflits, puis les catastrophes et les épuisements spontanés de la ressource forcèrent le monde à investir massivement dans les recherches technologiques afin de pousser l’exploration des planètes de notre Voie Lactée. En peu de temps, ils avaient colonisé Mars et établi un avant-poste sur une des lunes de Saturne. L’humanité s’aventurait de plus en plus loin et se tenait fièrement debout devant l’inconnue. Le monde prit conscience de sa fragilité et de celle de la Terre qui lui garantissait la vie. Les industries s’expatriaient ailleurs afin de protéger notre monde, notre Terre. Enfin l’Homme respirait à nouveau. La Terre reprenait vie et cela bien plus vite que ce que les experts avait affirmé.

 

               Depuis, l’humanité avait grandi. L’Homme avait enfin comprit, mais il n’était pas seul. Quelque part ailleurs, se dressaient des mondes bien plus anciens que le nôtre, bien plus aguerris aussi.       Ils se bataillaient le peu de planètes pouvant les soutenir, car eux avaient refusé de comprendre. Ils avaient, depuis des milliers d’années, épuisé les ressources de leur propre monde et ils parcouraient les vastes étendues sidérales à la recherche de ce liquide précieux, l’eau. Pour nous il s’agissait du moteur de la vie, mais pour eux, ce liquide servait de combustible qui permettait à leurs vaisseaux de se mouvoir à des vitesses que nous étions loin de pouvoir atteindre. Eux exploraient et décharnaient les mondes les uns après les autres et nous, nous n’avions d’autres choix que de les fuir les uns après les autres.

 

               Le chemin n’était pas tracé devant-nous, mais nous étions quand même forcé de l’emprunter sans savoir où il nous conduirait. La Terre détruite, nos colonies anéanties, il ne restait que nous, notre vaisseau. L’arche de notre peuple, de notre humanité allait nous conduire à travers l’inconnu et peut-être un jour allions-nous trouver un endroit où notre race pourra de réinstaller sur de nouvelles bases dans un esprit nouveau. Pour le moment, nous n’avons d’autres choix que la fuite, car elle est notre seul planche de salut.

 

-        Daniel Bone (3161 mots)

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 15:12

CHAPITRE QUATRIÈME

 

C’est l’été qui approche. On le sent bien par la chaleur du jour. C’est elle qui nous donne l’espoir de la saison magique qui approche. Là où tout existe en une seule saison. La lumière du jour apparait bien plus tôt et disparait bien plus tard. C’est le temps de l’année où on entend toutes les conversations qui disent la même chose, le même refrain. C’est l’été et nous serons enfin libres. Du moins, c’est ce qu’ils disent dans les villes, ceux qui ne vivent pas près de la terre. Ils préparent leur saison de liberté. Ils nettoient leurs entrées, leurs autos. Ils font le ménage de leur maison. Ils rangent tout ce qui pourrait leur rappeler qu’il y a d’autres saisons dans l’année. Toutefois, nous, c’est tout le contraire. Nous ne pensons qu’à ce que les autres veulent oublier. L’été qui s’annonce porte la promesse de l’abondance et du bien-être du reste de l’année. C’est là, c’est le moment de l’année où il faut tout donner, tout expérimenter, tout organiser. Selon nous, il est là tout le plaisir, loin d’être un fardeau. C’est notre liberté qui sonne à la porte et nous sommes heureux de lui ouvrir, car elle est de la bien belle visite.

 

Les matins de Juin ont du mal à nous quitter. Surtout quand ils sont accompagnés par une pluie fine qui ne cherche qu’à faire obstacle à l’arrivée de cette visite tant attendue. La cuisine d’été a beau être fraîche en sa saison, elle l’est encore plus avant et après. L’humidité est partout et on peut la sentir. Elle accentue toutes les odeurs. Autant le parfum de l’herbe qui s’infiltre par je ne sais pas où que celui des vieilles boiseries qui dévoilent leur âge sans en être gênées.

 

Je sorti par la porte de la cuisine d’été qui se referma derrière moi par un claquement sourd qui se mélangeait au clapotis de l’eau qui s’écoulait du toit le long de la galerie et qui s’écrasait sur la rampe. Mes premiers pas sur le sol pressentaient déjà le sentier instable qui, imbibé par la pluie de la nuit, menait à la grange. Par-delà le fossé entre les deux terrains que je dû franchir avec prudence, le petit chemin façonner à même mes nombreux aller et retour était boueux et coulant. La terre ne s’était pas encore remise de la ponction des bâtiments de l’automne d’avant. Après avoir démoli les structures et évacué les débris, ces hommes avaient niveler le terrain avec de la machinerie lourde. La terre était argileuse. Sans recouvrement de verdure quelconque l’eau des pluies demeurait bien longtemps à la surface et rendait le sol boueux et glissant. J’allais un pas devant l’autre vers la grange, tenant à la main le sceau d’eau que j’apportais pour les volailles. Il n’y avait pas d’eau courante dans le bâtiment et pas d’électricité non plus. Je devais transporter l’eau à chaque jour à l’aide d’un sceau. J’avais déjà vu pire.

 

Quand j’étais petit, chez mon oncle, nous devions faire la même chose. À différence que les sceaux étaient plus gros et plus nombreux et nous bien plus petits. Moi et mon cousin, devions faire deux voyages avec chacun deux sceaux sur une distance d’environ cinquante mètres de la maison jusqu’à l’étable. Parfois, la lumière du jour n’était même pas levée. Nous marchions à travers la noirceur de la nuit guidée par une seule ampoule fixée au-dessus de la porte de la grange. Les sceaux étaient tellement lourds que j’en oubliais mêmes les ténèbres et tout ce qui pouvait s’y terrer et nous espionner.

 

J’étais presque rendu à la grange, et la pluie avait cessée. J’accélérais le pas, bien assuré du chemin déjà parcouru, mais c’était une erreur de s’y fier. Un de mes pieds s’écarta de sa voie sur la terre argileuse et je perdis l’équilibre sans avertissement. Je valsais d’un côté et de l’autre afin de la reprendre. Le sceau quant à lui, s’était déversé un peu partout comme s’il n’y avait pas déjà assez d’eau sur le terrain. Il fallait que j’en rajoute. Je restais là, immobile quelques secondes comme si je tentais de faire le point, d’y trouver une explication, mais dans le fond, il n’y en avait aucune et il n’y avait rien à faire. À l’évidence, je dû rebrousser chemin pour aller rechercher de l’eau. À mon retour à la main, Line me regardais par la fenêtre de la cuisine qui donnait sur les marches de l’escalier avec un sourire. Il était clair que cela transpirait la moquerie. Alors que j’entrais dans la maison afin d’aller remplir le sceau elle me lança d’un ton moqueur comme quoi le train du matin avait été rapide aujourd’hui. Je lui répondis qu’elle faisait preuve de bien d’humour aujourd’hui aussi. Je retournai sur le chemin sur de moi-même, sur de prendre le temps de me rendre sans revenir jusqu’à la grange et faire ce que je devais. Trempé jusqu’à la moelle, les volailles m’offrirent leur accueil chaleureux comme ils avaient l’habitude de la faire chaque fois que j’entrais dans la grange. Ils étaient tous là à m’attendre. J’oubliai que j’étais mouillé, que j’avais froid, j’oubliai tout. L’odeur de la paille, du grain que je versai dans leurs mangeoires, même l’odeur de leurs fientes me faisait tout oublier.

 

 

Cette même journée, alors que j’étais au travail, je réfléchissais au fait qu’il fallait ajouter un nouveau membre à la famille. Toutefois, ma pensée se heurtait constamment au même problème. Celui de savoir comment nourrir ce nouvel animal convenablement, sans m’en remettre qu’aux clichés habituels le concernant. C’est tout simple un cochon. Quand on a vu tellement souvent cette bête dans les films de tous genres. Il est sale, il se roule dans la boue. Il mange n’importe quoi. Il est cochon quoi. Toutefois, qu’en est-il véritablement? Il fallait que je déniche ces informations avant d’entreprendre toutes démarches en vue d’en accueillir un dans notre monde.

 

Quelques jours plus tard, je réussis pendant ma pause du diner à rencontrer un représentant et conseiller auprès des agriculteurs et des éleveurs du Québec. Un agronome, ils appellent cela. C’est l’appellation technique moderne du vieil habitant à qui on se référait pour toutes questions relatives au comment, quand et pourquoi. Très sympathique, il accepta de répondre à quelques-unes de mes questions, malgré le fait qu’il savait que je n’étais pas un de ses clients présent ou futur. Il m’a expliqué tout le système d’élevage à partir de la maternité jusqu’à l’abattage. Ensuite, il m’a expliqué les règles d’hygiènes concernant le logement des porcs. Ils doivent avoir un endroit propre et pas trop grand, car il faut que l’animal utilise son énergie pour transformer les nutriments en viande et non pas en dépense de mouvement. Un plancher un béton pour assurer la salubrité de son logement. Les planchers mous et poreux sont sujets à abriter plus de bactéries et autres bestioles qui pourraient être nuisible à l’animal. Non, les cochons n’aiment pas être sales, au contraire. La seule et unique raison qu’ils se roulent dans la boue et pour se protéger de la chaleur et des insectes, notamment des tiques. Pour ce qui est de ses déjections, ils constituent un ferment naturel pour les bactéries qui y prolifèrent à un rythme effréné. Voilà pourquoi les porcs étaient souvent affectés par les vers qui sont qui dangereux pour l’Être humain. D’où la raisons qu’avant il était de mise de bien faire cuire la viande de porc afin de tuer les vers afin qu’ils ne se transmettent pas à l’Homme. De plus, l’élevage du porc doit être unique dans une entreprise agricole. Point de vue animal, il ne doit pas côtoyer d’autres animaux tels que les volailles ou les moutons afin d’éviter les infections croisées. Il faut aussi, selon ses dires, laver ses chaussures à chaque entrée et sortie de la pièce où on est en contact avec les porcs.

 

Il va sans dire que tout ce que j’entendais de sa bouche, me semblait bien loin de ma réalité, de celle que j’avais vécue étant jeune. De ma propre expérience personnelle, les cochons vivaient avec tous les autres et oui, ils se roulaient dans la boue et bien d’autres choses. On les nourrissait avec de la bouette d’un mélange de nourriture réduite en poudre et de l’eau. Nous versions cela dans un bac en bois et les cochons se jetaient là-dedans comme s’ils n’avaient jamais mangé de leur vie.

 

Tout au long de la conversation, il me semblait que cet homme ne faisait que me faire la description d’un produit que l’on vend sur les tablettes d’un magasin. Je veux dire, aucune émotion liée à l’animal ne transpirait de son vocabulaire. Pour lui, cela se résumait à une liste de points à prendre en compte lors de l’élevage et la manipulation du produit en question. Un peu comme le document que j’ai encore en ma possession qui mentionne à l’aide d’un tableau les quantités de nourritures à donner à l’animal selon son âge, en nombre de semaines, le poids qu’il devait avoir à un point précis du calendrier. Rien d’autre.

 

En fait, toutes ses connaissances étaient liées à l’élevage intensif à grande échelle du porc. Et ces élevages faisaient partie d’un grand système mis sur pied par les agriculteurs d’un peu partout au Québec avec pour objectif de protéger leur industrie. Ils n’avaient pas tort dans un certain sens, car de l’autre côté des frontières, autant américaines qu’ontariennes, les règles qui régissaient ces élevages n’étaient pas les mêmes, loin de là. À grand coup d’argents, de subventions de toutes sortes, ils réduisaient les coûts de productions d’élevage qui rendaient le produit plus abordable. La menace était bien réelle. Un faible coût de production aurait permis de distribuer la viande de porc dans les grandes chaines d’alimentation à un prix moindre, ce qui aurait bien entendu fait l’affaire des consommateurs. Ce que ces derniers ne savaient pas ou qu’ils ne voulaient tout simplement pas savoir est que ces prix étaient artificiels et aux détriments de nos éleveurs à nous. Il faut ajouter que se déchargement de produit à bas prix à l’intérieur de nos frontière aurait forcé les producteurs du Québec à réduire les leurs et dès lors que eux ne soient pas subventionné par nos gouvernements, ils n’auraient tout simplement pas pu être viable bien longtemps. Cela aurait signé l’arrêt de mort de l’industrie porcine au Québec. Elle est là la réalité et elle n’est pas rose. Il est bien d’être conscient de ces choses-là, mais nous n’étions intéressés que par le fait de pouvoir élever nos animaux avec des paramètres plus humains. Que cet élevage puisse être réalisé avec des produits communs et accessibles et à un prix abordable. En fait en y repensant, nous voulions la même chose que les grandes industries, mais à plus petite échelle. Nous visions l’autonomie de notre toute petite industrie.

 

Rencontre intéressante et instructive je dois avouer, mais elle n’avait pas répondu à mes questions. Je devais trouver ailleurs comment nourrir le cochon, quel genre de toit lui offrir et combien de temps j’allais devoir le garder et surtout comment j’allais pouvoir le transformer jusqu’à nos assiettes.

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 18:56

CHAPITRE TROISIÈME

 

Notre premier réveil dans notre nid. Le premier matin d’une vie nouvelle. Le soleil pénétrait de plein feu dans la chambre par la fenêtre sans rideaux. Il illuminait toute la pièce. On pouvait distinguer les formes qui dessinaient la fenêtre sur le mur. On ouvrait les yeux tous les deux en même temps. Nous étions chez nous pour la première fois. Quel sentiment merveilleux que de jouir de ce moment magique.

 

Magique oui et troublant à la fois. La première question qui nous venues à l’esprit fut de se demander pourquoi si le soleil envahissait la chambre, un nuage de vapeur se formait à chacune de nos expirations. Il faisait froid et humide. Après avoir retiré la couette épaisse, nous ressentions les multitudes d’aiguilles qui nous agressaient la peau. La seconde préoccupation était de s’assurer des enfants. Avaient-ils aussi froid? Étaient-ils bien blottis dans leurs couvertures? Nous avions enfilé nos vêtements à toute allure et nous nous sommes précipités dans leur chambre. Ils dormaient encore. Leur petites têtes dépassaient de leur couvertures et expiraient la chaleur de leur corps. Nous avions décidé de les laisser là, sans les réveiller. Ils étaient bien au chaud à vrai dire.

 

Nous descendîmes s’enquérir de la situation au premier. Nous étions au tout début du mois de Juin. Habituellement, il ne fait pas froid. On n’y comprenait rien. Arrivé au bas des escaliers, je jetai un œil à l’extérieur par la fenêtre du salon. Rien, sinon quelques bouts de tapis blancs, restant de l’hiver que le soleil n’avait pas encore englouti dans sa chaleur. Le fossé qui longeait la route gardait longtemps le souvenir du passage de la saison dormante. Nous n’étions plus à la ville. Ici, tout prend du temps. Je me dirigeai vers la cuisine et je remarquai que ma vision était de plus en plus floue. Je me frottai les yeux, car après tout je venais tout juste de me réveiller. Line me suivait derrière. Je l’entendis prononcer mon nom en me demandant ce qui se passait. Le ton de sa voix laissait paraitre son inquiétude. Moi je n’étais pas inquiet, mais bien curieux de la situation. Une fois dans la cuisine mon attention fut attirée par quelque chose d’inusité. Dans le coin droit, ou nous pensions lors de la première visite qu’il y avait une sorte de dépense, il y avait une porte, ou plutôt une embrasure sans porte. De celle-ci, émanait à la hauteur du sol, un tapis informe de brume qui se dissipait à mesure où il avançait dans notre univers vivant.

 

Lorsque j’arrivai devant l’embrasure, je regardais les escaliers qui menaient au sous-sol de la maison. Étrangement, ma vue ne pouvait percer la couche opaque de brouillasse qui recouvrait le fond de la cave. Bien téméraire, je posai mes pieds sur les premières marches. Je pouvais ressentir le froid qui s’était emparé du bois des planches épaisses qui composait chacune des marches à travers mes bas de laine. Au milieu de l’escalier, la couche de brume ne s’évanouissait sous l’effet de mes mouvements. Elle m’aspirait dans son monde. La seul fois où j’avais été témoin de ce genre de scène fut dans un film d’horreur où des gens en pleine forêt tentaient d’échapper à une quelconque bête qui les pourchassait. J’entrepris de continuer ma descente dans ce monde déchu et sans âme. Bien mal m’en pris. Ne sachant pas où se situait le sol, je me résous à ne faire confiance qu’à mon sens de l’orientation en calculant la hauteur du plafond et le nombre de marches que je venais tout juste de descendre. Mon prochain pas allait me donner la réponse à plusieurs de mes questions. Je sentis mon pas s’insérer dans la froideur absolue. Elle saisit mon pied comme si des milliers d’aiguilles venaient de le transpercer. Je sentais le liquide s’infiltrer et remonter le long de mes bas puis de ma cheville. Il était trop tard, je venais de poser mon pied dans l’eau glacé qui s’était infiltrée par le sol durant la nuit. Je repris mon équilibre à une vitesse innommable et recula d’un pas. Je calculais qu’il y avait au moins deux pieds d’eau à la grandeur du sous-sol et elle était recouverte par une épaisse couche de brume qui se condensait, rendant toute la maison humide et puante. Surprenant que nous n’ayons pas été malade. Le plus agréable était de savoir ce qui était dans l’eau aussi, car nous savions que le nettoyage de cette cave n’avait pas été encore fait. Loin de notre priorité de ramassez les quelques tas de bois inutilisables, les plastiques, les récipients de toutes sortes éventrés ici et là et le pire, les crottes de chiens gelées partout sur le sol. Tout cela était maintenant en suspension dans l’eau qui avait inondée le sous-sol.

 

Après repris possession de tous mes sens, je compris assez rapidement ce qui s’était passé. Bien que le mois de Juin vienne de naitre, la fonte des neiges avait gorgé le sol de son jus et celui-ci s’infiltré partout où il le pouvait. Dans le sous-sol, il y avait un carré formé dans le béton où normalement était sis une pompe submersible pour parer à cette réalité saisonnière. Normalement, je dis-je, car il n’y en avait pas.

 

Le problème était d’autant plus grave du fait qu’il n’y avait pas de chauffage non plus dans la maison. La seule source de chaleur était une fournaise à l’huile qui n’était pas en état et qui ne nécessitait pas notre attention immédiate pour la saison, car nous avions bien le temps avant l’hiver. Dommage que cet hiver-ci ne soit en fait pas terminé pour nous. Qu’allions-nous faire?

 

Après avoir discuté avec le propriétaire,  je me suis précipité au centre de rénovation pour acheter une pompe, laquelle il me rembourserait plus tard. Plus tard dans la journée, l’eau avait presque toute été évacuée du sous-sol, heureusement. Demeurait le problème de l’humidité et de l’odeur dans la maison. Comme je l’avais décrit plutôt, la maison était pourvue de fenêtres aux quatre façades. Après avoir déterminé dans quel sens soufflait le vent, j’ai ouvert toutes les fenêtres qui lui permettaient de souffler librement à travers la maison. Laissez-moi vous dire que un bon vent qui souffle dans une plaine et qui se réduit à passer à travers de pas très grandes ouvertures, a une certaine puissance. L’humidité et l’odeur n’ont pas tenu le coup façon aux forces de la nature. Vivre près de la terre peut parfois être assez difficile, mais si vous êtes ouvert à elle, elle peut vous offrir tous ces bienfaits. Les Hommes d’avant savaient harnacher tout ce pouvoir et nous venions d’en goûter qu’une seule de ces facettes. Travailler avec elle, respecter là et la terre vous offrira ce qu’elle a de meilleur. Les jours passèrent et nous avons fait le nettoyage du sous-sol, sorti tous ces débris que, pour la plupart nous brulions dans un feu derrière la maison. Les enfants participaient entre deux allers et retour dans les champs. Je réparai aussi la porte de la cave, située derrière la maison.

 

Alors que le soleil montait dans le ciel. La chaleur ranimait la saison la plus formidable de l’année. Toutefois, elle ne ranimait pas seulement que la saison, mais bien tout ce qui y foisonnait. Je nommerai les moustiques. Les eaux stagnantes des fossés et des innombrables petits réservoirs de champs parmi ceux qui n’étaient pas en culture étaient un incubateur naturel pour ces bestioles. L’humidité n’était plus dans notre sous-sol qui abritait toutefois une belle fraicheur en ce début du mois de Juillet. Elle était plutôt dans l’air et ce dernier aussi stagnait. Pas une goutte de vent, pas un iota de souffle, l’air mourrait sur place et tentait de nous apporter avec lui.

 

Il va sans dire qu’il faisait chaud dans la maison, très chaude et humide. Vous savez, quand vous êtes assis et que vous ne faites rien, que vous n’osez bouger le simple petit doigt de peur de suinter de chaleur et que même en cela, vous avez l’impression de vous liquéfier. C’est quelque chose d’horrible déjà à la ville, alors imaginez ici. Entouré des sources mêmes de l’humidité qui encercle votre maison. L’image nous vient alors à l’esprit des Bayous de la Louisiane où dans les films l’on voit les gens trempé à la longueur de la journée. Des ventilateurs dans chaque pièce qui tourne au ralenti. On n’a aucune difficulté à s’imaginer le sentiment que doivent éprouver ces gens. Mais voyons! Ce n’est que du cinéma, faut en revenir, ce n’est pas si terrible que cela nous nous disions.

 

Néanmoins il y avait de l’espoir, car la nuit, une fraicheur emplissait l’air. Douce bénédiction par toutes les calamités qui semblaient s’abattre sur nous. Et je pèse mes mots. Étendus dans le lit, épuisés par cette chaleur du jour, nous étions sur le point de nous endormir au son des grenouilles qui croassaient dans la nuit en quête de leur premier amour. Nous, nous pensions à tout sauf à cela. Un son familier vint nous émoustiller l’oreille. Un moustique, un banal moustique qui était entré probablement par cette invitation lancée alors que nous avions laissée toutes les fenêtres ouvertes. Ce n’était pas lui l’invité attendu, mais la fraicheur. Lui, il s’était invité point. À notre grande surprise, nous avions compris assez vite qu’il n’était pas seul. Il avait annoncé à ces amis, et ils étaient nombreux, qu’une grande fête avait lieu chez nous et qu’un buffet allait être servi très tôt dans la nuit. Quelle opportunité pour eux. Une piqûre, puis une autre. Les bourdonnements s’assombrissaient de par leur nombre. Au début, on se disait que c’était un moindre mal, mais au fur et à mesure où les bourdonnements s’intensifiaient vint à notre esprit que si nous étions les victimes, nous n’étions pas les seuls. Les enfants! Nous nous sommes précipités hors du lit et d’un pas rapide nous nous étions rendus dans leur chambre. Pour ne pas les réveillés, nous avions apporté un briquet que nous utilisions pour créer un peu de lumière avec sa flamme. Il y en avait des centaines qui tournaient autour de leur petit visage. Eux ils dormaient profondément, épuisés de leur journée. Des dizaines se posaient sur leurs joues, leur nez, leurs lèvres, leur cou et leur front. Une scène d’horreur laissez-moi vous dire, digne d’un drame de Hitchcock. Une décision s’imposait promptement. Nous n’avions que deux seuls choix et non pas des moins ingrats. En fait, nous n’en avions qu’un seul, fermer les fenêtres qui n’étaient pas dotées de moustiquaires, c’est-à-dire toutes.

 

Bizarrement, quelques minutes après les avoir toutes fermées, les moustiques disparurent, comme s’ils n’étaient jamais venus. Il faisait chaud et humide bien sûr, mais la situation était à son meilleure. C’est fou de constater comment il est possible de voir les choses sous de meilleures angles alors qu’elles se présentent tour à tour et surtout en succession qui rend une situation toujours moins pire que la suivante. Nous nous étions débarrassé de cette suivante et c’était bien comme ça. À notre réveil, les enfants n’eurent connaissance de rien et aucune trace du passe des moustiques sinon quelques piqûres ici et là, rien de dramatique.

 

Deuxième drame d’horreur en un seul mois et notre détermination généré par notre engouement pour notre nouveau nid n’était pas affecté, pas le moins du monde. Nous nous disions que cela fera de quoi à raconter lors de nos vieux jours. Les anecdotes d’une vie, les premiers. Il y en aurait bien d’autres assurément, nous en étions conscient, mais combien de bonheur allait-il naitre par ailleurs.  Nous nous imaginions la vie autrefois. Les gens devaient vivre comme cela, non pas comme nous, car nous avions le choix, mais eux, ils ne l’avaient pas. Il fallait, pour rendre notre expérience plus probante, prétendre que nous ne l’avions pas. De fait, lorsque vous êtes aux prises avec une situation particulière, vous ne l’avez pas vraiment le choix, du moins tant que vous ne choisissiez pas la fuite comme solution. Nous étions à des années lumières de cette dernière. Nous avions un rêve.

 

Vers la fin de l’été qui avait été tranquille, car nous ne pouvions que laisser couler le temps, commençait les préparatifs de l’hiver qui allait venir. Quand on vit à la ville, l’hiver c’est juste une saison comme une autre. Seul soucis vraiment, c’est de changer les pneus sur les voitures et puis s’assurer que vos vêtements et vos bottes sont encore viable pour un autre hiver. Toutefois, à la campagne, pour nous cela demandait une toute autre approche. Outre ce que je viens juste de mentionner, nous devions mettre en ordre la fournaise, nettoyer les conduits qui distribuait l’air chaud dans la maison, faire remplir le réservoir d’huile, trouver la meilleur façon de rendre les fenêtres étanches et bien d’autres choses que nous pouvions évaluer avant d’en avoir fait la découverte par l’expérience.

 

C’est fou comme les problèmes ne viennent jamais seuls. Qui dit plusieurs sous-entend aussi la multiplication des frais. Nous devions considérer notre disponibilité en ressources financières. J’étais toujours le seul revenu familiale et notre loyer avait augmenté comparé où nous habitions avant. Les dépenses structurelles de la maison étaient assurés par le propriétaire, mais je peux vous dire que le reste et non moins évident. Nous avons appris ce qu’il en coûtait pour entretenir la viabilité d’une maison, malgré le fait que nous faisions presque tout nous-même. La seule mise en marche de la fournaise, nous a coûté le changement de brûleur, les filtres, le nettoyage, sans compter le ramonage de la cheminé. Vous savez une maison de cet âge peut partir en fumée aussi vite que l’argent de nos poches. Le remplissage du réservoir à l’huile nous avait fait déboursé aux alentours de quatre cents dollars, non moins. Donc, comme je le disais, la vie s’écoulait lentement.

 

Néanmoins, il y avait des travaux possibles qui ne demandaient pas tant d’investissement. La cuisine d’été attenante à la maison n’avait aucune commodité de rangement. J’entrepris de remédier à cette situation. Il y avait un coin de mur juste à la gauche de la porte qui menait à l’intérieur de la maison. Une longueur de dix pieds sur le mur intérieur et huit sur le mur qui donnait sur l’extérieur de la maison était disponible et l’endroit idéal pour fabriquer des étagères. Près de la porte, elles allaient offrir un rangement idéal et accessible. Du bois, il fallait du bois pour la faire, mais nous n’avions pas d’argent. Je réfléchissais à cette situation quand, en me retournant, le paysage à l’Ouest de la maison s’offrait à moi par une des fenêtres. Qu’y vois-je? Les bâtiments qui se trouvaient qu’à une cinquantaine de pieds du fossé qui séparait le terrain de la maison de celui du champ d’à côté.

 

Je dis bâtiments au pluriel, mais en fait les seuls qui demeuraient étaient la grange et la petite cabane qui abritait la pompe à eau qui servait les trois maisons qui longeait la route. L’autre, celui qui avait servi d’étable autrefois avait été démembré de la plus ignoble des façons à mes yeux. Une belle journée de cet été, alors que je revenais tôt du travail, des montres mécaniques jaunes s’affairaient à tenter de terrasser cette structure qui avait résisté au temps et qui résistait maintenant aux attaques de l’Homme et de ses machines. Moi, je ne pouvais qu’être témoin de cette scène hideuse qui me brisait le cœur, mais que pouvais-je faire, cela ne m’appartenait pas. Le propriétaire estimait qu’il était dangereux de garder cette structure en place, car elle risquait de s’effondrer à n’importe quel moment et il disait que les enfants allaient aller y jouer et il craignait le pire. Je respectais cela bien entendu, mais sachant ce que je savais des années plus tard, l’assurance de mes moyens, mes convictions, mon entêtement aurait pu sauver cette structure qui défiait à la fois les Hommes et le temps.

 

Les engins mécaniques avaient du mal. Les assemblages de poutres en tenons et mortaises du temps étaient solides, bien plus que tout ce que l’homme peut construire en bois, bien plus que les charpentes des maisons modernes de nos jours. Ils avaient attachés des chaines sur les poutres maitresses et à l’aide d’excavatrice, ils tiraient, ils tiraient et ils tiraient encore. Néanmoins, c’est l’excavatrice qui cédait. Ses chenilles se soulevaient par la force de son propre tiraillement, mais la structure elle, ne cédait pas. Elle bougeait, se déplaçait un peu plus. Échancrée, elle s’appuyait sur les forces des autres poutres. C’était un assemblage solide, bien plus solide qu’une machine hydraulique, bien plus que l’orgueil des Hommes. Elle avait été bâti avec ce dernier, l’orgueil oui, l’orgueil des Hommes d’autrefois. Les Hommes de notre temps ne pouvaient se mesurer à elle. Ils ont laissé là, vaincus ils se sont en allés. Le lendemain, à mon retour du travail, je constatai qu’ils étaient venus à bout d’elle. Line me raconta qu’ils étaient revenus avec trois engins, une excavatrice, une niveleuse et un tracteur. J’étais triste de voir le vide laissé par son absence, mais fier à la fois. Fier du travail des Hommes qui jadis, bâtissaient pour l’avenir et non pour leur seul présent.

 

Le seul témoin de son existence, une pile de bois entremêlés qu’ils allaient revenir chercher quelques jours plus tard. Cela frappa mon esprit immédiatement. Pourquoi ne pas récupérer ce bois pour fabriquer autres choses avec. J’avais bien sûr l’idée de mon étagère qui me trottait dans la tête. J’entrepris avec mes fils d’aller chercher ces pièces et les nettoyer, déclouer et ranger sur le côté de la maison.

 

Je n’avais comme seuls outils de travail que des outils de bases et manuels. Je refusais encore l’utilisation de l’électricité comme moteur de création. Pour moi, le bon travail, le seul travail qui mérite l’honneur est celui dont l’Homme à donner sa sueur, son ardeur et son amour du travail bien fait. Une égoïne, un équerre, un marteau, un ciseau à bois et un niveau. Voilà ce dont j’allais utiliser pour ce travail, rien de plus. Je peux vous témoigner de la sueur, de l’ardeur, de l’énergie requise pour faire ce genre de travail. Tout était assemblé à l’ancienne, seuls quelques clous terminaient le travail. Des encoches et des tenons et mortaises assurait la stabilité générale. Chaque pièce s’ajustait dans une autre. De la finition comme on en trouve dans les meubles et structure modernes, il n’y en avait pas. Tout était laissé à son apparence naturelle. Pour moi, selon moi, la finition était une forme d’orgueil. L’apparence d’une chose servait à plaire à l’œil, mais à quel œil je vous le demande. Certainement pas au mien, car mon bonheur résidait dans le travail accompli, la réussite de l’objectif que je m’étais fixé et non pas dans le regard de la finition de l’œuvre. Alors il demeure la seul explication possible à mes yeux du pourquoi de la finesse des choses matérielles qu’il soit une question d’orgueil. Le désir de partager aux autres nos réussites, de faire connaitre son talent afin qu’il puisse être apprécié par les autres. J’imagine que cela nous procure une certaine forme de satisfaction. Moi, toutefois, je m’en foutais des autres. Si quelqu’un venait chez moi et qu’il n’appréciait pas le travail accompli de ma propre main, soit qu’il le gardait pour lui-même, soit qu’il dégageait aussi vite, car il n’aurait pas mérité mon hospitalité, pas le moins du monde. J’avais réussi. Quatre étagères avec comme parure des voiles de tissus carrelés bleus et blancs que nous avions trouvé en solde quelque part. Ils étaient suspendus par des cordes. Nous n’avions qu’à les glisser afin d’avoir accès aux choses qui allaient y être rangées.

 

Encore fallait-il avoir des choses à y ranger. Nous avons profité de l’automne pour faire nos recherches sur les techniques de conservations. À cette époque, l’internet n’était pas ce qu’il est aujourd’hui. Donc les informations relatives à la conservation des aliments n’abondaient pas trop, surtout en français. Nous en étions donc remis à des sites anglophones, principalement en provenance des États-Unis. Ici, au Québec, quelque chose d’étonnant se passait. Bien que nous soyons une nation à la base agricole de par notre passé d’habitants, les informations étaient disponibles que par la voie officielle. Je nommerai le Ministère de l’agriculture, des pêches et de l’alimentation du Québec (MAPAQ). Je ne sais pas si c’est du fait que depuis les années soixante-dix notre peuple tentait de prendre une certaine distance avec son passé, mais les informations sur notre patrimoine étaient presque inexistantes. Le MAPAQ fournissait toutes les données techniques relatives à l’exploitation des entreprises agricoles commerciales. Pour le reste, rien.

 

De plus, lorsque vous lisez un peu partout les avertissements relatifs à la sécurité concernant les conserveries et autres méthodes de conservations, cela vous met un peu sur le nerf. Même les recettes de nos grand-mères ou de nos vieilles tantes deviennent suspectes. Une mauvaise manipulation dans le processus peut mener à l’infiltration ou l’infection de votre produit par des bactéries virulentes qui peuvent provoquer des maladies très graves tel que le botulisme. Nous avons alors écarté la tentative de fabrication de conserves sinon quelques essais peu concluant tant qu’à la saveur et la textures des aliments.

 

Une idée nous séduisait encore plus. Comprendre comment les gens d’avant, ceux qui vivaient à une époque où l’électricité n’était pas une commodité courante, s’y prenait pour manipuler et conserver leurs aliments si chèrement acquis. Ce qu’il ressortait de cette recherche est le fait qu’ils ne conservaient pas tout, mais seulement la base des aliments. Au Québec, les pommes de terre, les carottes, les choux, les navets se conservaient tout l’hiver dans des endroits secs et frais. Notamment les carottes qui enfouies dans des bacs de sables et gardés au frais peuvent conserver leurs croquant et leur saveur toute une saison. Quel rapport entretenaient-ils avec la nourriture, c’est à ce demander. Nous avions compris que les gens s’adapter à leur environnement et n’allait pas contre lui, à contre sens. Les petits fruits apparaissaient à un temps bien précis dans la saison et ils, par exception, les conservaient aisément en gelée et en confitures et tantôt sous la forme d’alcool avec la fabrication de vins de fruits. Les légumes autres que ceux de base était consommer chacun en son temps et ils en appréciaient la venue bien plus que nous dans la saison. Ils qualifiaient cela comme un bonus de la vie. Voilà qui explique les nombreuses fêtes relatives à la récolte des fruits et du maïs par exemple. Vive les épluchettes de blé d’inde.

 

La seule chose que nous ayons pu conserver sans avoir de doute fut effectivement du blé d’inde que nous avions fait cuire et découper et mis en sac de plastique (Ziploc) et placé au congélateur. Leurs durées de vie ne dépassèrent pas la fin de l’année. Le gel avait à cette date fait ces ravages.

 

Ce premier automne et ce premier hiver peut à première vue sembler terne et banal, mais il n’en est rien. En fait, outre le fait que le ventilateur de la fournaise ne fournissait pas à rendre l’air au deuxième étage, outre le fait que les fenêtres laissaient passé l’air comme une passoire, que la cuisine d’été n’était pas chauffé, nous avions tout de même fait avancer notre situation agréablement.

 

Nous avions fait la connaissance d’un producteur laitier de la région et je dois dire qu’il est devenu une source intarissable de connaissances. Ce dernier, bien que producteur laitier « moderne » faisait quand même les choses à sa manière et la terre signifiait bien plus pour lui et sa famille que le simple rôle de support industriel à sa production. Il n’utilisait pas d’engrais chimique,  aucun additif dans la nourriture destinée à son troupeau et son grainage était mélanger sur place. Encore mieux, nous pouvions avec accès à une source de lait abondante moyennant quelques travaux en retour. Et croyez-moi, trois garçons en plein croissance ça boit du lait. Quatre litres par jour était un minimum de consommation chez-nous. Nous ne leur imposions aucune limite, c’était quelque chose de sacré chez-nous.

 

Chez ce producteur ne se trouvait pas seulement de fiers représentants de la race bovine. Il gardait en élevage bien d’autres bêtes qui servaient de nourriture pour la famille élargie parce qu’il n’était pas le seul à opérer cette ferme. Ils étaient plusieurs frères. Nous y trouvions, au grand plaisir des enfants, des cochons, des chèvres et des chevreaux, des poulets, des poules, des lapins et quelques chatons ici et là qui sapaient le lait des vaches qui dégouttaient de leurs pies, mais ces derniers n’avaient aucune place à la table de leurs maitres évidemment. Il est facile de comprendre que j’avais accès à une source de conseils de très grandes valeurs sous la main et cela nous a beaucoup servis dans le futur.

 

Tout l’hiver, j’ai posé des questions, j’ai exploré les possibilités et la faisabilité de pouvoir élever tel ou tel autres bêtes pour les besoins de la famille. Si bien que l’envie de commencer s’empara de moi avant la saison. Line était là pour freiner mes ardeurs, par chance.

 

Il ne me restait qu’une seule possibilité d’action, la réfection de la grange afin de la rendre utilisable pour nos besoins. Après m’être entendu avec le propriétaire qu’il n’était aucunement question pour lui de mettre de l’argent sur ce bâtiment qu’il avait l’intention d’abattre au printemps de toute façon. Néanmoins, il me donna l’assurance que si je faisais quelques travaux qui assureraient une certaine sécurité pour les enfants et une utilisation intelligente, il ne toucherait pas à la dernière structure restante sur le terrain d’à côté, à l’Ouest de la maison. Nous avons donc passé l’hiver à faire le ménage de tous les débris qui occupaient presque tout l’espace intérieur de la grange, au premier et au deuxième. Et du bois que je réussissais à récupérer, j’ai débuté la construction des installations intérieures qui allait permettre de faire l’élevage de quelques animaux. Une idée chère à mes yeux. Une idée qui était dans mon esprit bien avant que nous accédions à cette propriété et je dois avouer que la présence de ces bâtiments d’appoint ont pesé dans la décision d’y aménager.

 

De son côté, Line avait pris possession du royaume familiale. Elle avait entre autres, peinturer l’évier à l’aide d’une couche d’émail conçu spécialement pour cette tâche et cela avait réussi. Bien entendu le fini n’était pas à la fin pointe, mais il faisait le travail. Vous savez, il vient un point où l’on se dit que les choses n’ont pas besoin d’avoir l’air neuf ou d’avoir une grande valeur commerciale. Quand vous prenez la décision de vivre près de la terre, il en est ainsi, car ce qui compte le plus, c’est la valeur pratique des choses. Bien entendu, ceux qui en ont les moyens peuvent dorer leur intérieure un peu plus, mais cela ne sert rien d’autres que le plaisir visuelle ou le sentiment d’avoir un certain succès financier dans la société. Nous, on s’en foutait pas mal. C’était loin de nos priorités.

 

J’avais aussi récupéré chez un client des caisses de bois vide qui faisait environ trois pieds et demi sur deux et avec une profondeur d’un pied et demi. J’en avais ramassé trois. Je pris soins de les assembler sur l’horizontal puis Line les a peinte en blanc. Voilà nous venions de fabriquer notre première armoire de rangement pour ustensiles de cuisine qui était placé juste à côté de la cuisinière électrique. Elle avait aussi fabriqué d’elle-même une série de tablettes en coin qui était situé juste à côté de la porte de la salle de bain, tout près de la fenêtre qui donnait à l’arrière de la maison. De plus, elle avait terminé la peinture du deuxième étage. Elle faisait tout cela en plus de faire la cuisine et de s’occuper des trois garçons qui demandaient une attention particulière étant donné leur vigueur. Combien de fois ils étaient revenus des champs, vers la fin de l’hiver, trempé jusqu’aux os. Ils jouaient dans la ruisselée qui s’écoulait des champs et qui dégelait lentement. Ils cassaient la glace et parfois ils y perdaient l’équilibre. Un de temps en autres, glissaient et tombait dans l’eau froide et revenait trempé jusqu’à la moelle. Tantôt un autre. Il suffisait de déshabiller l’enfant, de le sécher et de l’installé devant un film avec un verre de lait et quelques biscuits, de suspendre ses vêtements d’extérieur au-dessus d’un bouche d’aération et le tour était jouer. Pourquoi en faire un drame nous disions-nous, c’est des enfants. Jamais ils n’ont été malade, aucun rhume, aucun grippe, ni rien d’autres. Il faut croire que la vie à la campagne renforce le système immunitaire.

 

Les biscuits, parlons-en. Elle avait une recette bien à elle. Bon ok, disons que c’était la recette sur l’emballage de pépites de chocolat nécessaire à leur confection. Après avoir tenté de confectionner plusieurs sortes de biscuits, qu’ils soient à saveur de gingembre ou à la mélasse, rien n’y faisait. Eux ils n’aimaient que les biscuits chauds aux pépites de chocolat de maman. Je dois avouer que dans mes lunchs, il y avait souvent de ces biscuits. Ils étaient croquants et si vous les laissiez dans votre bouche, ils fondaient lentement. Le soir venu, ils enfilaient leur pyjama après qu’elle leur eut donné un bain au deuxième. Ils avaient droit à un verre de lait et hop, au lit. Ils s’endormaient presque immédiatement après l’extinction de la lumière.

 

De mon côté, j’arrivais presque à tous les soirs de la semaine vers dix-neuf ou vint heures en ayant pris soins de prendre du lait à la ferme sur le chemin du retour. Quelques fois, il n’y avait plus de lait dans les réservoirs. Tout dépendait du passage ou non du camion qui venait les vider à tous les deux jours. Dans ces cas-là, je devais me lever tôt le matin et aller en chercher alors qu’ils venaient de faire la nouvelle traite. Puis revenir à la maison. De toute façon, j’allais devoir m’y habituer, car si un jour je voulais avoir moi-même des animaux, j’allais devoir en prendre soins au minimum deux fois par jours.

 

Vers la fin de l’hiver, une consœur de travail, Huguette, nous informa qu’une de ses connaissances avait un chien à donner. Nous lui avions fait part de ce besoin alors que nous venions de déménager. Elle savait que le l’on attendait d’un tel animal. Il devait être solide, car il allait devoir demeurer à l’extérieur afin de faire son boulot de chien de ferme. Pas de ces petits chiens d’agréments que l’on voyait partout. Ils n’auraient pas tenu longtemps. Nous ne voulions pas non plus de ses chiens de finesses pures de leur race, il n’allait pas faire des concours de beauté. Nous voulions établir une relation d’Homme à canidé sur les bases d’autrefois. Qu’il soit simplement le meilleur ami de l’Homme sans en être l’enfant. Il allait protéger la propriété et surtout les enfants. À part les petites bestioles usuelles comme les ratons laveurs et les rats musqués, nous avion entendu dire que des coyotes s’aventuraient parfois près des fermes. Ça nous prenait un garder qui saurait faire face à ces canailles. Elle prit contact avec ces gens et quelque temps plus tard, nous allions accueillir un nouveau membre dans la famille.

 

 

Le jour venu, à mon retour du travail, il était là. Huguette nous l’avais apporté elle-même. Je montais les marches de la galerie et sans attendre il s’était précipité dans la porte. Il sautait et griffait ses pattes dans le cadre de la fenêtre de la porte. J’ouvrai la première porte et je le voyais sautiller comme s’il se tenait sur une plaque chauffante à mille degrés. Line sorti le rejoindre afin de tenter de le calmer, mais en vain. Il était excité. Il était grand malgré qu’il fût supposé n’avoir que huit mois. Il faisait au moins trente centimètre de hauteur.  Son pelage était tout noir et frisé et ses yeux avides était tout bruns. Il était évidemment content d’être là. J’ouvris la deuxième porte et sans perdre une seule seconde d’hésitation il se rua sur moi. Moi qui n’aie pas une confiance total en ces bêtes-là, je fus un peu nerveux de sa réaction, mais Line semblait déjà connecter avec lui. Il n’était pas méchant, juste excité. Je n’avais jamais vu un chien énergique à ce point dans le passé. Il tournoyait, il sautait, il tournoyait encore et encore et sautait à nouveau. Les yeux fermés j’aurais pu imaginer un Jack Russel. Ces petits chiens réputés pour leur énergie inépuisable. Lui, était grand, il était fort. Moi j’étais satisfait dans un sens, car il allait faire le travail. Je ne le voyais que sous cet angle, car je n’étais pas particulièrement attiré par les chiens.

 

Pourtant je n’ai pas le souvenir d’avoir eu d’expériences traumatisantes avec cette espèce dans le passé. Chez mon oncle, à Saint-Hippolyte, il y avait deux chiens. Lorsque j’étais petit garçon, le premier, un labrador noir de race pure nous suivait partout. Il était notre gardien et notre ami en quelque sorte. Moi et mon cousin allions jouer dans les bois, il était là. Nous allions nous baigner au lac, il nous suivait même dans l’eau. Nous mangions un cornet, il nous nettoyait même le visage malgré le fait que nous ne lui avions pas demandé. Un chien parfait pour les enfants. Il s’appelait Dick. Drôle de nom pour un chien, mais à cette époque cela me paraissait correct. C’était son nom point à la ligne.

 

Il y avait un autre chien. Celui-là nous ne l’approchions jamais. Il était attaché à une niche à côté de la maison, juste derrière les camions de l’entreprise de mon oncle. Il avait un rôle particulier. C’était le gardien. Quand même étonnant que ce chien attaché soit le gardien de l’endroit et que l’autre soit libre de ses mouvements. Notre oncle nous rappelait souvent de ne pas approcher ce chien. Il n’y avait que lui pour le calmer. Il allait le nourrir et lui apporter de l’eau, mais pas nous. Il nous aurait surement dévorés, j’en suis sûr. Je n’ai jamais su s’il avait un nom. Pourtant, même les bêtes de l’enfer on des noms, mais pas lui.

 

Line tentait à son tour de calmer notre nouveau venu. Le nouveau membre de la famille. Après quelques minutes et plusieurs rappels à l’ordre, il s’était assis sans bouger, presque sans bouger. Il était prêt à rebondir à tout moment. On pouvait sentir les ressorts de ses muscles tendus. Elle me dévoila son nom : ZOLO. Encore une fois, un nom bizarre. Toutefois, je respectais cela et l’idée de vouloir lui en donner un autre n’avait même pas effleuré l’esprit. Selon moi, on a un nom, on le garde. Peut s’agit-il d’une particularité humaine que je tentais d’appliquer à la bête, mais à mes yeux un Être vivant devait être respecté quand bien même il n’était pas humain. Il avait un nom et il allait le garder. Pas question de le rebaptiser sous le prétexte qu’il était ma propriété maintenant. Ce n’était pas une chose, un objet, mais un être vivant qui avait son identité propre.

 

Néanmoins, mon respect s’arrêtait là. Mon intérêt pour l’animal était purement d’ordre de la raison, Je n’avais aucunement l’intention d’avoir une relation irrationnel avec ce chien. Il était ici, faisant parti d’un tout et il allait tenir son rôle de gardien, à la fois du domaine et des enfants. À mes yeux, on ne doit pas aimer les bêtes, mais les respecter en tant qu’espèce tout simplement. À la limite, même un nom est superflue sinon qu’il est plus pratique pour le signaler et attirer son attention à nos demandes. À ce sujet,  j’ai toujours été fasciné par la relation que cette espèce avait avec l’Homme. Ce dernier commandait l’autre et celui-là obéissait. Je veux dire, qu’est-ce qu’il l’obligeait, qu’est-ce qui le motivait à vouloir satisfaire les demandes provenant d’un membre d’une espèce complètement différente de la sienne. C’était comme ça depuis la nuit des temps. Les chiens avaient toujours suivis les Hommes et ces derniers avaient toujours accueilli ces canidés favorablement. Le chien, le meilleur ami de l’Homme.

 

Toutefois, cet amitié en moi et lui, allait être mis à l’épreuve, car moi mon amitié allait se limité à lui offrir de la nourriture et de l’eau et lui, du travail. De plus, il allait loger à l’extérieur de la maison, dans une cabane et se tenir à l’affut de la moindre bestiole qui pourrait transgresser les limites de notre propriété, du moins nous en avertir. Sur ce point, Line n’était pas tout à fait d’accord. Selon elle, le meilleur ami de l’Homme doit pouvoir bénéficier du même confort que ce dernier. Dormir à l’intérieur, partager notre toit.  Et elle n’allait lâcher le morceau aussi facilement, mais au final, la décision me revenait. Il allait demeurer à l’extérieur et ne faire que son travail. Néanmoins, pour le moment, il allait profiter de la chaleur relative de la cuisine d’été, parce que Février, sans cabane il aurait été horrible qu’il soit laissé à la merci de notre hiver.

 

Je ne l’avais pas encore mentionné, mais nous avions un chat. Une femelle de l’espèce féline entre autres. Nous l’avions eu alors qu’elle n’était qu’un chaton. Elle avait grandi avec les enfants et nous avais suivi la famille ici. Je peux vous affirmer une chose à propos des chats : Ils aiment la chasse, c’est instinctif. Le moindre grattement dans un mur, sous un plancher et même au plafond était suffisant pour la mette sur les dents. Je n’ai jamais eu d’affinité avec les chiens, mais avec les chats je connectais. Si je peux l’exprimer de cette façon. Il faut dire qu’il n’y a pas grands connections à faire avec un chat. C’est le symbole même de l’indépendance. Un chat ça ne cherche pas à faire plaisir à son maitre. Outre les caresses qui ne font que satisfaire son propre plaisir, rien, aucune interaction. Bien sûr, ils aiment jouer, mais les lions n’en font-ils pas autant? Et si l’occasion se présente, ils vous dévoreront sans hésitation. Blague à part, un chat viendra vers vous de son propre chef. Vous avez envie de le caresser et s’il en a envie aussi, vous avez là un moment magique sinon tant pis. Enfin, c’est mon expérience à moi. D’autres pourraient affirmer le contraire.

 

Parlant de relation entre l’Homme et le chat, voyons ce qu’il en est entre ce dernier le chien. Moi la seule fois où j’ai été témoin d’hostilité entre les deux, c’est dans les bandes dessinées à la télé. À la moindre occasion, ils s’agressent un et l’autre. Pourtant j’avais déjà entendu dire que si deux animaux d’espèces différentes grandissaient ensemble, ils pouvaient développer une relation intéressante. Nous allions vite savoir de quoi il en retournait au juste.

 

Cette bombe d’énergie que notre nouvel ami, Zolo, se tenait tout près de la porte dans la cuisine d’été. Line avait réussi à force de patience à le faire assoir calmement. Un bien grand mot pour décrire l’état dans lequel il était. On aurait dit que tous ces muscles étaient tendu, car même immobile il tressautait. On pouvait lire dans ses yeux le message suivant : Envoi la balle! Envoi la balle! Allez, envoi la balle!

 

De mon côté j’avais déposé la chatte sur le plancher de la cuisine juste de l’autre côté de la porte. Nous avions l’intention d’ouvrir la porte lentement afin qu’ils s’aperçoivent un et l’autre un moment et nous les aurions séparé presque tout de suite. Nous voulions leur donner le temps de s’apprivoiser. Line retenait Zolo tant bien que mal, car il n’avait pas encore de collier. Elle croyait sincèrement pouvoir le tenir en place de sa seule force physique. Moi j’avais entre les mains la pire bête possible, car je connaissais les chats. S’ils veulent déguerpir, ne vous aviser pas de tenter de les retenir, car équipés de leurs griffes, ils vous offriraient leurs plus belles œuvres d’art que l’on puisse sur votre peau.

 

Alors, nous avions ouvert la porte doucement. Zolo commençait déjà à se tortiller. Je ne sais pas ce que ce chien avait dans le corps, mais on aurait surement pu alimenter toute la maison en électricité avec son énergie. La chatte, pas un mouvement, elle commençait même à perdre patience sans égard à notre nouvel ami. Alors que je poussai un peu plus sur la porte, Zolo aperçu la chatte immédiatement et d’un mouvement soudain, il bondit en avant à la grande surprise de Line. Impuissante à le retenir dû se contenter de tenter de le rattraper. La chatte, que j’avais sans hésitation lâché, se forma en une boule de poils hérissés. Elle ouvrit la bouche en émettant le son particulier des chats, le shhhhhhhtttttt. Un peu comme le font les serpents à sonnettes en branlant leur queue afin d’avertir qu’ils sont sur le point de vous attaquer. Zolo approchait à vive allure sans intention de s’arrêter. À peine à dix centimètres de la chatte, celle-ci braqua ses pattes en avant et d’un mouvement rapide lui imposa le souvenir indélébile de son existence. Il n’allait pas oublier sa premier rencontre. Elle lui griffa le museau profondément à une vitesse presque imperceptible. Il lâcha un cri de douleur et rebroussa de quelques centimètres. Mais, il n’attendait pas en rester là. Il bondit en sa direction et tenta de l’attraper avec sa mâchoire solide et imposante. Elle avait déjà déguerpit sans perdre une seconde, une fraction de seconde même. On n’a pas revu la chatte pendant toute la journée. Elle s’était terrée dans un coin quelque part dans la maison et nous n’avion pas chercher à la trouver. Nous savions que seul le temps allait arranger les choses. On n’impose rien à un chat, jamais. Lui, Zolo, retourna dans la cuisine d’été. Line appliquait une serviette d’eau froide sur sa blessure et le caressait pour le consoler. Elle prétendait qu’il ne voulait pas lui faire du mal, mais simplement jouer avec elle. Si cela était le cas, il ne s’y était pas pris de la meilleure des manières.

 

À partir de ce jour-là, j’avais compris que leur relation n’allait pas être des plus harmonieuses. Ce que l’on voit à la télé, était fondé semblerait-il. Les chats et les chiens sont, pour la plupart du temps, loin d’être les meilleurs amis du monde. De toute façon, il n’allait vivre en promiscuité puisque j’avais déjà commencé la construction de sa cabane. Restait à aller lui acheter un collier digne de lui. Plus tard j’étais allé à l’Encan de Lachute et avait trouvé un épais collier en cuir épais fait par un artisan de la région. J’avais vissé solidement un anneau sur le plancher avant de sa cabane et accrocher une chaine solide d’environ douze pieds. Après avoir cliqué la chaine à son collier, il était maintenant le maitre de son domaine à lui. Cela pourrait paraitre insensible, mais son rôle n’était pas d’être un chien de compagnie, mais plutôt le gardien de la famille. Il allait avoir l’occasion de le prouver plusieurs fois d’ailleurs.


Le printemps se pointait à l’horizon. L’hiver avait quitté tôt cette année-là. Si bien que vers la fin Avril, la couverture de neige dans les champs avait déjà quitté. Nous avions pleins de projets en têtes. Nous les avions ruminés tout l’hiver comme les gens d’autrefois qui passait l’hiver à planifier la prochaine année. Les semences, l’entretien des bâtiments, les animaux, les récoltes et la préparation pour le prochain hiver. Ils planifiaient tout dans le moindre détail. La vie à la campagne exige cela et si vous tentiez de vous aventurer tête baissée d’une saison à l’autre vous vous exposiez des problèmes potentiellement funestes. La vie près de la terre a ses propres règles. Elle vous donnera tout ce qu’elle a si vous lui donnez la vôtre en échange.

 

Dès le début du mois de Mai nous étions allés rendre visite au commerce de grains, la meunerie. Du moins, son détaillant. Il fallait connaitre le prix des grains. L’aliment spécifique pour les poulets, les poules et le cochon que nous planifions d’avoir dans le courant de l’été. De nos jours, le plus grand vendeur, la dame qui s’occupait du commerce nous disait, était les nourritures pour chevaux, suivant les nourritures pour chiens et pour chats. Le reste, pour les volailles et les porcs étaient réserver à des élevages marginaux de petits éleveurs qui le faisait pour le simple plaisir. Ce n’était même pas pour se nourrir, non simplement pour plaisir. Le monde était séparé en deux groupes. D’un côté, les éleveurs de plaisance tels que les éleveurs de chevaux et autre petits animaux de plaisance et les agriculteurs commerciaux. Néanmoins, ces derniers ne s’approvisionnaient pas ici, dans ce petit commerce de détail. Nous nous étions à part, une race à part. Une minorité qui se faisait regarder bizarrement à chaque fois que nous posions des questions au sujet de l’élevage des poulets ou des poules et de comment prendre soin d’un cochon.

 

Par chance, la dame qui s’occupait de l’endroit avait quelques connaissances en la matière puisque ce commerce appartenait à la famille depuis plusieurs générations. Elle nous fournissait quelques conseils à mesure qu’elle nous faisait faire le tour du magasin. Il flottait dans l’air des odeurs de fleurs séchés et de mélasses qui se mêlaient à celui du bois naturel de la charpente de l’entrepôt de grains. Les planchers de bois craquaient sous nos pas, mais ils étaient solides comme du roc bien qu’usés par le temps et le passage successif des Hommes d’hier et d’aujourd’hui. En dehors de ce petit plaisir touristique, la dame nous expliqua ce qu’il en était pour les poulets. Les premiers trois semaines ils devaient être nourrit d’un type particulier de mélange de grains concassés plus finement pour ne pas que les poussins s’étouffent. Après être suffisamment gros nous pouvions leur donner de la moulée de croissance normal, « croissance poulets » pendant tout le reste de la croissance qui était estimée, pour les poulets à chair à dix semaines pour les petits et quinze semaines pour les plus gros. Pour ce qui est des poules, elle nécessitait un mélange de grains concassés avec addition d’écaille d’huitres afin de rendre la coquille des œufs plus solide. Dans la nature, elles auraient mangé des petites roches, du sable afin d’avoir un apport suffisant en minéraux, mais en captivité il fallait y suppléer par un mélange exprès. Pour ce qui était du cochon. Un mélange de départ pour porc était disponible pour le premier mois et par la suite un mélange de croissance. Bien que, maintenant au courant des types de nourriture propres à chacune des espèces, il en était pas de même pour les quantités. La dame ne possédait pas ces informations. Allait donc commencer la chasse aux connaissances en élevage. Pas une mince tâche dans notre monde moderne.

 

Je me souvenais de mon oncle de Saint-Hyppolite. Comment il prenait soin de ses animaux. Il n’était pas conventionnel, loin de là. Il trouvait toujours le moyen de mette la main sur une source de nourriture que l’on pourrait qualifier de peu orthodoxe. Lorsque j’étais plus jeune, il y avait une boulangerie de village à Saint-Sauveur-Des-Monts. Celui-ci fournissait les commerces de restaurations qui se comptaient par dizaines déjà à cette époque dans cette petite municipalité en produit de boulangerie. Mon oncle, opérant un commerce d’enlèvement des ordures ménagères et commerciales, avait obtenu de récupérer les retours de produits de la boulangerie en question. Il ramenait à pleine fourgonnette les pains de toutes formes à la ferme. En pleine hiver en ce temps-là, il rangea le tout au deuxième étage de sa grange. Il nourrissait ses poulets, ses poules et son cochon. Il opérait une sorte de bouette dont le cochon raffolait. Bien entendu, à bien y penser, c’était du grain sous une autre forme.

 

Il fit de même il y a quelques années, alors qu’il mit la main sur un fabriquant de bière artisanale. L’orge détrempé qui avait servi à macéré dans ce liquide populaire était retiré des réservoirs et jeter dans des bâches pour être envoyé au dépotoir. Mon oncle lui avait obtenu de les récupérer et de s’en servir pour nourrir les chevaux. Il disait que c’était l’idéal pour eux. En effet, l’estomac des bêtes, pour digérer le grainage devait faire des efforts considérables, car il n’est pas plus naturel pour eux comme pour nous de manger du blé, de l’orge, de l’avoine cru. De l’herbage certes, mais pas du grain. Ce grain qui avait macéré équivalait en quelque sorte à ce qu’il eut été prédigéré. Son enveloppe dure avait ramolli sous l’effet du trempage dans le liquide. Donc, l’animal avait moins d’effort à faire pour l’assimiler à son organisme. Il en retirait plus et il dépensait moins d’énergie en même temps. L’idée était quand même géniale.

 

J’aurais pu faire l’effort moi aussi de tenter de trouver des fournisseurs de ce genre afin de nourrir mes animaux à venir, mais ce n’était pas l’idée que ce je me faisais de l’élevage des bêtes. Je voulais le faire comme le faisant les gens d’avant. Les gens communs qui n’avaient pas accès à ce genre de produits. Je visais large, je voulais un portrait juste de leur réalité. Donc, le grain de la meunerie me paraissait la plus adéquate pour mon projet. Peut-être que plus tard, j’opterai pour l’innovation dont nous sommes capables ici au Québec, mais pour aujourd’hui je m’en tiendrais à mon idée première.

 

À la meunerie, il offrait des ballots de bran de scie, de la ripe. C’était en faire de la roture de sciage provenant des usines nordiques. Elles étaient pressées et emballée et revendu comme agent imbibant. Tous les éleveurs de chevaux s’en servait, c’était la litière idéale. C’était propre, ça imbibait les déjections liquides sur sol convenablement et ça avait belle apparence. Le côté négatif était le prix et le temps de décomposition dans le sol après usage. Dans l’ordre ou dans le désordre, je ne sais pas lequel des deux me déplaisait le plus. Néanmoins j’allais explorer d’autres alternatives. Il y a quelques années j’étais allé chez un monsieur assez âgé qui demeurait dans la municipalité de Saint-Sophie. Il avait une petite ferme et il possédait quelques bêtes aussi. Il vendait ses surplus de production de paille et de foin. J’y avais acheté deux ballots de pailles afin de faire la décoration de ma galerie à la ville pour la fête de l’halloween. Je passai donc par-là sur le chemin du retour. J’avais bavardé longuement avec le vieil homme, parce que les discussions courtes ça n’existe pas avec les gens de cet âge. Ils ont tellement à raconter et plus personne ne s’y intéresse. Pourtant ils détiennent un savoir immense, mais la modernité n’en a que faire. La science et la technologie, il n’y a que ça de vraie de nos jours, foutaises. Suite à cette intrusion dans le passé, je savais à quelle fréquence dans l’année je pouvais me procurer du foin et de la paille et son prix et quelques autres conseils que je ne suis pas très sûr d’avoir bien saisi. La paille était donc mon premier choix. Elle avait une bonne capacité à absorber les liquides et elle se décomposait bien dans le sol après usage. Sans compter l’odeur qu’elle dégageait qui venait satisfaire mon petit côté romantique.

 

Pour ce qui était de l’équipement qui allait servir à rendre disponible la nourriture et l’eau pour les différentes bêtes, j’allais surement trouver tout ce dont j’avais besoin dans une des succursales des coopératives agricoles du Québec. Il y en avait une dans presque chaque grande municipalité au nord de Montréal. J’aillais donc avoir la chance d’y jeter un œil un jour ou l’autre dans un avenir très rapproché de par mon travail.

 

 

En attendant, je m’occupais de construire dans la grange les installations nécessaires pour les animaux. Là encore, le savoir ne courait pas les rues. La plupart des bâtiments que j’avais pu observer utilisait le métal comme matériaux, car il était solide et nécessitait peu d’entretien. Je ne partageais pas cette opinion. Je voulais quelque chose de chaleureux et, encore une fois, quelque chose qui faisait office de témoignage du passé. Le seul matériau que j’ai dû me résigner à utiliser était la « broche à poule » et quelques clous ici et là.
avant tout chose, il fallait assurer la solidité du bâtiment. Oh! Certes, il allait tenir. Cela ne fait aucun doute, mais vers le milieu du bâtiment, les murs extérieurs faisaient le rond comme si l’intérieur gonflait. Encore quelques années et le bâtiment allait s’effondrer de lui-même par le centre. La question était de savoir comment allions nous faire sans être obligé de défaire toute la structure et la refaire. Je contactai un gars qui travaillait dans la construction et qui m’avait offert un travail temporaire il y a quelques années. Il fallait défaire une petite maison jusqu’à son ossature pour la rhabiller par la suite. Cet homme avait surement une réponse, il était habitué de faire avec des vieilles maisons. Mon pari fut payant. Il avait suggéré de ramener les murs par le centre avec de la traction. Je lui avais répondu que je ne voyais pas du tout comment. Il m’a expliqué comment il le faisait puisqu’il avait déjà eu affaire à ce genre de problème dans le passé. Suffisait de prendre une longue tige de métal. Faire des filets à chaque bout, puis de percer des trous dans le haut des murs à tracter. Insérer la tige et apposer une petite plaque de métal à l’extérieur des murs. Poser une noix et visser à un bout et à l’autre. La force de traction allait se faire d’elle-même à force de visser. Une idée géniale qui a marché comme sur des roulettes. Quelques jours plus tard, les murs étaient droits à nouveau.

 

Je devais par la suite faire quelques recherches pour connaitre l’espace nécessaire pour chaque section en tenant compte du type d’animal et du nombre. Je ne voulais pas trop faire à l’aveuglette, car quand vous ne savez pas trop sur un sujet vous voulez vous en tenir à des normes officielles. Réflexe naturel qui rassure. J’avais pour mon dire qu’il fallait apprendre les bases et par la suite, on pouvait finasser un petit peu à notre guise. Selon l’industrie de l’élevage de poulet de chair, celui-ci a besoin d’un espace deux pieds carrés. Par contre, je savais très bien que moi je n’allais permettre que mes animaux soit élevés entassés. Je voulais qu’ils aient un minimum de qualité de vie. Alors, après tous les calculs, j’estimai que j’avais besoin d’une section de dix pieds sur quatorze pour les poulets et d’une autre de dix sur douze pour les poules. Donc, si l’on divise le grand rectangle que représentait le plancher de la grange, les deux sections des volailles se trouvaient toutes les deux sur le même côté sur une largeur de dix pieds et une longueur de vingt-six pieds au total. Afin d’obtenir une symétrie plaisante au regard, je décidai de construire deux autres sections identiques pour le ou les cochons et le veau, sur la gauche. Au centre, il restait une allée de cinq pieds de largeur. Les 4 sections occupaient les deux tiers de la superficie de la grange.

 

Je récupérai ce qui restait des bouts de bois de l’autre bâtiment et j’érigeai la charpente des deux sections à volailles. Ce fut très simple et très solide de surcroit. J’ai utilisé la même technique que celle de l’étagère de la cuisine d’été. Les murs furent fermés avec de la broche à poulet à carreau de un pouce carré. La grandeur standard qui était utilisée presque partout. Dans chacune des sections, il y avait une ouverture qui donnait sur l’extérieur d’un pied et demi par un pied et demi. Ils étaient déjà disponibles à même les murs, sur toute la longueur du bâtiment. Autant en profiter. J’avais l’intention de construire une partie à l’extérieur afin que les animaux puisse jouir de la lumière du jour et qu’ils puissent se nourrir d’insectes et de minéraux disponible à même le sol. Je voulais que notre élevage soit le plus naturel possible.

 

 

Dans la section dédiée aux poules, j’ai utilisé les caissons de bois que j’avais ramassé à l’automne. Ceux-là du même type que ceux qui ont servis pour l’étagère dans la cuisine. Au nombre de trois, je les ai cloué au mur à deux pieds de hauteur et de chaque côté, ils étaient stabilisés par un poteau de bois d’une pièce de deux par trois. Les poules allaient avoir un nichoir pour chacune d’elle. Pour la porte, j’ai aussi utilisé des pièces de bois récupérés. Elle était, comme les murs, recouverte de broche à poules ainsi que d’un loquet pour la tenir fermée. Installation des plus simples je dois avouer, mais co

mbien efficace. Encore là, on m’avait suggéré de vive voix et par certains articles dans des magazines américains qu’il était possible de fabriquer tout cela à l’aide de matériaux recyclés de toutes sortes. Des caisses de lait de plastiques, des casiers dont on enlève la porte, etc. Moi je ne voulais pas, je voulais les matériaux les plus nobles et qui reflétaient ce qui avait surement été utilisé dans le passé.

 

Pour l’enclos réservé au cochon, nul besoin de broche à poule. Suffisait de ne laisse d’espace par lequel un cochonnet ne pouvait se faufiler. Au tout début, je n’avais installé que les poteaux qui délimitaient le périmètre des enclos, mais pour celui du cochon, je m’étais appliqué à lui en faire qui permettait un accès facile pour moi et difficile pour lui d’en sortir. Donc, le devant était fait de bois en de un pouce par trois pouces espacés de quatre pouces. Il n’allait pas passer entre elles. Sur la longueur qui était perpendiculaire à la longueur de la grange, j’avais posé des pièces de même grosseur jusqu’à la hauteur de trois pieds seulement afin de me permette de l’enjamber pour aller nettoyer l’enclos et servir la nourriture. J’estimais que trois pieds étaient suffisants à cette époque.

 

Voilà pour la construction des installations matérielles qui coïncidaient avec la fin du mois de mai. Pour ce qui était des ustensiles pour servir la nourriture, ils s’en vendaient dans les coopératives agricoles. Un simple récipient en aluminium avec des trous sur la longueur dans lequel on versait les grains que les volailles pouvaient picorer. Des récipients en plastiques suspendus pour distribuer l’eau étaient installés dans chacune des enclos, pour les poulets et pour les poules. Néanmoins, les volailles n’allaient pas arriver tout de suite dans la grange. Il fallait d’abord se les procurer.

 

Dans le petit village de Saint-Canut, situé tout juste à l’Ouest de Saint-Jérôme, il y avait un couvoir avec pignon sur rue. Je ne me souviens plus s’il s’agissait de Belges ou de Français, mais peu importe, ils étaient professionnels. Ils fournissaient régulièrement les gros élevages de poulets de chair et de poules pondeuses ainsi de d’autres volailles comme les oies, les pintades et canards et je ne les nomme pas tous. Le monsieur, le propriétaire, était d’une patience d’ange d’avoir dû répondre à mes questions et surtout d’avoir accepté de vendre ses petits oisillons à un amateur inexpérimenté comme moi. À cette époque un poussin de poulet de chair coutait soixante-quinze sous et un poussin de poule pondeuse un dollar. Après avoir rendu une visite pour satisfaire mes besoins en connaissance, la semaine d’après de passai ma commande qui allait être prête deux semaines plus tard. J’avais commandé au total cinquante-deux poussins. Quarante poulets de chair en devenir et douze poulettes pour les cocos.

 

Il est quand même bizarre je dois dire de se trimballer en voiture avec une boite de carton contenant cinquante-deux vies qui piaillent juste à côté de vous. J’avais même éteint la radio pour les entendre.

 

Arrivé à la fermette, je me dirigeai directement dans la maison. Il fallait que les enfants voient ça. Ils étaient ravis. Je veux dire quel enfant ne le serait pas devant des petits poussins tous jaunes. Nous n’étions pas à une mini fermette qu’on installe dans les centres d’achats dans le temps de Pâque ou dans certaines cabanes à sucre afin d’émoustiller la nostalgie des visiteurs. Non, ils étaient chez-nous cette fois. Nous avions cette fois la première responsabilité de notre fermette. Nous allions devoir mettre en œuvre tout ce qui était possible pour garantir la survie de ces animaux et ce, dans le respect le plus total. Nous voulions bien faire les choses.

 

La première de ces choses était de leur fournir un endroit sec et beaucoup de chaleur. Pour ce faire, je m’étais procuré une lampe à infra-rouge à la Coop agricole que j’avais installé dans la petite véranda qui était située à l’arrière complètement de la cuisine d’été. L’idée était de s’assurer de ne pas finir avec des odeurs de volailles dans la maison. Il fallait aussi, à l’aide de boîtes de carton défaites, construire un cercle d’environ trente-six pouces de diamètre. Il fallait faire en sorte que la chaleur produite par la lumière rouge soit concentrée en un même endroit et conservée. Les poussins allaient s’agglutiner au centre sous la lumière et au fur et à mesure qu’ils grandiraient, ils s’en éloigneraient. Il s’agissait tout simplement d’ajuster la hauteur de la lumière pour que les poussins obtiennent le degré de chaleur approprié en tout temps, car des nuits fraiches il y en avait encore au début de Juin. Nous avons gardé les poussins à cet endroit jusqu’à ce que leur duvet laisse place à leur plumage. Soit environ trois semaines. C’est à ce moment que nous avons pu différencier les poules des poulets sinon avec leur duvet ils sont identiques. Ils avaient, au bout de ses premières semaines, soit des plumes blanches ou bien des plumes brunâtres.

 

Nous les avons transférés dans la grange, dans leur enclos respectifs. Voilà que l’élevage de nos premiers animaux avait débuté. Je dois avouer que cela procurait un sentiment étrange de savoir que nous étions maintenant des gentlemen farmer comme on les appelait à cette époque les gens qui opérait des fermettes pour le simple plaisir. Toutefois, nous étions bien plus que cela. À nos yeux, nous étions plus que des vieux adultes, des vieux babyboomers qui voulaient renouer avec le passé. Ce n’était pas de la nostalgie selon notre vision des choses, mais bel et bien l’idée de faire revivre notre patrimoine culturel québécois. De démontrer qu’il était possible en cette veille des années deux mille de vivre en harmonie avec la nature et aussi de démontrer comment les gens d’avant établissaient des relations avec la terre qui les nourrissaient. Nous étions au tout début du chemin et nous ne savions pas jusqu’où il nous mènerait dans cette quête de savoir. C’est ce que nous voulions et ce que nous faisions, nous étions les maitres de notre propre destinée pour le première fois de notre vie.

 

Déménagement. Les premiers jours. S’adapter.  Redonner vie à l'histoire.  Rencontre avec le producteur laitier. Projet de vie. Aménagement de la  grange et de la cuisine d’été.

 

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 16:49

CHAPITRE DEUXIÈME

 

 Qu’y a-t-il de plus beau qu’un jour nouveau qui se lève? Non pas quoi, il faut chercher, mais comment. C’est lorsqu’il se lève dans le cœur des Hommes qu’il est le plus beau. Par conséquent, ce matin est un beau jour. Il y a quelque chose de merveilleux qui se mélange aux rayons du soleil qui filtrent par la fenêtre de la cuisine où nous sommes tous les cinq attablés.

 

Les trois mousses en pyjama de flanelle, bien au chaud ont déjà les bouches collantes de confitures aux fraises maisons, ils en raffolent. Je porte ma tasse de café chaude à ma bouche tout en appréciant la beauté naturelle et matinale de la femme qui a accepté de partager ma vie. Elle sape une gorgée de son café en croisant mon regard. Je crois bien qu’elle le sait que je ne renoncerai pas à mon idée. Je regarde chacun de mes enfants et je brule d’envie de leur communiqué toute la joie qui anime mon cœur et mon esprit, mais ils sont trop jeunes. Ils peuvent le ressentir il en est sûr. Cela ne peut me rappeler que mes propres souvenirs dont les plus résistants se sont inscrits alors que j’avais probablement leur âge. Celui me vient à l’esprit n’est pas des plus précis. Une vague impression. Plus un sentiment qu’une image. Tout est voilé par l’usure du temps. Je vois une grande bête, du moins c’est ce que je peux en déduire. Je vois un homme assis sur un petit banc de bois à quatre pattes. Je vois sa jambe habillé d’un jeans et sa grande botte de travail sale et usée. Le sol est recouvert de paille, de foin et de fumier. Il est accroupi, la tête presque accotée sur la bête, sur son flanc noir taché de blanc. L’homme porte une tuque noir roulée à la mi-tête qui dévoile ses cheveux court et son cou solide. Je peux sentir les odeurs, les parfums, je peux me souvenir, oui. Puis le sont aussi. Un bruit qui vient par coups, une succession saccadée de jets de liquide qui foncent et qui meurent dans un bruit métallique. Je tasse la tête de côté légèrement afin de voir, je veux voir. C’est blanc, le liquide est blanc. Il sort d’un truc qui pend de cette bête. Les grosses mains de l’homme les serrent d’un mouvement oblique de va et vient. On dirait une musique. La musique de la vie et une des plus anciennes que le monde ait connu.

 

Soudainement, l’homme retourne la tête et voyant que je regarde, que j’observe tous ces gestes, sourit. Puis retourne la tête de l’autre côté, attiré par le mouvement d’un autre petit garçon. Mon cousin qui s’approche de la bête, derrière elle. Il n’était pas plus grand que moi, même s’il était plus vieux de deux années. Il porte une tuque comme son père qui fait de la musique. C’est mon oncle le musicien. Mon cousin s’approche encore et se met à genoux à côté de son père. Mon oncle, sans avertir, redresse un des pies de la vache et le pointe en direction de mon cousin. Je crois que mon petit cousin comprenait ce qu’il allait se passer. D’un geste ferme, mon oncle serra le pie et un jet puissant giclât directement dans le visage de mon cousin qui n’eut pas eu le temps de l’éviter. Je riais avec cœur, tout le cœur d’un enfant de mon âge. Puis mon oncle s’est retourné en riant aux éclats et dirigea l’autre pie en ma direction. Toutefois, moi, je n’ai pas eu le temps de réaliser que j’étais la cible cette fois. Le jet chaud et sucré pénétra directement dans ma bouche grande ouverte de joie. Je fis une grimace, me releva et me mis à courir pour ne plus revenir sous le bruit du rire gras de mon oncle. Nous nous sommes tous les deux enfuit du côté de la réserve de foin.

 

Je regarde mes enfants et je me demande si j’allais pouvoir un jour leur donner ce genre de souvenirs qui s’incrustent en soi pour l’éternité. Je ramène mon regard vers Line et je me demande si elle a des souvenirs aussi éternels que les miens. Surement! Après tout, elle est vient de la région de la Beauce et la plupart de sa famille sont des gens de la terre. Elle n’y a pas été élevée, mais comme moi elle y a passé quelques temps dans sa jeunesse. C’est peut-être cela qui me suggèrent qu’elle appréciera ce que je vais lui montrer. Cette belle d’autrefois qui lui feront remonter en elle tous ses souvenirs, ses images, ces bruits, ces parfums et peut-être l’image du sourire d’un oncle espiègle.

Sur la route qui mène vers notre futur, nous discutons. Nous partageons nos impressions sur les paysages qui s’offrent à nos yeux. Ensemble, nous n’avions emprunté cette route qu’une seule fois auparavant. Cette route provinciale relie la ville de Saint-jérôme (Laurentides) et Ville des Laurentides. Entre les deux, à l’écart, le village de Sainte-Sophie. C’était comme si c’est habitants ne voulaient joindre l’une ou l’autre des villes qui les cernaient. Un vent de liberté soufflait sur cette partie du monde. Ils se tenaient entre deux mondes. Saint-jérôme, siège du développement des Laurentides depuis presque le début de l’histoire du Québec et Ville des Laurentides qui peinait à s’arracher à son état rural. Cela explique la diversité architecturale des résidences le long de la route. Tantôt une maison au revêtement de vinyle et tantôt une habillée de boiseries. Tantôt une résidence de brique et une autre de pierre des champs. Parmi elle, des commerces de toutes sortes.  Le village de Saint-Sophie s’annonce sur une pancarte. Voilà la seule manière dont il pouvait exister, être visible, car il était difficile de croire que nous y étions. La route qui traversait le village n’était pas différente de tout le reste. Il faut dire que le cœur du village était quand même situé juste au sud de la route. Son église, son magasin général, était tout ce qui semblait rester du combat entre la ruralité et le modernisme. Nous continuons notre chemin sans être impressionné par ce monde en dérive.

Quelques kilomètres plus loin, une affiche attire notre attention. On peut y lire Ville des Laurentides, flèche vers le haut et New Glasgow, flèche vers la gauche. Un kilomètre plus loin, de l’autre côté d’un pont qui surplombe la rivière de l’Achigan, une autre affiche qui indique le nom du village, son emplacement réel. Nous somme tout près, je suis fébrile. Line me regarde d’un air amusé. Elle me dit que jusqu’à maintenant elle ne voyait rien d’extraordinaire à ses yeux. Pas plus de trois cents mètres plus loin, une maison, une vielle. Elle date surement du début du siècle ne serait-ce qu’en estimant l’âge de l’arbre géant qui planté là devant la maison semble la garder, la protéger. Je ne lève pas le pied de l’accélérateur, car je veux m’assurer d’une chose. Je sais très bien que la prochaine est la bonne, mais je veux savoir. Oui, je veux savoir si cette majestueuse ancestrale captera son attention. Si ce n’est pas le cas, je rejetterai le tout comme un simple rêve, une simple idée qui vient et qui passe sans s’arrêter. Si elle la remarque, elle l’aimera. Elle ne s’inscrira pas seulement dans son esprit, mais dans son cœur aussi, et pour moi c’est une condition essentielle. Nous devons tous y être liés par le cœur et non par la raison seule.

La voilà elle est là! Elle se dresse dans la clarté du jour comme un bijou éclatant au cou d’une princesse. J’attends. Les millièmes de secondes passent. Puis elle brise le silence et dit :

 

« Hey! Regarde celle-là! »

 

Je la regarde avec un sourire qui en dit long. Elle ne tarde pas à comprendre la situation. Elle s’enquiert de savoir si c’est de cette maison dont je lui parlais. Du même souffle elle remarque la trouée laissée par mon camion qui s’était enfoncé la veille. Elle tient évidemment à me rappeler qu’elle me connait si bien, qu’elle pouvait lire en moi comme dans un livre ouvert. Il faut dire que je ne suis pas très doué pour les tromperies et cachotteries, mais bon. Quelques mètres plus loin je m’engage dans une entrée qui mène à des bâtiments d’élevage de poulets et je rebrousse chemin. Je réussi à garer la voiture juste devant le pan de clôture qui scelle l’allée menant à la maison.

 

De la neige partout, on ne peut même pas distinguer l’allée. La seule chose qu’il est possible de voir est la limite du terrain de chaque côté de la maison. Cernée par des fossés de ruissellement des eaux provenant des champs de culture environnants. L’arrière du terrain se confond avec le champ qui s’étend sur plus d’un kilomètre de profondeur. D’un côté de l’allée, à droite, est sise la maison bien fièrement et de l’autre, par-delà le fossé. Un vieux bâtiment de ferme délabré qui résiste au temps en criant sa souffrance. Les planches de bois qui forme son habillement pendent ici et là, bercé par le vent qui souffle sur cette grande étendue de terre. Les tôles tu toit clapotes et quelques-unes ne tiennent que par entêtement. Les fenêtres sauvagement été dénudées de la moitié de leurs vitres. Bref, il agonise, n’attendant plus que le coup fatal qui mettra fin à ses souffrances. Quelques mètres plus loin, un autre bâtiment, plus petit que le premier. Il penche de fatigue vers la droite, les années pèsent de tout leur poids. Celui-là, selon mes références a surement abrité la vie à sa belle époque. Maintenant ces pièces se meulent par la force du vent qui s’infiltre à travers lui. Ils sont tous les deux mourant. Eux aussi délaissés par les Hommes, abandonnés.

 

Debout devant la clôture qui nous sépare d’elle, Line me demande si c’est une bonne idée. Après tout, ce n’est pas chez nous. Je doute que… je l’interrompre et en lui pointant du doigt la maison et lui dit :

 

« Et selon toi, elle est la demeure de qui cette maison abandonnées? »

 

Elle me répond :

 

« Tant qu’à ça! »

 

Nous enjambons le clôture de fer et touchons pieds fermes de l’autre côté. Je suis d’abord surpris, car hier soir il y avait au-delà d’un pied de neige ici et je m’enfonçais à chaque pas. Peut-être elle, c’est surement elle qui nous a ouvert la voie, elle savait que je reviendrais pour elle. Le vent avait soufflé toute la nuit et avait balayé toute la neige, ne laissant que sa couverture glacée au sol comme protection du rude hiver des champs. Nous entendions le clapotement des tôles qui recouvraient le toit, certaines d’entre elles n’allaient pas tenir bien longtemps. Tu en penses quoi jusqu’à maintenant, je lui ai demandé. Un regard douteux je reçu comme seule réponse. Elle me fit signe de passer devant. Je posai le pied sur la première marche puis en évitant la deuxième j’arrivai à la galerie, Line me suivait. À la lumière du jour, je voyais la peinture blanche partout écaillée tantôt absente. La rampe instable trahissait son âge, impossible de s’y fier. Line me suivait de près et je lui dis de faire très attention, car les planches de la galerie sont fragiles par endroits et risque de céder au moindre pas.

 

Je fis quelques pas vers la porte de côté. Sait-on jamais. Hier soir elle était bloquée, peut-être que… Lire ne bougea pas, elle attendait. Les deux mains bien à l’abri dans son manteau. Le vent soufflait toujours, il ne s’arrête jamais ici. Je tirai sur la première porte. Elle était de bois et devait y avoir eu une moustiquaire dans son cadre, de la poigné jusqu’en haut, mais il n’y était plus. On entendait latte de bois qui la composait craquées sous le mouvement qu’ils n’avaient pas connu depuis bien longtemps. Elle cria d’un grincement strident en s’ouvrant. Je tournai la poignée de la deuxième porte sans résistance. Non elle n’était pas verrouillée. Je poussai, mais elle ne s’ouvrit que d’un ou peut-être deux centimètre. Surpris, je réalisai que quelque chose la bloquait. J’approchai mon visage de ses six carreaux et je vis que des débris entravaient la porte.  Je poussais donc plus fort. Je n’entendais d’autres que le bruit de mes actions comme si j’étais dans un autre monde, plus rien d’autres n’existait à part moi, line et elle. La porte s’enfonça encore et encore. L’espace était suffisant pour laisser passer une personne. Je me faufilai à l’intérieur en prenant soins de ne pas trébucher sur les immondices qui jonchaient le plancher. Il y avait des détritus partout. Des sacs poubelles déchirés, des conserves vides, un rouleau de tapis à moitié déroulé dans ce coin. Plus loin, surpris je reconnu des excréments de bêtes, de chiens peut-être. Tout près de l’escalier du fond qui montait probablement dans un grenier de je ne sais quoi, d’autres débris de bois et des boîtes déformées par l’humidité et le temps. Un vieux poêle électrique gisait là contre le mur de droite, cerné par d’autres détritus. Une odeur aigre me montait au nez. Un mélange de parfum de vieux bois humide et d’urine et autres choses que je ne pouvais identifier. Pourtant j’en ai senti des choses alors que je faisais la collecte des ordures, dans l’temps. Line était restée dehors. Elle entendait mes commentaires et cela lui suffisait. Elle n’en voulait pas plus. Je la regardai d’un air déconfit qui trahissait ma déception devant toute cette folie des Hommes. J’avançai vers la porte qui menait à la maison. Après quelques pas, je me tins debout devant sa grande fenêtre et je fus stupéfait, pétri sur place, presque changé en pierre par ce que je voyais. Les deux pieds en déséquilibre sur ces immondices, je me tenais là devant cette porte qui nous séparait d’elle. De l’autre côté, l’antre de la belle.

 

À travers la vitre qui faisait la moitié  de la porte, elle se révélait à moi. La première chose qui me sauta aux yeux, fut son plancher de bois franc inégal qui avait subi les assauts répétés du froid et de la chaleur et le banc de neige tout au fond acculé au mur sous la fenêtre par laquelle j’avais plongé mon regard la veille. Certes il y avait quelques détritus ici et là, mais en sommes, tout était sobre et dégagé comme si les Hommes qui l’avait abandonné avait eu la moindre décence de lui prêter une attention particulière si l’on tient compte de la pièce dans laquelle je me tenais. Je pouvais aussi, voir sur la droite, le comptoir de la cuisine. Pas très long et qui se terminait avec un vieil évier en émail blanc souillée par la saleté et la rouille. Situé directement sous la fenêtre, il allait offrir une vue imprenable lors de son utilisation. Des armoires, peu nombreuses peintes en blanc il y a longtemps, surplombait le comptoir. C’était tout pour le rangement, il ne semblait pas y en avoir d’autre. Juste à côté du comptoir, une sorte d’excroissance murale qui portait un cercle de métal dans sa hauteur. Cela devait assurément être une cheminée scellée et non-utilisée depuis des années. Un grand mur muni d’une arche au centre d’environ cinq pieds limitait la surface de la cuisine et avec, de chaque côté, des ouvertures verticales de près de deux pieds du sol et qui s’ouvraient jusqu’au plafond qui, soit dit en passant était bien plus haut que ce nous sommes habitué de voir. Sur la gauche complètement au bout de ce mur, un genre d’armoire qui était placardé d’une pièce de contreplaqué. Enfin, du rangement me dis-je à moi-même. Mon champ de vision s’arrêtait là. Juste à l’entrée sur la gauche, il y avait un meuble qui montait aussi haut qu’un réfrigérateur et il bloquait la vue, impossible de voir plus loin.

 

Je tournai la poignée qui n’offrait aucune résistance et poussai la porte vers l’intérieur et sans le vouloir elle alla cogner sur le comptoir. C’est à ce moment que j’ai crié à Line de venir me rejoindre. Cela vaut la peine lui dis-je. Je l’entendis marmonner quelque chose de presque sacré, mais je n’en étais pas très sûr. Malgré tout elle vint me rejoindre. À peine à l’intérieur que ses yeux s’agrandissait tel un enfant devant une sucette. Sauf qu’elle ne la voulait pas la sucette parce que normalement les sucettes sont sucrés et plaisantes et là elle semblait être tout le contraire. Avoir un goût sur et déplaisant n’est pas le meilleur moyen de séduire un enfant je dois dire. Peu importe, nous allions continuer la visite tant qu’à être là.

 

Sur la gauche de la cuisine il y avait une autre pièce d’environ dix pieds de largeur par douze. C’était vraisemblablement une salle de bain. On pouvait en déduire par les tuyaux tordus qui sortait du sol et l’évent du cabinet d’aisance qui avait été enlevé de son socle et reposait non loin de là. Rien d’autres, il n’y avait d’autres à part cela. Pas de baignoire, pas de douche, pas de comptoir ni de miroir, rien. Par contre, elle baignait dans la lumière de par les deux grandes fenêtres française à huit carrelets tantôt brisés tantôt absents. Il y avait aussi de neige sur plancher recouvert d’un vinyle douteux. Nous ne nous sommes pas attardés dans cette pièce, il n’y avait plus rien à voir outre la vue sur les champs qui cernaient la maison.

 

Nous retournions vers l’arche qui séparait la cuisine du salon, mais elle désirait faire une pause et inspecté l’évier sur le comptoir. Je lui avais déjà mentionné dans le passé que des professionnels pouvaient remettre à neuf ce genre d’émail. Elle voulait voir si celui-ci était récupérable. Peut-être que cet objet lui rappelait des souvenirs quelconque. Malheureusement, des parcelles d’émail avait éclaté et la rouille avait taché le fond. Les robinets étaient brisés et un manquait. Je lui dis que cette maison a vraiment été laissée à elle-même et que je me posais la question à savoir depuis combien de temps. Je l’invitai à poursuivre notre visite. Sous l’arche on pouvait admirer la plus belle chose que nous ayons vue depuis que nous étions là. L’escalier de bois franc qui menait au deuxième étage. Les montants et la rampe étaient tournés et teint foncé puis vernis patiné. Les limons et les marches de bois francs aussi étaient en bon état, malgré l’usure apparente des premières. L’escalier était aligné avec la porte avant. Une porte de bois sans fenêtre. Assez inhabituel, mais considérant l’état de l’ensemble, il faudrait s’attendre à bien des choses inhabituelles ici.

 

Entre la porte et l’escalier, devant nous, une autre porte qui donnait sur une autre pièce. De la même largeur que la salle de bain de l’autre côté, mais quelques pieds de plus en longueur. Rien, dans celle-là sinon les deux fenêtres dont une donnait sur l’avant et l’autre sur le côté Est. Si l’on tient compte de l’ensemble du carré de la maison, elle bénéficiait de lumière en abondance, car il y avait des fenêtres de tous les côtés. Elles étaient tous de style français à battant à huit carreaux de verre.

 

Quelque chose se passait. Une impalpable impression de sérénité. Line semblait adoucir son jugement en portant des commentaires de plus en plus positif sur ce qu’elle voyait. Elle pointait les qualités de la maison plutôt que tous ces défauts évidents. Était-ce l’escalier de bois, les fenêtres, les planchers de bois franc qui avaient travaillés sous l’effet des changements de température? Où cette maison avait quelque chose que nous ne pouvions pas comprendre encore. Quelque chose que nous ne pouvions expliquer par des mots, mais qui était là. Line croisa mon regard, mais ne dit pas un mot. Elle inspira profondément comme si elle cherchait à humer l’air, l’esprit de la maison. Quelques secondes de pause puis elle m’invita à aller inspecter le deuxième étage.

 

Nous montions les marches lentement. Si le temps avait fait travailler le bois des planchers, il avait pu aussi changer la structure de l’escalier. La rampe elle, avait assurément besoin d’être fixée, car elle bougeait à chaque fois que nous y posions les mains. Au fur et à mesure que grimpions l’escalier nous pouvions noter la présence des moulures qui ornaient les pourtours des plafonds du premier étage. Elles avaient été peintes comme tout le reste. Il était évident que les gens qui avaient habité ici, n’avaient aucun respect, du moins ils n’avaient aucune idée de la valeur de cette belle maison ancestrale. Quelques marches encore et nous posions le pied sur le plancher du deuxième. Un plancher de bois plus foncé que celui du rez-de-chaussée. Celui-ci ne semblait pas avoir été affecté par le temps, la chaleur ou le froid. Sur la gauche, une rambarde s’étirait le long d’un petit corridor parallèle à l’escalier. Le toit mansardé s’arrêtait à environ six à sept pieds de hauteur. De l’autre côté du corridor, deux portes à peine à six pouces l’une de l’autre. Elles donnaient toutes les deux sur deux petites chambres d’environ huit pieds par dix. Elles avaient chacune une fenêtre à quatre carreaux qui donnait sur le côté Ouest de la maison. Directement sous elles, le toit de la galerie qui s’étirait du côté jusqu’au-devant de la maison. Moi je trouvais cela amusant. Cela me rappelait les films où les gens fuyaient toujours par ce genre de toit afin d’aller faire les cent coups. Que dire de la question de sécurité en cas d’incendie, cela constituait une voie d’évacuation inespérée. J’approuvais la division des deux pièces et Line aussi. En sortant d’une des chambres, nous constations, au bout du corridor, une cloison muni d’une porte qui nous arrivait à la poitrine. Enfin, un peu de rangement nous nous sommes dit tous les deux.

 

De l’autre côté aussi il y avait deux pièces. L’une n’était pas une chambre, mais bel et bien une petite salle de bain d’à peine six pieds par cinq pieds. Sur la gauche, la petite baignoire qui ne pouvait contenir qu’un enfant était rangée dans un cadre de bois et sous la mansarde. Tout au bout, un étroit espace clos qui ne servait à rien sinon pour y placer un porte serviettes. Tout de suite adjacent à la baignoire, le cabinet d’aisance d’un style assez spartiate était adossé au mur opposé. À gauche du cabinet, on pouvait tendre la main pour ouvrir les robinets du lavabo qui était encastré dans le mur et tenant sur des pattes de bois. On pouvait voir la tuyauterie tout à ciel ouvert. Encore une fois, cette pièce ne faisait pas exception aux autres, une fenêtre baignait la pièce de sa lumière et permettait d’observer l’environnement extérieur alors que vous preniez tout votre temps sur le cabinet. Tout de même, une salle de bain à l’étage. Nous n’avions jamais connu ça, jamais. Tout de suite en sortant, sur la gauche, la porte de la chambre principale. Un peu gênant de parler de chambre des maîtres sans porter de jugement sur le succès de ceux-ci tant elle n’était pas si grande. Onze pieds par dix je dirais, avec encore une fois un plafond mansarder. Les éveils en sursauts pouvaient être assez douloureux. Line semblait d’accord.

 

Tout le deuxième semblait avoir été fait pour nous sur mesure. Pour les enfants, le plus vieux dans sa chambre, les deux plus jeunes ensembles dans l’autre chambre. Une salle de bain pour éviter les excuses pipi pour descendre au premier et pour Madame qui n’aurait pas à courir en bas pour le sien la nuit. Oui, elle semblait être fait pour nous cette belle d’autrefois.

 

Nous sortions de la maison afin d’aller inspecter l’extérieur. Il y avait une autre chose qui me chicotait. Le sous-sol de la maison avait des petites fenêtres à chacun des côté, mais je n’ai pas vu d’escalier dans la maison. Était-il accessible seulement de l’extérieur? Nous avons découvert un escalier à l’arrière de la pièce par où nous sommes entrés. Elle donnait sur le sous-sol, mais impossible d’y descendre, car la neige s’était accumulé en masse. Ce sera pour une autre fois, je pensai.

 

Nous nous tenions tout près de la maison et nous la regardions afin d’avoir une vue d’ensemble. Elle était grande. Au-delà du deuxième, il aurait été possible d’ouvrir un grenier par-dessus tellement le pignon montait haut dans le ciel. Cette maison avait un cachet spécial et quelque chose de spécial nous y appelait, mais quoi? Allions nous savoir, je ne savais pas. Mais une chose était sûre, nous devions nous enquérir de son histoire, de sa vie et surtout à qui elle appartenait. Nous avions quitté, la laissant derrière nous. Nous étions partis, emportant avec nous ses images séductrices et une partie de son âme. Nous en allions vers notre chez nous, pensant, songeant, ruminant. La chemin du retour fut silencieux ce jour-là, mais pourquoi?

 

Ce grand rêve de posséder un chez soi qui nous appartient avait pris naissance dans le temps. Sans le savoir, un et l’autre avions été par nos expériences de vie propres et par les illusions véhiculées par une société qui cherchait à évoluer, à s’extirper d’une mentalité de colonisé, animés par un désir de grandir aussi, de réussir. La génération précédente s’était battue pour se libérer des chaines du traditionalisme, mais trainait inconsciemment avec elle ce respect pour ce qui avait toujours été, le savoir-faire des Hommes, leur ingéniosité, leur amour de l’accompli individuel. Par conséquent, ils étaient, en quelques sortes des habitants nouveaux. Toutefois, nous, nous en étions pleinement conscients. Néanmoins, quelque chose nous manquait. Eux, ils possédaient ce savoir, ces souvenirs, ces trésors de connaissances techniques et sociales, mais ils les avaient enfoui, enterré avec les cadavres de la tradition. Notre soif de savoir, de comprendre notre passé était une condition essentiel à notre avenir, car nous, nous étions dans le néant qui séparait deux générations. Un sentiment ignoble qui vous arrache chaque jour votre joie de vivre, car la solitude est une bien froide compagne. Le sentiment d’être seul, de ne pas avoir sa place est contraire à l’humanité en chacun.

 

Tout jeune déjà, je dessinais des maisons de campagne et elles avaient toutes le même style, les mêmes configurations, la même disposition. Au début de notre relation, j’avais pris sur moi de dessiner sérieusement la maison de mes rêves. J’occupais un emploi qui ne demandait autres choses que d’être présent sur place. Rien à faire que d’attendre, nuits après nuits, semaines après semaines. J’avais donc tout le temps d’imaginer, de créer, de dessiner.

 

Elle avait deux étages, sans compter le sous-sol dont je ne voyais pas l’utilité. Un carré de trente pieds par trente. Une galerie sur le devant venait s’étendre sur le côté jusqu’à la porte de service. Du point de vue où l’on pénétrait dans la maison, la cuisine était juste là. Elle mesurait douze pieds de largeur par quinze pieds de longueur. Suffisant, pour avoir l’espace pour une grande table de huit places et une cuisinière au bois adossé à une large cheminée de pierre. Des armoires en quantité et des comptoirs aussi longs qui laissait sous-entendre que la cuisine au micro-onde n’y serait pas à l’honneur. La grandeur de la pièce lui conférait le statut de pièce principale, là où nous y serions la plupart du temps. Sur la gauche, une autre grande pièce de douze pieds de largeur par onze pieds de longueur. Elle servirait de salle de lavage, de salle de toilette ainsi que plusieurs espaces de rangement. Juste à côté de cette pièce, un garde-manger de type walk-in de six pieds de large par douze pieds de profondeur. De l’espace pour un congélateur et beaucoup de tablettes de rangement. De l’autre côté de ce garde-manger, un bureau-bibliothèque où des étagères de livre à n’en plus finir orneraient les quatre murs de la pièce qui faisait douze pieds par douze. Placé dans le cadre de la porte de ce garde-manger de l’esprit, on avait une vue sur le salon qui servirait de salle visionnement agrémenté par un foyer de pierre bien au centre. Elle occupait le dernier espace libre du carré de la maison, douze pieds de largeur par onze pieds de profondeur. Ce carré serait séparé en deux sur tout le long par un corridor de quatre pieds de largeur ouvert sur la cuisine et le salon. À chaque huit pied, il y avait des billes équarries de dix pouces par dix qui soutenait les solives du deuxième étage ouverts au-dessus du salon. C’est d’ailleurs là que se situait l’escalier pour y accéder. Un escalier de bois qui partait du coin du salon et longeant le mur du fond allait rejoindre le centre du carré. Un long corridor situé juste au-dessus du celui du premier plancher menait à la chambre principale située au-dessus la cuisine et aux trois autres chambres de plus petites dimension. Voilà pour le tour du propriétaire du plan de la maison dessiné à cette époque.

 

Bien sommaire description, mais combien révélatrice si on la compare à la maison que nous venions de visiter deux semaines plus tôt et qui continuait à nous hanter par moment. Toutefois, ces moments apparaissaient de plus en plus fréquents. À l’un de ces moments, j’offris à Line de sortir les plans que j’avais dessinés et de les regarder à nouveaux, questions de savoir s’ils étaient toujours d’actualités dans nos cœurs et nos esprits. Nous sirotions un café tout en discutant de ces papiers, de ces témoins de nos rêves presqu’oubliés par la vie, par notre vie.

 

Deux jours plus tard, le hasard dressa devant moi le chemin vers ce village. Je dû faire une livraison dans une zone rurale à quelques kilomètres de l’endroit. Bien entendu, il était plus court pour me rendre à ma prochaine livraison d’emprunter le chemin qui traversait le village de New Glasgow pour aller rejoindre la route cent cinquante-huit. Un hasard qui côtoyait la chance quoi. Une autre coïncidence voulu que ce fût l’heure du lunch. Sur le chemin de l’Achigan, vers le village, s’alignaient les petites maisons satellites qui d’une certaine manière entouraient le cœur de cette petite agglomération qui occupait un kilomètre carré. Une dernière côte descendante, signal d’arrêt, un virage à gauche et me voici sur la rue principale. Sans attendre, un vétuste casse-croûte endormi pour l’hiver après avoir peiner tout l’été à donner des sourires aux vacanciers et villageois en leur préparant des hot-dogs et des frites. Tout juste en face, un mini-dépanneur à peine plus grand qu’un salon. Comme bien des commerces de village rustique du Québec, son arrière-boutique faisait office de logement pour ses propriétaires ou bien l’inverse, le logement servait d’arrière-boutique. J’en profitai pour aller m’acheter une canette de coca-cola pour accompagner mon repas du midi que j’allais prendre à même mon camion, ma salle à manger mobile.

 

À l’intérieur, quelques tablettes de produits de bases. Ceux-là qui vous sauvent la vie de temps à autres, lorsqu’ils vous manquent. Bien plus près que le supermarché situé à vingt kilomètres de là. Mais encore, sans surprises, le plus gros étalage était celui devant le comptoir caisse. Des bonbons, des friandises aux chocolats, des chips, de la gomme et des sacs-surprises pour enfants. Descendants des magasins généraux de villages ruraux sans doute. On peut facilement s’imaginer que des enfants des alentours enfourchaient leurs vélos et se rendaient ici afin de se payer la traite de temps à autres. Il me vint à l’esprit que c’était peut-être une bonne occasion pour moi de me renseigner à propos de la grande maison abandonnée à près d’un kilomètre de là. Pas de chance, car la jeune fille derrière le comptoir n’avait qu’environ seize ans et elle avoua candidement qu’elle ne savait même pas qu’il y avait une maison abandonnée où mes indications la menait dans son esprit. Ses parents avaient aménagé depuis peu juste au nord du village et elle, avait quitté l’école avant terme et occupait ce petit job au dépanneur du village. Le propriétaire était sans doute le vieil homme que je vis traversé dans le cadrage de la porte arrière de boutique que seul un rideau entre-ouvert séparait de son commerce. Je lui dis au revoir et bonne chance et alla m’installer à table derrière le volant de mon camion.

 

Tout en mangeant mon bout de pain fait à la main et ma crème de champignon qui fumait je songeais. Ce commerce, ce vieil homme, ce village, tout cela s’accordait avec une tendance bien de la fin du siècle. À l’approche de l’an deux mille, la population des zones rurales vieillissait. Beaucoup de gens quittaient les villes pour venir s’installer dans les régions plus éloignées en quête de je ne sais quoi sinon les prix plus abordables des maisons qui parfois se donnaient presque. Les gens âgés, vers la fin de leur hiver allaient gagner la chaleur relative des résidences situées dans les agglomérations qui offraient des services adaptées à leurs conditions fragiles. Ils laissaient souvent aller le fruit de toute une vie à des prix dérisoires, malgré que ça aussi fût voué à disparaitre. Les bas prix je veux dire.

 

Cela me ramena à l’esprit que nous avions tenté nous aussi de profiter des prix encore abordables des maisons qui dataient du milieu du siècle il n’y a pas si longtemps. Le propriétaire de notre logement, un de mes oncles, avait proposé de nous vendre l’immeuble de deux étages au cœur du centre-ville. Je me souviens encore de cette phrase :

 

« J’ai pris rendez-vous avec le gérant de ma banque et il va vous recevoir pour le prêt hypothécaire, vous n’avez pas à vous inquiéter »

 

Bien sûr que non voyons. Pour faciliter la transaction, il proposait de nous prêter la somme nécessaire pour la mise de fond de sept virgule cinq pourcent de la valeur de la propriété. Un prêt personnel sans intérêt. Même, après un calcul plus ou moins rigoureux, le montant des versements bancaire additionné du remboursement de ce prêt personnel, le coût total à chaque mois ne dépassait pas celui que nous devions verser actuellement pour notre loyer. C’était un geste intelligent qui allait nous permettre de nous élever dans la classe économique de la société et d’entamer notre planification financière dont on nous casser les oreilles avec depuis quelques années. C’était presque dans la poche et nous coulions des jours heureux en attendant la date de notre rendez-vous. Nous nous étions présenté, sourire aux lèvres au jour et à l’heure convenu. Nous n’avions qu’à demander à la personne au comptoir de rencontrer le responsable des prêts en question, celui-qui s’occupait des affaires de mon oncle. Ce que nous avons fait. Quelques minutes de longue attente et puis voilà que le monsieur se présente à nous. Il n’était pas seulement en charge des prêts hypothécaires, il en avait l’air aussi. Vous savez ces gens en complet qui semblent venir d’un autre monde, des grandes villes. Des hommes d’affaires. Il me serra la main et salua Line qui lui rendit la pareille puis d’un ton officiel nous dit :

 

« Ce ne sera pas très long, la responsable des nouveaux prêts va vous recevoir dans son bureau! »

 

Je ne me souviens encore de cette phrase si bien dite. Je me souviens encore de tout ce que cette dame nous a expliqué. En long et en large. Comment oublier!?

 

En résumé, elle nous faisait prendre conscience que l’époque où la référence d’un parent ou d’un ami ne pesait plus dans la balance des décisions du comité des prêts hypothécaires était révolue. Que si un oncle souhaitait soutenir un membre de sa famille dans ses démarches, il n’avait comme seule option que devenir un endosseur. Hélas, elle me fit part du fait que le mien avait effectivement un bon dossier chez eux, mais que la somme de ces avoirs était fortement engagée dans l’une ou l’autre de ses possessions et que par conséquent, être un endosseur pour ce prêt n’était pas une option envisageable. Donc, la seule possibilité était de travailler à démontré une forme de solvabilité suffisante pour compenser le fait que l’immeuble en question datait d’un certain âge et que sa valeur marchande n’était pas suffisante pour garantir un prêt dans ces conditions.

 

Pour faire court, l’investisseur ne pesait plus leur dans la balance des décisions. Les banques étaient en voie de devenir de simple investisseur sans égard aux clients qui formaient le cœur de leur existence. Voilà, pour en finir avec ce principe nous étions condamnés à accumuler une certaine somme d’argent sur un laps de temps défini afin de se créer un dossier de crédit irréprochable. En admettant qu’un jour nous ayons le désir d’une propriété digne de l’investissement assuré d’un prêteur immobilier. Donc, nous allions être relégué aux oubliettes pour encore bon nombre d’années puisque j’étais le seul élément économiquement viable de la famille immédiate, car rappelons-le, mon épouse était femme au foyer et son rôle était assez confortable pour ne pas en changer.

 

Suite à ce rappel conscient du souvenir de que déroute, je terminai mon repas et aller marcher quelque minutes afin d’épuiser le temps qui restait de ma pause. À quelque dizaines de mètre du dépanneur, il y avait un édifice de deux étages en briques rougeâtres vieilli par les années. Il aurait abrité jadis une taverne de village, puis un restaurant, puis à son tour un restaurant selon les dires du propriétaire actuel que je croisai en marchand à l’extérieur de son commerce. Un peu plus loin, un bâtiment tout en bois usée par le temps. Lui aussi de deux étages, mais ce n’était pas un commerce du genre du précédent puisqu’il était adjacent à une maison presque aussi vieille que lui sinon plus. C’était en fait, un entrepôt de marchandises artisanales qui appartenait aux gens qui habitait la maison et qui possédaient une école d’art située à l’intersection de la rue du village et de la route cent cinquante-huit. Cette dame auquel il appartenait était une anglophone, bilingue soit dit en passant, et elle donnait des cours d’art, de  peinture sur meubles et de plusieurs autres créations rustiques qui donnait au village un petit air bucolique voire nostalgique. Du moins, c’était mon impression du moment, je n’en savais pas plus sur l’histoire de ce village. De l’autre côté de la rue un édifice qui abritait vraisemblablement une quincaillerie et comme personne qui aurait vécu dans un de ses villages ruraux ne serait surpris que la poste restante avait élue office dans ce commerce. Vous imaginez? « Poste restante », je n’avais jamais entendu ce terme auparavant. Ce petit office, recevait le courrier pour les gens qui n’avait pas de boîte aux lettres à domicile ou que le facteur dédaignait s’y rendre à cause de la distance ou de la présence d’un membre familiale hargneux de nature tel un toutou de service.

 

Il me restait un commerce à visiter et je nommerai le magasin général. Il faut dire que sur l’écriteau il était écrit Épicerie, mais selon moi, il avait plus l’allure d’un magasin de campagne qu’autre chose. Trois marches et vous étiez sur la galerie qui faisait tout le long de la façade avec des poteaux peints en blanc et une rampe de bois de même couleur. Une grande fenêtre de chaque côté donnait pleine vue à l’employé dont le comptoir caisse était dos aux fenêtres. Il n’avait qu’à se retourner et il pouvait savoir tout ce qui passait à l’extérieur. Il était les yeux du village.

 

Je disais que je préférais le terme magasin général, car il en avait les caractéristiques. On y trouvait de tout. Des produits frais comme le lait, les œufs les fromages, ainsi que des légumes et des fruits comme on peut s’y attendre d’une épicerie. Il offrait aussi des piles, des ampoules, des bidons d’huile à lampe, des mèches, des gants de travails, enfin des choses utilitaires qui pouvait être vendu à la limite dans les épiceries du coin des grandes villes. Là où cela prenait un caractère particulier serait les étagères qui étaient garnies de vêtement de toutes sortes, des bottes de pluies, des sous-vêtements, des chaussettes de laines et des ceintures. On se doit d’admettre l’étrangeté de cette diversité de produits offerts par une épicerie. Bien plus inusité encore, mais enfin pas tant dans le produit lui-même que dans la manière dont il était présenté, le comptoir boucherie qui était situé bien au fond du commerce. Quelle scène étrange et déstabilisante à la fois pour un gars qui était au trois quart citadins. Un homme assez costaud, bien en chair vêtu d’un sarrau de de boucher blanc avec un collet rouge. Son habillement taché de rouge presque à la grandeur avait de quoi vous convaincre définitivement de son métier, il était boucher assurément. Une pièce d’environ douze pieds par douze était meublée de plusieurs tables de bois de boucherie dont certaines présentaient des rondeurs dans leur surface et leurs côtés qui laissaient pensées qu’elles avaient un certain âge. Elle ne datait pas d’hier. Au centre de la pièce, une de ses tables était couvertes de restes de viandes dont certains semblaient presque séchés par leur exposition à l’air. Une odeur de viande fraiche parvenait quand même à votre nez et vous n’arriviez pas à en discerné la nature, était-ce du bœuf, du porc ou je ne sais quoi d’autres.

 

Une personne était entrée dans le commerce et se dirigeait en ma direction puis elle vient se poster à côté de moi. Elle me salua d’un geste qui accompagnait son « hello! » et me demanda :

 

« Have you been served? »

 

Définitivement, il y a beaucoup d’anglophone dans ce village je pensai. Je lui répondis en la saluant par retour de politesse et je lui fis savoir que j’avais été servi, merci. Heureusement, nous n’avions pas eu le temps de faire la conversation, car j’étais un peu gêné de ne pas être de la place. Le gros bonhomme qui ne m’avait pas encore remarqué fut attiré par notre présence ou bien tout simplement cette de ce dernier client. Il me salua et dirigea son regard sur ce dernier. Je ne lui en tenais pas rigueur. Le client, lui demanda, si j’avais bien saisi, quatre tranches de steak, mais je n’ai pas souvenance qu’il eut précisé la coupe de viande qu’il désirait. Détail me dis-je. Le grand gaillard disparu derrière une porte réfrigérée et revint quelques secondes plus tard avec sur son épaule une grosse pièce de viande d’un rouge terne et striée de rainures blanchâtres. Il la déposé peu délicatement sur le comptoir et dégagea un long couteau du côté de la table. Il glissa la lame dans la pièce et en découpa une tranche après l’autre d’égale épaisseur. Il les prit ensuite dans sa main qui était assez grande pour les contenir toutes puis les déposa sur une feuille de papier brun qu’il avait déposé sur une balance mécanique. La flèche rouge indiqua trois livre et demi. Il emballa les steaks dans un autre papier brun et inscrit le prix dessus. Il tendit le paquet à l’homme qui disparue aussitôt après une salutation en règle.

 

Le boucher de campagne se tourna vers moi et me demanda ce que je désirais et je lui avouai poliment que cela pouvait aller, je n’avais besoin de rien puis je tournai les talons et retourna vers le devant du magasin en faisant craquer sous mes pas le vieux plancher de bois.

 

L’homme derrière la caisse calculait des factures attachées à un livre bleu où y était dressée une liste. Le client qui venait de partir avait vu le montant de son achat inscrit dans une des colonnes de la page du livre. Manœuvre d’un autre temps cela dit. L’homme releva la tête et me salua sans plus. Constatant que j’avais les mains vides il me dévisagea presque. Un sentiment étrange vous envahi dans ces moments-là, alors que vous vous demandez ce que vous faites à cet endroit. La raison de ma visite prit tout son sens alors que l’idée de m’informer au sujet de la maison abandonnée me vint à l’esprit. Néanmoins, afin de détendre l’atmosphère, je ramassai une barre de chocolat dans présentoir juste à ma gauche et la déposa sur le comptoir. Bizarrement, cela lui avait fait naitre un sourire timide. J’en profitai sans attendre pour me lancer. « Bonjour! » lui lançais-je. Il me répondit pareillement. J’enchainai sans attendre avec ma question et celle-ci le surpris quelque peu si je me fie à sa réaction. Toutefois, il se mit à m’informer de l’historique de la maison sans trop de précisions, puis au sujet de son propriétaire actuel. Ce dernier possédait presque toutes les terres de culture partant de l’Est du village, sur près de trois kilomètre. De chaque côté de la route cent cinquante-huit au sud jusqu’à la rivière et au nord sur un kilomètre. Outre quelques carrés de maisons ici et là, découpés à même les terres agricoles, le reste était en culture de carottes précisément. À cent mètres à l’Est de la maison, et au sud de la route, une relation familiale opérait une ferme d’élevage de poulets destinés à l’industrie de la restauration de masse. Plus loin, une autre ferme d’élevage, mais cette fois, des autruches. Étonnant, mais certains nouveaux créneaux se développaient au Québec et celui-ci en était un qui semblait tenir ses promesses à cette époque. Eh bien voilà que son propriétaire était aussi le propriétaire de la maison que nous convoitions, je veux dire qui attisait notre curiosité.

 

Il était sur sa lancée. J’avais éveillé en lui le désir d’exposer les détails qui donnaient vie à son village. Non sans raison puisque j’appris plus tard que l’homme de l’épicerie était aussi le maire du village de deux cent soixante habitants.

 

Troublé par cette expérience d’un autre temps, mais néanmoins satisfait. Je retournai à mon camion. Le papier brun, voilà une bonne chose me dis-je à moi-même. Je réalisai que le monde n’avait pas trop changé par endroit. Il y avait encore des régions de notre province qui s’agrippaient aux traditions et cela me donnait chaud au cœur. Décidément cet endroit, ce village, cette maison avait quelque chose qui me séduisait. Quelque chose de magique qui semblait tout droit sortir de mes rêves de jeune et de moins jeune. De plus, j’avais l’information que je voulais et il était sûr que Line serait mise au courant dès mon arrivé à la maison.

À partir de ce moment, nous avons passé des jours, des soirées à discuter. La vie suivait son cours sans heurts, sans rien d’ailleurs. Il ne se passait rien. Moi par contre, je passais mes journées sur les routes de campagnes au nord de Laval, à l’Est de Papineauville, à l’Ouest de Louiseville et jusqu’à l’ascension. Voilà tout le territoire que je pouvais couvrir de par mon travail. J’étais témoin des différents rythmes de vie de notre région. Des différentes tendances qui donnaient le cachet propre à chaque endroit. On ne s’en peut-être pas compte, mais le Québec c’est grand et de la diversité, il y en a. Ce qui m’intéressait par-dessus tout, c’était d’être témoin de la vie de ceux qui s’attachait aux traditions et dans les zones rurales, il y en a beaucoup. De différents genres ou plutôt d’intensités. À le croire ou pas, il y avait encore, dans les années quatre-vingt-dix, des gens qui vivaient sans électricité. D’autres faisaient de l’élevage artisanal de bêtes de toutes sortes. Certains vivaient de leur art tandis que quelques un s’engageaient dans l’auto-construction de leur propriété. Enfin, je pourrais passer des heures à décrire les particularités socio-culturelles d’une partie de notre monde, mais là n’est pas mon but.

Toutefois, quelques une d’entre-elles attiraient mon attention plus que d’autres et je dois dire qu’elles, d’une certaine manière, façonnait mes rêves, inspiraient mes idées. Peut-être trop comme disait Line, mais cela n’était qu’un détail selon moi. Néanmoins, sachant quel grand rêveur j’étais, elle me suivait dans mes idées et parfois même, elle les renchérissait des siennes. Un bon soir, saturés de nos imaginaires réciproques, nous priment la décision d’aller plus loin dans notre questionnement vis-à-vis cette vieille d’autrefois qui baignait dans sa solitude. Après avoir confirmé certains détails quant au propriétaire des lieux et de ses disponibilités à nous rencontrer, nous avions un rendez-vous en main pour aller discuter de toutes les possibilités. Toutefois, nous avion s une idée bien précise en tête, mais lui, il ne savait pas, pas encore.

 

Bien entendu, mes idées à moi étaient un peu plus songées que les siennes. Line était plutôt terre à terre. Malgré que ne porte pas tellement fois à l’astrologie, je dirais que par son signe « vierge » il est possible d’en déduire qu’elle est effectivement terre à terre. Toutes ces idéologies de sauver le monde, de réparer ou de renverser le cours des choses lui était abstraites. Elle voyait la famille avant tout. Elle avait un rêve elle aussi et le même que moi d’ailleurs. Il se résumait par contre dans son sens pratique. Avoir une famille stable dont les deux parents s’épanouiraient dans une certaine harmonie. Une famille engagée dans le bonheur de chacun de ses membres. Vivre tous dans des conditions acceptables, mais pas nécessairement la richesse. Non, pas la richesse non. Quiconque ne la connaissait pas personnellement aurait déduit qu’elle était froide, sévère à en juger par son visage qui avait des traits secs qui ne s’exprimait souvent que par des arguments, encore une fois, terre à terre presque sans émotions. Pourtant, elle était et elle est encore tout le contraire. Derrière son expression impassible se cache une femme fragile. Bien que l’on pourrait dire le contraire de ses cinq pieds et dix pouces et de sa carrure non moins légère. Elle était forte et fragile à la fois. Une vraie femme quoi. Une femme qui faisait avancer les choses, car derrière chaque homme qui réussit se cache une femme. Elle est bien vraie cette affirmation, je peux en témoigner.

 

Néanmoins, j’avais une tête bien à moi et c’est cela je pense qui lui plaisait chez moi. Cet entêtement m’a permis de passer aux travers de bien des situations, de résister à bien des souffrances morales. Aurais-je été têtu si j’avais vécu une vie simple et baignée dans l’abondance? On ne le saura jamais. Les gens têtus peuvent accomplir de grandes choses, encore faut-il que ces choses soient bonnes et constructives. Pour ma part je n’ai pas encore fait la différence claire de ces choses. Alors que nous étions en route pour notre rendez-vous, je me posais encore des questions sur mes motivations. Je n’ai pas eu de réponses, encore une fois. Surtout que la veille, en faisant mon travail, j’avais effectué une livraison chez un client dans la région de Morin Heights, juste un peu à l’ouest de Saint-Sauveur des monts. Un client assez inhabituel je dois dire.

 

Après avoir suivi le petit chemin qui menait à travers la montagne, je stationnais mon camion à côté d’un des véhicules près de la maison. Il faisait froid, mais il ne neigeait pas, bien tant mieux. C’était silencieux, presque mort sinon quelque petits oiseaux qui criaient à l’hiver. Une maison à deux étages de type Suisse. Il y avait des quartiers de bois cordés tout le long de la galerie de bois naturel et vieilli par le soleil qui menait à la porte. Tout près d’elle, une corde à linge s’étendait sur une dizaine de mètre et était rattachée à un arbre à la lisière de la forêt. J’aimais bien tout ce que je voyais. Je n’eus pas besoin de cogner à la porte, elle s’ouvrit d’elle-même. L’homme qui avait entendu mes pas était allé au-devant. Il était dans la trentaine et bien vêtu pour la saison. Il affichait un sourire charmant et, sans savoir pourquoi, il inspirait la sérénité, la paix intérieur. Il m’invita à entrer à l’intérieur. Ça aurait été vite fait normalement, mais cette livraison provenant des États-Unis nécessitait l’acquittement de certains frais de dédouanement. Je préférais la chaleur de sa maison pour régler tout ça. À peine à l’intérieur que tout ce que je voyais m’agressais tellement par l’intérêt que j’y portais. Tout était fabriqué de bois et laissé à son état naturel, mieux encore à son état brut. Des pièces de bois qui n’avaient pas été passé au planeur par une scierie. Évident qu’ils ne provenaient pas d’un fournisseur commercial tel que nous sommes habitués. Des vêtements pendaient sur les rebords de la rampe du deuxième étage. La table de cuisine, fait tout bois, était recouverte partiellement par une nappe tissée de fabrication artisanale. Sur elle reposait des pots massons emplis de conserve de cornichons, de catsup maison et de choux fleur. Il faisait chaud le dedans. Cette chaleur provenait du poêle à bois qui consumait à fond de train dans le centre de la maison, juste au bas des escaliers qui menaient au deuxième. L’homme me confia qu’il allait pouvoir réparer son chauffe-eau parce que chauffer de l’eau au poêle pour tout est assez éreintant disons-le. Il m’offrit de voir l’appareil en question. J’hésitai, car un chauffe-eau n’est pas, faut l’avouer, le plus excitant des appareils dans une maison. Néanmoins, il faut demeurer ouvert, sait-on jamais.

 

Il fit quelques pas le long du comptoir de la cuisine et s’arrêta, puis se tournant vers l’évier il me pointa la chose au mur. Une boite de métal d’environ vingt-quatre pouces par trente et d’une épaisseur de cinq. Voilà! Me dit-il. On dirait dit qu’il prenait plaisir à voir l’expression sur mon visage. J’avais surement l’air d’un enfant qui découvre un nouveau jouet. Toutefois, nous sommes des hommes, pas des enfants. Il entreprit donc de m’expliquer comment cela fonctionnait-il.  Tout d’abord, c’est au gaz me disait-il. Cela fonctionne au gaz naturel tout comme la sécheuse que nous utilisons presque jamais d’ailleurs. Le puits pompe l’eau de la source à cent pieds de profondeurs et l’amène jusqu’à un réservoir situé dans une pièce tout juste derrière le mur où est adossé le poêle à bois. Lorsque vous ouvrez le robinet de l’évier, une demande en eau parvient au chauffe-eau qui actionne immédiatement un bruleur qui chauffe l’eau à mesure qu’elle passe dans un serpentin et se rend à l’évier. Il n’y a pas de réservoir, pas de chauffage d’eau qui ne sert à rien. Le même principe qui est appliqué aux abreuvoirs que l’on trouve dans la plupart des édifices publiques. L’eau y est refroidie au fur et à mesure. Cela me coûte des peanuts en énergie, m’avoua l’homme.

 

Je fus stupéfait et voyant cela , il entreprit de me faire visiter toute son installation et m’expliquant toutes les techniques qu’il utilise afin de dépendre le moins possible de la société moderne, tout en n’étant pas un vieux crouton qui hiberne dans un coin reculé du monde. Son électricité? Batterie, accumulateur, régulateur, vieux moteur diésel qu’il fait rouler quelques heures de temps à autres pour recharger les batteries.

 

Toutes ses idées entraient dans ma tête et n’en sortaient plus. Line avait bien sûr été mise au courant de cette visite ordinaire selon elle. Néanmoins, elle constatait mon émerveillement lorsque je lui racontais ses choses, elle le faisait toujours. Nous sortions de la voiture à ce moment pour rencontre cet homme le propriétaire. Alors que cognais à la porte, il répondit immédiatement par « Come in! ».

 

C’était un homme pas très grand, mais costaud. Les cheveux ébouriffés comme s’il venait de se lever et le sourire aux lèvres le rendait aimable et sans prétention. Il nous invita à nous assoir sur des chaises dépareillées juste devant son bureau. Tout le bureau était d’une simplicité déconcertante. Quand vous venez de la ville vous savez. C’était d’ailleurs compréhensible à bien y penser, c’était un bureau de gestion d’une entreprise d’élevage et de culture maraichère. Il était au téléphone et nous l’écoutions parler. Vous pouvez en apprendre beaucoup sur quelqu’un en l’écouter négocier avec un interlocuteur à l’autre bout d’un fil. Pendant ce temps, la curiosité me gagna et je me levai afin de jeter un œil par une fenêtre qui donnait sur la pièce. Il m’avait semblé y avoir perçu du mouvement. L’homme se rendit compte de ce que je faisais et retirant l’appareil de son oreille, me lança l’invitation à aller voir ce qu’il y avait de l’autre côté tout en affichant un large sourire. Je n’étais pas sur si c’était son rire naturel ou bien s’il se moquait de ma curiosité ou de ma réaction futur à ce que j’allais découvrir de l’autre côté. Je fis signe à Line de m’accompagner si elle le désirait. « Oh my god! » Je relâchai d’un coup.

 

Il n’y avait rien ici sinon à quelques pas de la porte, un mur de cinq pieds de hauteur traversait la pièce de part en part. Une odeur inconnue vint me picoter les nasaux. Je m’avançai vers le muret, inquiet et curieux à la fois de ce que j’allais y découvrir. Puis sans avertissement, une petite tête apparu par le côté du mur de droite derrière le muret. Une toute petite tête d’oiseau muni d’un large bec et de grands yeux noirs. Quelques poils ici et là coiffait sa tête. Perchée du haut de son long cou, une autruche. Puis en arriva une autre, et une autre. Je me demandais s’elles étaient aussi curieuses que moi. Probablement! Alors que je tendis ma main pour les toucher, l’homme entra derrière nous et me fit sursauter alors qu’il lança d’un ton ferme.

 

« Go ahead she’s only gonna snap your finger! »

 

Je retirai ma main sans hésitation. À

ce moment, il nous fit un exposé en long et en large à propos de l’élevage de cet animal. Qu’il était un des premiers à le faire et que le marché pour la viande et tous les produits dérivés était en constante augmentation. Néanmoins, je ne vois pas l’utilité d’élever des animaux exotiques ici au Québec. Je suis peut-être légèrement conservateur. Bref, après quelques minutes nous étions retournés nous assoir.

 

Après avoir passé au-delà d’une heure à discuter de notre proposition, entre deux appels, il nous regarda longuement sans un mot, comme s’il nous analysait ou je ne sais pas trop. Peut-être pensait-il que nous venions d’une autre planète, car notre proposition était quelque peu, inhabituelle. Fin négociateur que je suis (à la blague), je lui exposai la situation réelle de sa propriété, de son état. Bien sûr que ne lui apprenais rien, mais il fallait qu’il sache que je le savais aussi. Nous étions en février et nous lui proposition de louer sa maison, ou de l’acheter sur une base de location-achat. Comme paiement de loyer, nous allions rénover lentement la maison, lui redonner sa vie. Il fournirait les matériaux de base et nous fournirions l’expertise, c’est-à-dire le cœur et la passion nécessaire pour la réussite de ce projet. Je lui proposai aussi d’utiliser les bâtiments situé juste à côté. L’idée était on ne peut plus simple. Néanmoins, il trouva le moyen de la rendre compliquée.

 

Il nous expliqua, tout d’abord, que cette propriété ne pouvait être vendue, car elle n’avait pas de terrain propre à elle. Elle était bâtie sur une parcelle de terre agricole et de ce fait, du point de vue légal, elle n’existait pas. Elle était indissociable de la terre. Ensuite, il nous raconta ce que des gens, dans le passé, lui avaient promis et qu’ils n’avaient pas tenu leurs promesses. Ce que je n’hésitai pas à croire vu l’état de la maison. Pour ce qui est des bâtiments, ils n’étaient guère utilisés étant donné leur condition. Ils constituaient plus un danger qu’autre chose pour quiconque s’y aventurerait. Il insista pour dire que cette maison ancestrale nécessitait de bien lourds investissements et que, pour le moment, il préférait se consacrer à l’expansion de son nouveau marché de « grosses » volailles.

 

Bien décevant parfois d’entendre quelqu’un qui a des arguments qui vous assommes à grand coup de réalité. Le monde n’est jamais aussi simple qu’il en a l’air. Lois par ici, règlements par-là, entrave souvent les projets les plus passionnés. Nous retournions chez nous les mains vides sinon le fait qu’il nous ait demandé notre numéro de téléphone au cas où il aurait vent de quelque chose dans les environs. Ce que nous n’avons pas hésité à faire. Tout le long de la route, nous discutions de cette réalité grise. Elle était aussi grise que les maisons disparates qui longeaient le chemin de New Glasgow à Saint-Jérôme. Nous nous posions encore la même question à savoir comment faire pour accéder à une propriété à la campagne et ce dans un laps de temps assez rapproché, car nous voulions offrir aux enfants une occasion unique de vivre cette expérience rurale et pour nous bien entendu. Allions-nous devoir nous résoudre à emprunter le même chemin que tous et pour obtenir la même chose que tous? Nous avions beaucoup de difficulté à accepter cette réalité. Il n’était pas question d’abdiquer à un système impersonnel et froid qui gère la société comme si elle n’était qu’un troupeaux de vaches sans âme auquel l’on pouvait en extraire le lait sans remords.

 

Nous passions au travers cet hiver fade et sans vie, on passe toujours au travers. Mars nous offrait un peu de chaleur par son soleil plombant qui montait de plus en plus haut dans le ciel. Je dis fade et sans vie, mais ce n’était pas tout à fait vrai, car nous étions de retour d’une fin de semaine dans la région de la Beauce. Il est toujours faux d’affirmer de telles sottises dans cette région. Le monde là-bas trouve toujours le moyen d’apprécier chaque saison. Un des oncles de Line possédait une cabane à sucre, mais attention, pas une cabane à sucre telle qu’on les connait par ici non. Une vraie cabane.

 

Les enfants, pas très grands, couraient les érables pour aider à vider les seaux de sève sucrée qui allaient faire notre délice un peu plus tard. Un cousin tirait un traineau artisanal sur lequel était installé un réservoir de quarante-cinq gallons en plastique avec une motoneige. Les enfants étaient dans leur monde. Ils couraient dans la neige, s’enfonçant plus souvent qu’autrement, mais ils continuaient. C’est à se demander pourquoi les enfants, je veux dire quelle magie les animent. Que trouve-t-il d’excitant à courir les érables? Peut-être que c’est nous qui avons perdu cette magie, cette innocence de vivre et de s’inspirer des choses simples. Moi je les regardais et je les enviais. Bon, je dois admettre que j’y suis allé aussi, bien que j’aie démissionné plus vite qu’eux, car des enfants ça a une énergie sans fin. À mon retour à la cabane, Line était à discuter avec ses tantes et ses cousines. Ils échangeaient en s’occupant de la nourriture qui allait faire notre délice dans pas longtemps. Moi, je me dirigeai vers l’appendice ou se situait la bouilleuse à sirop. Il y avait de la vapeur partout, l’air en était saturé. Son oncle glissait des quartiers et des rondins de bois sous la bouilleuse afin d’en entretenir la chaleur. Cette odeur flottait dans l’air, c’était magique. Il m’expliquait les rudiments de la fabrication du sirop, du sucre et du beurre d’érable. Les différentes températures, les diverses qualités de sirop obtenu et pour quelle raison il en était ainsi.

 

Les enfants revenaient de leur course, trempés avec les sourires joyeux aux lèvres. Je veux dire, nommez-moi une activité aussi payante que celle-là, je n’en ai pas connu qui soit offert dans le monde commercial. Ils entrèrent dans la cabane et allaient se grouper dans un coin à discuter et échanger des histoires de leur petit monde. Moi je revins vers la cuisinière au bois qui était couverte de chaudron de toutes sortes. Les parfums se mariaient dans l’air. Une des tantes glissait des œufs dans une des marmites emplie à moitié avec du sirop. Oui, des œufs pochés dans le sirop. J’avais encore des choses à apprendre dans la vie. Succulent délices de la cabane. Juste à côté, une autre tante brassait doucement les mini-saucisses dans un épais mélange bouillant de sirop épais. Dois-je préciser, la saveur en bouche de ce met exquis dont même les hôtels seraient incapable de produire dans leurs cuisines les plus modernes. Il y avait un petit poêle à bois où une quelques cousines avaient la charge d’y griller des tranches de pains qu’ils badigeonnaient de beurre d’érable. L’ambiance était à la fête. Chacun oubliait ses soucis, ses problèmes, car ici nous étions ailleurs. Vue d’ensemble, cela n’a rien à voir avec les cabanes à sucre commercial qui tournent autour des grandes villes. Jamais, je m’étais juré de ne plus jamais mettre les pieds dans ces endroits qui offrent l’illusion de que ce qu’est l’esprit de la cabane. Se placer en ligne pour aller manger, s’assoir à des tables ou les places se chevauchent et où le temps nous est compté. Non ce n’est pas ça l’esprit de la cabane à sucre, car moi j’ai goûté à la vraie.

 

Une fois rentrés chez-nous, la première chose qu’un citoyen bien éduqué se doit de faire est de vérifier s’il a reçu des messages sur l’ancêtre de la boite vocale que je nommerai le répondeur. Un homme qui avait un accent prononcé, évidemment un anglophone qui ne parlait pas sa langue, nous avait laissé ce message.

 

« Hi! Ici c’est Irwin de la ferme. On s’est parlé l’autre fois. J’ai pensé à votre proposition et j’aurais moi aussi quelque chose à vous proposer. Que dites-vous si moi je fais les rénovations de base et vous vous payer un loyer? »

 

Sans rien rajouter de plus, il raccrocha. Sans laisser le moindre détail, il disparut dans le silence, nous laissant du même coup dans le nôtre.

 

 

Les premiers pas vers la liberté

  Discuter d’un rêve, recherche sur la maison, négociation avec le proprio.     Déménagement. Les premiers jours. S’adapter.

 

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 15:46

 

 

IrishWolfhound.jpg 

 

J'écrirai cette histoire en publiant la progession à chaque nouvelle écriture. Ce n'est pas une façon commune de faire les choses, mais je ne suis pas commun non plus. C'est ce que j'ai envi de faire et je le fait, point à la ligne.

 

À chaque mise à jour, j'insèrerai un astérisque dans le texte pour faciliter la reprise de la lecture du nouvel ajout.

 

Bonne lecture à tous!

 

 

  CHAPITRE PREMIER


La découverte d'un nid


 

"RÊVER D’ÉCRIRE"


 Depuis le balcon de ma maison de campagne, je contemple mes chevaux, au champ près de l’écurie.  Grisonné comme moi par la vie, Zolo, mon grand Irish Wolfhound, bien étendu de tout son long près de ma chaise, semble partager la même vision. Une petite brise vient adoucir la pesanteur de cette chaleur de juillet 2030.  Je me laisse emporter dans mes souvenirs, ceux-là même qui m’ont portés jusqu’ici.  Je viens de terminer l’écriture de mon  septième roman. Ma jauge d’inspiration est presqu’à zéro. Elle remontera bien avec l’arrivée de l’automne, cette saison qui me nourrit année après année.

 

Toute cette grande aventure a débuté il y a 20 ans lorsque je me croyais inutile, que j’errais dans la folie d’une société insipide en quête d’une identité collective. J’eus le désir de faire plus, d’avoir moi-même une identité propre. Je n’avais comme bagage qu’une mince instruction  de troisième secondaire. L’on n’allait pas bien loin du temps où l’on tentait de forcer les jeunes à demeurer sur les bancs de l’école. Les entreprises exigeaient en général au minimum un cinquième secondaire. Il y avait certes de petits emplois, mais ils n’offraient que de maigres salaires, pire encore, la mort de l’âme.

 

Je pris la décision de terminer mes études secondaires aux adultes et de poursuivre au niveau collégial. Ce dont je ne me doutais pas, c’est que le simple fait de former ce projet dans mon esprit avais libéré quelque chose d’enfoui profondément dans celui-ci : le goût d’écrire, de raconter. J’avais des choses à dire. Je me préparais à mes études, j’anticipais ma réussite. Fomentant ce projet depuis des mois, il vint aux oreilles de bien des gens qui me connaissaient. Cette idée séduisit quelque uns d’entre eux qui emboitèrent le pas à ma suite.

 

Toute cette aventure déclencha en moi une cascade d’idées qui volaient de tous bords, tous côtés. J’entrepris l’écriture d’un livre, d’une histoire qui me permettrait de dire ce que je pensais au monde entier. J’allais enfin exister.

 

À force de travail et d’acharnement, sans oublier le support considérable du corps professoral, d’enseignants ayant à cœur la réussite de leurs élèves, qui savaient donner la connaissance, la transmettre à chacun selon leurs particularités et leurs personnalités propre, j’ai terminé mes études secondaires, puis collégiales pour, finalement, m’intéresser aux études universitaire en Art et Lettres. D’une personne peu significative, à mes yeux, je devins quelqu’un de bien utile à la société, mais bien plus encore pour moi-même.

 

J’ai l’ai publié ce livre, puis un autre et un autre. La providence a voulu que les lecteurs me livrent leur amour, ils ont aimé. Ainsi donc, moi et bien d’autres, croyons avoir rendu le monde meilleur.

 

La cloche du début des cours se fit entendre. Il était l’heure du retour en classe. Je sortis de mes rêves et alla m’assoir à mon pupitre afin de pouvoir écrire, dans 20 ans, cette histoire. »

 

            Rêver d’écrire est sorti de mon imaginaire bien sûr, mais il y est né en puisant dans mes souvenirs et ils ne datent pas de 2030, mais bel est bien de du début des années 2000. Ces souvenirs sont quelques peu romancés ici. J’étais effectivement assis sur la grande galerie de la maison ancestrale si située à la limite du feu village de New Glasgow dont la folie des fusions municipales à dévorer sur son passage. Mon chien, allongé près de moi, était un Irish Wolfhound mélanger avec du Labrador. Chien mal aimé qui avait été abandonné par ses anciens maitres. Je ne vois pas pourquoi, car selon moi les bâtards sont les meilleurs chiens. Des chevaux, on n’en avait pas. Tout le reste oui, mais pas de chevaux. Pourquoi faire? S’il n’allait pas finir dans notre assiette, on n’en voulait pas, pas maintenant. C’est plutôt la petite survivante qui prenait la place du cheval dans la réalité. Oui, elle a survécu et elle seule à part ça. Un battante, voilà ce qu’elle est, comme tout ce qui vivait sur notre petite fermette, y compris moi, ma femme et nos trois garçons.

 

Une petite fermette? Oui monsieur! Nous avons vécu sur une fermette. Ce mot de nos jours fait naitre l’image d’une grande maison de pierre, des bâtiments modernes, des chevaux, des 4x4s et des quatre roues qui trainent ici et là. Oubliez cette interprétation que vous offre votre cerveau, oubliez-là. Une fermette selon nous est une petite ferme, une petite coquille dans le monde. Comme la carapace du colimaçon, c’est notre maison qui traverse le temps, la réalité du monde décevant dans lequel nous vivions. C’est l’endroit où nous faisons tout nous-même. On ne veut rien savoir de la société, car elle nous rebute, elle ne rejette, elle ne nous laisse aucune place. Voilà ce que nous pensions à cette époque. Toutefois, vouloir vivre près de la terre, avoir le contrôle de nos vies et renforcer nos valeurs familiales n’est pas né d’hier. C’est le fruit de l’arbre que la génération qui nous précède ne cherche qu’à émonder et à passer dans la déchiqueteuse de la modernité qui promet la liberté de l’individu et la fameuse société des loisirs. Nous? On n’en voulait pas de cette illusion.

 

Nous voulions quelque chose de bien plus simple. Vivre comme tout le monde l’avait fait avant nous. Oui, nous sommes des rejetons des babyboomers, nous sommes des X. Vous avez un frisson? Je comprends bien. C’est l’effet de l’ignorance qui erre dans le néant sans savoir ou aller, sans pouvoir ne s’attacher à rien. C’est le noir total. Quel terme sans vie -X-, sans âme. Nés entre une génération qui à tour ébranlé, tout rejeté et une autre à qui l’on faisait toutes les promesses, nous, nous sommes tombés dans le vide. Notre réaction? Survive et s’accrocher, car nous étions convaincu qu’il était encore possible de vivre comme avaient vécu ces vieux rebelles.

 

Ce que nous avons fait. Oui nous avons vécu comme les générations précédentes, plusieurs générations d’ailleurs. Nous avons cherché comment était la vie avant, à quoi ces gens faisaient face dans leur quotidien. Ils étaient proches de la terre, en fait ils y étaient liés. Tout s’enlignait sur elle sans exception. La vie de tous les jours, la famille, le travail et même la mort obéissait aux lois de la terre. Nous avons découverts quelques secrets menacés par l’oubli et cachés par les forces obscures de l’économie moderne. Nous avons expérimentés, nous nous sommes pliés aux exigences de la terre, nous lui avons offert notre respect. Que nous a-t-elle donné en retour? La vie, la vraie vie et la vraie vie c’est la libert

 

Nous avons goûté quelque chose de merveilleux, autant dans les bons moments que dans les plus mauvais. Cette chose nous a aussi appris l’humilité et l’altruisme, des notions en voies de disparitions. Le contraire de l’altruisme, c’est l’égoïsme et il faudrait l’être pour ne pas partager cette grande épopée, ce voyage unique d’une famille modeste vers la liberté, la vraie vie.

 

La découverte d'un nid


Il fait noir tôt les soirs de Janvier au Québec. Curieusement, c’est aussi la période du jour ou le vent semble s’éveiller de sa torpeur du jour. Pure illusion? Je ne sais pas. Tiens! Encore un coup de blizzard qui fait valser mon camion de livraison sur la petite route de campagne qui relie le village de Saint-Lin et Saint-Jérôme. Pas croyable comment le vent souffle la neige, qui couvre les champs des cultivateurs, sur la route. Elle s’amasse en monticule et sans avertissement tout explose dans un nuage de poudre blanche qui vous fait presque perdre le contrôle. Des sueurs froides, le vent est froid et la cabine du camion est froide. La seule chose qui vous protège de cette absence de chaleur est la pensée de rentrer chez soi à la noirceur et s’assoir devant un poêle à bois chauffé à bloc. Une pensée dis-je? Elle n’est hélas que ça, pour le moment. À force de circuler sur ces routes rurales, on n’a que cela en tête. Je veux dire, on a que ce vieux rêve de posséder sa petite maison de campagne et quelques animaux, autant Line que moi d’ailleurs.


Line est mon épouse et la presque totalité de sa famille est établie dans la Beauce. Des gens de campagnes, si je peux le dire ainsi et je ne crois pas qu’ils m’en tiendraient rigueur. Ils seraient plutôt fiers de l’affirmer. Né à Montréal, elle a passé tous ses étés là-bas et quelques hivers aussi. La vie à la campagne avec les animaux de la ferme, les bucherons et les ouvreurs de trails de motoneiges, elle connait ça. Dans les années 1970 – 1980, il n’y avait pas meilleur endroit pour expérimenter un style de vie authentique comme le Québec en avait un depuis des siècles, car le peuple de cette province est rural et fier. Et la Beauce était la dernière gardienne de notre identité collective.


Des fous de la ville, alors que nous étions tous les deux dans le début de la vingtaine, c’était peu de mots pour décrire notre errance identitaire. Nous occupions des emplois ici et là, sautillant d’une source de revenus à une autre en tentant de se créer des rêves sur mesures dans un monde qui n’en avait plus. Nous nous étions à peine connu que savions déjà que la même passion nous animait. Celle de fonder une famille, d’avoir une maison à la campagne et de vivre une vie stable, longue et prospère. Le rêve québécois pur laine. Pendant que toutes les familles s’écroulaient autour de nous depuis notre enfance, nous on en voulait une et une vraie. Nous nous étions promis que nous ne ferions pas les mêmes erreurs que ceux qui nous précédaient. Qui n’a pas ce rêve un jour ou l’autre? Peu importe, nous, c’est ce que nous voulions, point. Malheureusement, ces rêves-là coûte cher, très cher pour des jeunes adultes issus familles monoparentales et évidement modestes, car les femmes seules qui élevaient leur marmailles étaient vraiment laisser à elle-même comme si la société voulait leur faire payer la faute qui n’en était pas une, elle voulait être tout simplement des êtres humains. De ce fait, l’argent, il n’y en avait peu. En tout cas, pas assez pour le petit coup de pouce qui aide les jeunes couples à partir du bon pied. Sa mère n’en avait pas et la mienne non plus. Ma mère, elle venait du Nord, des basses Laurentides comme on les appelle aujourd’hui. Un nom bien moderne qui n’a pas la même saveur d’antan. Venir du nord c’est pas la même chose. C’est plus rude, c’est plus fier que de venir des basses Laurentides ou plutôt aller et venir les fins de semaines au chalet. Moi, ma famille, vivait là-haut, ils y avaient toujours vécu.


 Comme Line, j’ai fait des passages ici et là dans cette région à m’imprégner de vie, de vraie vie. Chez un de mes oncles en particulier se trouvait le terreau fertile qui allait donner vie à mes rêves d’adulte. Ils allaient empoigner mon cœur de temps à autres alors que le soir, à la ville, je regardais les étoiles briller dans le ciel en coupant de mon champs de vision le portrait froid des immeubles à douze logements qui nous encerclaient.  J’avais toujours une seule idée en tête : aller vivre dans l’nord. Une obsession sauvage.


Quatre années avaient passé depuis le début de notre rencontre et nos rêves nous agressaient encore. Pire encore, vouloir une famille et ne pas être choisi par la nature pour en concevoir le premier maillon était encore plus amer. D’autant plus que tous ceux que nous connaissions, amis, cousins et relations de travail, semblaient se multiplier comme des lapins, selon notre point de vue. Nous, nous attendions encore et ce n’est pas faute d’essayer, même que, on se demandait parfois si on essayait peut-être un peu trop. Qui sait si nous n’étions pas assez vifs pour ce projet de vie. Alors pourquoi ne pas aller faire un petit tour dans l’nord afin de respirer un peu d’air frais, on sait jamais?  

 

Parlant du nord, toutefois du moment présent, un autre monticule d’or blanc ce dresse sur la route sur toute sa largeur. D’un coup, mes sueurs se réchauffent subitement. D’un fracas étouffé j’entre de plein fouet dans le banc de neige improvisé. Je n’y vois plus rien. Toute cette neige poudreuse empli l’air à ne plus rien y voir. Le volant du camion s’affole d’un côté comme de l’autre. Je redresse à droite, mais rien n’y fait, il revient agressivement vers la gauche, puis vers la droite à nouveau. Mon véhicule, d’une valse désespéré, se dirige indéniablement sur bas-côté de la route. Je sais ce qui s’y trouve et ce n’est pas de bon augure. D’une dernière poussée, je m’enfonce dans l’illusoire barrière blanche qui sépare la route du champ. Ca y est! Le véhicule s’arrête et mon instinct porte mon regard dans le miroir de gauche afin de m’assurer qu’un autre véhicule ne vienne pas s’emboiter sur le mien. Rien, il n’y a rien. Je suis seul sur cette route et nous partageons tous les deux cette solitude morbide de l’hiver. La seule chose qui vienne la troubler est ce silence brisé par le vent qui cherche à se faufiler par les orifices perdus de cette grosse boîte d’aluminium qui git obliquement à mi-chemin entre la route et le champ.


Sans remuer, agrippant le volant fermement de mes battements de cœur, je souffle mon soulagement que la situation ne soit pas au pire. La tension s’allège et je m’enfonce dans le siège, je reprends le contrôle de cette cascade insensée que nos hiver nous forces à vivre au moins une fois par année. Bon! Allez! Je sors prendre acte de ma situation et à première vue, elle n’est pas très positive. Il est clair que je ne sortirai pas de ce pétrin tout seul, impossible. Quelques minutes ont passées après que j’aie contacté le centre de répartition pour obtenir de l’aide. Ah! Bien sûr qu’ils enverront une dépanneuse, mais dans combien de temps? Le téléphone portable vibre dans ma poche. Le gars de la dépanneuse me confirme qu’il en a pour, au minimum, une heure trente avant de pouvoir me venir en aide. Merveilleux! Je suis un peu plus aux anges. Au moins le moteur du véhicule roule toujours, je ne vais pas mourir gelé. J’en ai vu d’autres.


Le chauffage dans le tapis, je détache ma veste, enlève ma tuque de laine et mes gants. Vaut mieux me mettre confortable, une heure trente c’est long. Le vent continu de balayer la neige et je n’y vois absolument rien. Je suis encastré dans cette cabine tant que les secours n’arriveront pas.


 Parlant de situations délicates, il y en a une qui revient à l’esprit. Justement en reprenant la réflexion d’avant ma petite cascade hivernale, je me rappelle cet autre bizarrerie routière. Nous avions décidé, Line et moi, d’aller rendre visite à mon oncle et mes cousins dans le nord. Un ami nous avait prêté une voiture, car il en avait deux. Une superbe Wolkswagen Golf diésel. Un charmant bijou fier descendant des peace and love van selon moi, mais en version mini voiture. Fait inusité, elle semblait avoir la même âge. C’est pour cette raison qu’il a cru bon de m’informer que la petite vitre du côté passager, il ne fallait pas l’ouvrir, car elle n’était pas « fiable » avait-il mentionné. Bien sûr, dans la vie on prend souvent conscience des choses une fois qu’elles nous ont sautées à la figure. Nous voilà sur l’autoroute des Laurentides, un Samedi après-midi. Line, subissant un coup de chaleur, mais pas assez intense pour descendre la grande vitre, empoignât le petit clapet qui verrouillait la petite vitre. Le genre de triangle qui pivote de gauche à droite sur un axe central. Malheureusement, c’est à ce moment que je me souvenu que je n’avais pas partagé cette information avec elle au sujet de l’instabilité de la chose. Comme j’avançais ma main afin de donner plus de ton à mon cri de désespoir, elle abaissait le verrou de la vitre. Sans avertissement, elle volât dans le ciel, puis elle disparut à jamais, non elle ne reviendrait jamais. Après s’être figés dans le temps quelques secondes, nous nous sommes regardés dans les yeux. Notre réaction à se départ précipité? Nous avons éclaté de rire à en mourir, car la situation était on ne peut plus tragique et cocasse à la fois et nous les Québécois, on aime ça le tragique.

 

Quelques minutes plus tard, nous apercevions les premières maisons cachées de l’autre côté de la courbe serrée qui signalait l’entrée du centre du village. Je dois dire que voir cet écriteau « St-Hippolyte » était un moment magique. Retourner après plusieurs années à l’endroit où j’avais vécu mes plus belles expériences de jeunesse m’emplissait d’un mélange de joie et de sérénité. Ce sentiment d’être chez soi, d’appartenir à un coin de terre vient envahir tout votre cœur qui bat son approbation à grand coups de marteau. Il le sait lui que vous êtes chez vous. Bref! Encore cinq kilomètres et nous y sommes. Bizarrement, la maison apparait dans notre champs de vision, mais ce n’est pas d’elle que j’ai envie à l’instant, c’est le reste. De voir, ou plutôt de revoir les endroits où tous mes souvenirs d’enfances sont venus au monde. Les boisées environnants, le lac, les petits chalets qui sont tout autour, même le chemin qui mènent de la route principale à la terre de mon oncle me semblent avoir une valeur sentimental. Au bout de cette pensée, nous stationnons la voiture dans l’entrée du chemin de terre qui monte dans les bois derrières où sont situés les chantiers de bois. Toutefois, nous nous arrêtons ici, car juste là, planté dans le sol comme si elle avait toujours été là et qu’elle était la promesse de l’immortalité, la grange. Elle était vieille, bien plus vieille que moi et de mon oncle d’ailleurs.

 

Je regarde Line et je lui dis :

 

« Alors tu viens? »

 

Elle demande en retour où je veux aller et je dois admettre que cette question me prit de court. Je lui ai répondu que cela semblait évident que nous allions visiter la grange, mais pour elle cela ne signifie rien. Normal quand on y pense, ce n’était pas ses souvenirs. Aucune émotion n’allait naitre de cette visite banale, et de plus ce bâtiment n’avait rien d’autres qu’une valeur sentimentale. Il était presqu’en ruine. Le bas des murs extérieurs était pourrit par endroit, la toiture en tôle de couleur rouge par ici et par là et les deux portes échancrées avouaient avoir été sans attention par son propriétaire depuis un long moment. Qu’à cela ne tienne, car mes souvenirs d’enfance ne sont pas dans son habillage, mais dans son cœur, son âme. Cette grange est magique à mes yeux et son odeur, j’ai hâte de retrouver son odeur. Descendons de cette voiture et allons satisfaire ma soif de nostalgie lui ai-je dit. Line acquiesça sans hésitation, car bien qu’elle ne partageait pas mon sentiment à l’égard de cet endroit, elle partageait mon cœur et lui, il avait envie de ça.

 

Au moment même où j’ouvris la portière de la voiture, mon visage se vit caresser par une petite brise d’automne. C’était comme si la nature me souhaitait la bienvenue. Ensuite, plus rien, plus rien du tout. Cette petite caresse s’était évanouie dans l’air sans bruit. Je dis sans bruit parce qu’il n’y en avait aucun. J’aurais pu entendre mon cœur battre. Je fus d’abord surpris par cet abandon au néant. Quand on vit longtemps dans une grande ville, on s’habitue à son rythme, au son de ses articulations grinçantes à force de l’entendre telle une girouette qui crie son frottement entre ses pattes, au fil du temps on ne l’entend plus, mais il est toujours là. Ici, il n’y avait rien, pas un son, pas un bruit sinon celui des branches bercées par brise intermittente.

 

J’enlevai les bouts de planche qui entravait la porte pour la garder fermée et je l’ouvris avec quelques efforts. Line me demanda à ce moment si j’étais sur de vouloir faire cela, car selon elle, sans demander la permission ce n’était pas un geste très poli. Je lui ai donné l’assurance en affirmant de ne pas s’inquiéter, car je étais comme chez moi ici et que personne ne m’en tiendrait rigueur au contraire. À peine à l’intérieur, mon sens de l’odorat fut pris d’assaut par le parfum des ballots de foin empilés sur la moitié gauche de la grange. C’est à ce moment que je réalisais que s’il y avait de la vie ici, que ce bâtiment, malgré son âge, était encore vivant à l’intérieur. Je me suis accroupi et j’ai ramassé une poignée de cette herbe haute qui s’était endormie pour l’hiver à venir. Quel parfum, quelle odeur magique. Je ne peux expliquer pourquoi, mais cette jouissance olfactive était gravée dans ma mémoire depuis ma tendre enfance. Je cherchais Line du regard, elle était là, le sourire fendu jusqu’aux oreilles à en voir mon visage qui exprimait mon contentement. C’est un de ces moments où l’affirmation qui dit que l’argent n’achète pas tout prend tout son sens. Derrière son sourire, mon attention fut captée par quelque chose d’inattendue. Je remarquai que les billes équarries qui traversaient la grange n’étaient qu’à un peu plus d’un bras plus hautes que moi. Je balayais du regard toute l’intérieur de la grange. Tout était petit. Plus petit que dans mes souvenirs et c’est à ce moment-là que l’enfant en moi a réalisé qu’il avait grandi. Tout un choc pour un gamin espiègle de son temps.

 

La porte du fond qui menait du côté de l’étable, n’était pas bien plus grande. Un coup d’œil rapide derrière moi voir si Line me suivait, elle était toujours là. Je déclenchais le loquet de la porte et je l’ouvris. Ahhhhh! Elle est là la vie! Je me suis exclamé. L’enfant en moi s’agitait et mon cœur battait la chamade. J’ai entré sans hésitation, en penchant la tête bien sûr, car le linteau menaçait de me refaire une coupe de cheveux en règle. Je reconnu tout de suite cette odeur qui vous picote le nez. Il y avait six stalles dont deux d’entre elles étaient occupées par des chevaux. Des bêtes qui ne pouvaient servir que pour l’équitation. Je pu en déduire par leur stature frêle et à la fois élégantes. Je dois avouer que j’étais un peu déçu. Je m’attendais à autres choses. Des poulets par exemple ou des vaches. Des petits chatons qui lapent du lait qui dégoûte des pies de vaches. Un coq pas trop d’accord avec ma visite. Outre ces deux bêtes équestres, il n’y avait rien et cela paraissait dans mon visage. Line tenta de me faire comprendre que les temps changent, que mes souvenirs ne sont plus d’actualité de nos jours. Évidemment, je n’étais pas d’accord avec cette affirmation. J’ai la tête dure.   

 

 

Je quittais mes souvenirs quand des lumières aveuglantes projetaient leurs éclats dans mon miroir du côté chauffeur. C’est surement la dépanneuse. Pourtant, mon superviseur m’a pourtant bien affirmé que cela prendrait au minimum une heure trente avant qu’elle n’arrive. Néanmoins, je ne me plaindrai pas si elle est déjà là. Je peux discerner le pourtour illuminé de sa cabine qui projette son rayonnement dans la nuit. Ce gars-là aime ça les petites lumières qui flash, mais bon, à chacun ses goûts. Il approche, mais, il y a quelque chose de bizarre. Ben voyons! Non, ce n’est pas vrai! On dirait qu’il change de direction, pourtant la route est droite. C’est drôle comment l’œil humain peut percevoir les choses parfois. En pleine nuit, aveuglé par des phares et des petites lumières de Noël, il peut distinguer une image que notre cerveau analysera pour en venir à la conclusion que le véhicule qui se dirige droit vers moi est en perte de contrôle. Son angle d’approche augmente de plus en plus, il change, mais cela est pire que je ne le pensais. Il y a autre chose. Quelque chose de bien plus gros qui apparait dans le rétroviseur. Tout mon corps se raidit d’un seul coup. Je m’éveille de la torpeur de mes pensées si douces et de toute mon énergie dont mon corps est capable de produire et Dieu sait qu’il peut en produire au-delà de ce que j’aurais pu imaginer. Je bondis d’un trait en agrippant le volant. Je me dégage de ma position et je saute vers la porte de droite. Je saisi la poigné et fait glisser la portière dans son socle. Elle a presque éclatée sur le choc. D’un effort de la dernière chance, je plonge dans le dernier retranchement possible. Voilà enfoncer dans quelques pieds de neige qui empli le fossé qui sépare la route du champ et je reste là. Le vent qui souffle étouffe tous les bruits, tous les sons qui pourraient provenir de la bête. Je lève la tête. Je ne vois rien, rien du tout sinon le côté et l’arrière du camion, mais au-delà, rien. Du contre-bas où je me trouve, mon champ de vision est quasiment nul. Je ne peux voir la route et la bête. Soudainement, une lueur fait battre mon cœur de plus en plus. De ses couleurs rougeâtres et verdâtres, mélangé à une blancheur floue, elle prend en otage la nuit et elle entend bien prendre le dessus. Rien ne semble vouloir l’arrêter. Ohhhh! Non! Je distingue la bête qui apparait subitement à travers un nuage de neige poudreuse qui embrouille l’air. Elle se dirige droit sur mon camion. À la dernière seconde, alors que mon cœur est sur le bord d’exploser, je puis distinguer le bout de sa queue. Elle semble ralentir, je le sens, quand bien même tout se passe si vite et si lent à la fois. Oui! Elle ralenti, mais pourquoi donc? Curieux, je soulève encore plus la tête, trainant le haut de mon corps avec elle au bout de mes bras. Elle change de direction, elle repart d’un autre sens pour disparaitre d’un instant. Seule la poudreuse s’éternise d’une dernière danse avant de revenir choir sur la route. Néanmoins, la bête est encore là, je l’entends. Son grondement s’est transformé en crissement comme si ces griffes frottaient sur le sol tout le long de l’autre côté du camion. Je me suis tourné énergiquement pour la suivre, même si je ne la voyais pas. Je vis apparaitre la poudreuse blanche à nouveau, mais cette fois, devant le camion. À travers elle, des lueurs rouges vives qui criaient leurs fureurs, mais elles ne couraient pas vers moi. Elles s’enfuyaient de je ne sais quoi. Je la vis s’éloigner de plus en plus lentement en oscillant de gauche à droite et de droite à gauche. La bête est son maître disparurent dans la nuit, tout en lui rendant son silence d’avant. Elle lui redonna ses armes de solitude. Moi je restais là, encore saisit par cette attaque. Les petits flocons de poudreuses venaient mourir sur la peau de mon visage qui bouillait, qui enfumait l’air. Au moins deux minutes ont passé, puis je me suis relevé. J’ai quitté mon retranchement pour en rejoindre un autre. Je me renfonçai sur mon siège bien au chaud. Tellement chaud que j’éteignis le ventilateur qui faisait circuler la chaleur dans la cabine. De la sueur coulait sur mon front, puis sur mes joues afin de me rappeler comment j’avais pu échapper à la bête, une fois de plus.

 

Nous avions quitté la grange et nous étions en route pour la maison de mon oncle. Bien qu’il ne faisait pas très froid, la petite vitre qui nous avait quitté plus tôt commençait à nous manquer. Pas grave, même pas un kilomètre à faire et nous allons nous réchauffer chez mon oncle ais-je lancé à Line qui semblait d’accord. De toute façon, nous étions un jeune couple et nous avions toujours la fièvre, le froid n’avait aucune emprise sur nous. À ce que je me souvienne, alors que nous passions devant la maison, une cheminée de pierres s’extirpait du toit. Il y avait un foyer dans cette maison, j’en suis sûr.

 

La voiture descendait la côte lentement, j’y mettais les freins quitte à me faire surprendre de derrière par une autre voiture. Je voulais savourer chaque image de ce que mes yeux m’offraient. Sur la droite, un champ ceint par une clôture de planches fixées sur les billes rondes espacées d’environ dix pieds. Du haute de la côte jusqu’au bas, il y avait deux cents mètres et j’estimerais la largeur du champ qui ressemblait plus à une grande cour arrière, à environ soixante-quinze mètres. Adossés à des planches, des quartiers de bois bien cordés que j’estimerais à deux ou trois cordes. Est-ce que je peux me fier à des notions qui datent d’il y a longtemps? Oh si, je le peux! Après tout, il ne s’agit pas d’une différence de vision du à la grandeur ou à l’âge, quatre par huit, c’est toujours un quatre par huit, peu importe la hauteur que l’on a. Il était sec ce bois. Simple agrément de terrain ou allait-il servir de combustible de poêle? Je vote pour le poêle. L’herbe n’était pas haute et ce qui restait portait les couleurs de l’automne. Au fond de cette grande cour de campagne, une structure d’environ une douzaine de pieds de large et huit pieds de profond avec un toit en pente. Voilà j’ai compris à quoi servait ce petit champ. C’était un enclos pour les chevaux que j’avais surpris là-haut à la grange en train de mâchouiller dans le silence et la solitude. J’imagine que de temps à autres ils venaient y faire un tour comme nous allons au chalet les fins de semaines ou venait-il simplement plaire à leur propriétaire en faisant office de toile rurale.

 

Nous tournons à droite et quelques mètre plus loin, nous entrons dans l’allée et stationnons la voiture. Sur notre droite, un jardin à même la parcelle de champs du pacage à chevaux. À côté de cette mini-terre de culture, un puits en pierre qui ne servait plus que de décorations. Sorti de la voiture, je pouvais voir l’entièreté de la maison de campagne qui datait des années cinquante ou plus vieille encore. Une maison à étage avec un toit en pignon. Sur le côté, à l’étage, deux petites fenêtres. Un balcon en pierre invitait à la porte d’entrée à l’avant, mais comme bien des maisons, on ne passait pas par-là, jamais! Un garage adjacent à la maison et à côté, la porte « officielle » du monde de la campagne. Nous faisons trois pas et un chien vient nous accueillir, un berger allemand. Inquiets, nous attendons voir. Normalement un chien libre est un chien gentil, mais bon! On ne sait jamais! Il vient mouiller ma main frénétiquement avec son museau humide. Je peux effectivement qualifier cet accueil de gentil. Nous ouvrons la première porte de métal et de verre qui donne sur le portique. Au sol, il y avait des bols de nourriture pour chat qui mélangeait son odeur à celui du bois vieilli et de l’humidité. Définitivement les animaux de compagnies vivaient en liberté ici. C’est à se demander quelles autres bêtes se cachaient tapies dans l’obscurité du fond du portique qui donnait sur l’intérieur du garage.

 

Après avoir frappé à la porte, rien. Je frappe à nouveau. Nous nous regardons en partageant la même impression. Nous venons de la ville. Tout est rapide chez nous, nous frappons, on ouvre, on téléphone, on nous répond immédiatement. Ici, rien. Puis une voix rauque fracasse le silence et le chien s’arrête brusquement d’exprimer son excitation du moment.

 

« OUI! »

 

C’était bien mon oncle ça. J’aurais pu reconnaitre sa voix parmi des milliers d’autres. Il avait une voix portante qui vous saisissait à chaque note. Même moi, sortant tout juste des Forces Armées, je fus saisit encore une fois par cet intonation. Line riait. Je tournais la poignée et poussa sur la porte.

 

« Ah ben! Si c’est pas le p’tit Daniel! »

 

Voilà ces premières paroles alors qu’il marchait vers moi du salon. Acculés près de la porte, la seule chose que l’on voyait par dessous les armoires de la cuisine, c’était ces jambes. Face à nous, un comptoir de cuisine s’étirait du mur gauche de la maison jusqu’à son milieu. Elles étaient surplombées d’une série d’armoires qui ne laissaient qu’un espace d’environ trois pieds qui s’ouvrait sur le salon. Il contourna le comptoir pour venir se planter devant nous. Il gonfla le torse en se penchant vers l’arrière et éloignant ses bras du côté de son corps il s’exclama fort :

 

« Salut ti-gars! »

 

Il n’était pas grand de ses cinq pieds et trois pouces, mais il était costaud. À peine ces cheveux recouvraient sa tête. Son visage dur et ses yeux perçant de bleu vous imposait sa force, sa résistance. C’était un homme de bois. Il s’approcha de moi en tendant la main qui invita la mienne. Malgré toute la résistance de la mienne, sa poignée de main lui conféra la supériorité de son titre de « mon oncle ». On se croit un homme à vingt et un ans. Je sortais des Forces Armées Canadienne et je n’avais que des os et du muscle taillés à l’endurance des jours, des semaines et des mois d’entrainement. Oui, j’étais un homme, mais lui il était quoi alors? Il était une espèce en voie de disparition, comme ces vieux agriculteurs qui résistent au temps, à la modernité.

 

Quelques minutes plus tard, nous discutions tous les trois devant un verre de rhum, lui et moi. Line elle avait la faveur de l’homme qui lui avait offert un Grand Marnier sans glace après qu’elle eut refusé le Rhum. Elle ne buvait pas n’importe quoi la « dame ». Des voisins étaient venus se joindre à nous et nous parlions de tout et de rien. Nous avions évoqué les souvenirs de ma jeunesse, des bons coups que j’avais faits, mais surtout des mauvais. Il va s’en dire que sa mémoire semblait meilleur que la mienne parce qu’il se rappelait des choses que j’avais oublié ou bien que je n’avais même pas gardé en mémoire. Il racontait un jour ou il conduisait le camion deux tonnes chargé de bois et que, en regardant dans son miroir, il me vit courir derrière en essayant de la rattraper. Je courrais comme une petite gazelle le long de la clôture de cernait les champs derrière la grange. Arrivé tout près d’elle, il y avait un tas de fumier provenant des porcs juste à côté et des vaches. Un mélange ferme en surface et boueux et liquide sous sa croute. Courant à vive allure, mes deux jambes s’enfoncèrent dans cette boue immonde et puante. Mon petit corps plongea vers l’avant et tomba à plat dans ce mélange odorant. Je pris mon premier bain de m… à vie. Lui, il riait à s’en fendre la gueule. Sans doute voyait-il déjà le visage de ma mère alors que je reviendrais à la maison.

 

Combien d’autres souvenirs encore. Le temps filait vite. En bonne compagnie le temps filent toujours vite. Nous lui avions raconté notre histoire et surtout fallait-il justifié le fait que nous n’avions pas encore d’enfants. C’est là qu’il nous expliqua comment on fait ça des enfants. Nous qui pensions tout savoir déjà.

 

« Ti-gars c’est simple faire des p’tis! Vous êtes trop énarvés par la vie de fous en ville. Une femme là, faut que t’attende qu’à soit ben brulé. Là, tu lui donnes à boire, mais pas trop, juste assez pour que toute son corps soit disponible pis qu’à kick pas dans le baccu. T’allume un bon feu de poêle, pis tu fais ce que t’as à faire. Pis si ça marche pas, ben ça marchera jamais. »

 

On ne sait toujours pas s’il l’avait fait exprès, mais après nous avoir invité à coucher, il alluma un feu dans le foyer (Oui, j’avais raison, il y avait un foyer de pierre au salon), il nous porta des couvertures et des oreillés puis il disparu au deuxième parce des gars de bois ça se couche tôt. Un verre de Grand Marnier à la main, assise devant le feu du foyer, je la regardais et l’idée de mon oncle semblait bien invitante. Liqueur d’orange aidant, elle ne résista même pas du fait que nous étions en visite et dans le salon de plus est. Ce soir-là, devant les flammes de la passion, nous avons fait l’amour. Du peu de choses dont on puisse avoir l’assurance dans la vie, la conception de notre premier enfant fut l’une d’elles. Elle le savait, elle le sentait. Les femmes ont ce pouvoir, cette capacité divine de savoir ces choses-là.

 

Il faisait chaud dans la cabine du camion. Toute la glace qui s’était formée dans les vitres et dans le parebrise était fondue. Je scrutais la noirceur qui coupait l’éclatante neige blanche qui couvrait tout même les poteaux des clôtures à fils barbelés. Au-delà, il y avait une forme qui se détachait de cette couverture hivernale attira mon attention. À peine visible dans ce noir glacial, je m’approchais du pare-brise croyant y voir plus clair, mais les lumières du tableau de bord empêchaient tout. Curieux et à la fois las d’attendre à ne pas bouger, je décidai de sortir prendre l’air. Et surtout, de satisfaire la curiosité innée. À peine sorti de la route, mes pieds s’enfonçaient dans la neige d’environ une dizaine de centimètres. Je pouvais percevoir au bout de la clôture, un pan qui était mobile et attaché avec une chaine, mais sans cadenas. Impossible de le pousser, car il était bien enfoncé dans la neige, au moins 3 pieds. D’accord! Je passerai par-dessus. Je n’avais pas le choix, il fallait que je sache.

 

Elle était là, affrontant seule la rudesse de l’hiver. Abandonnée par les Hommes, elle se tenait fièrement debout quand même. Ce n’était pas sa première saison blanche, ça c’est sûr. Du pan de la clôture que j’avais enfourché, je pouvais la voir dans toute sa grandeur. J’arrachais un pas après l’autre à ce lit de neige ferme et douillet à la fois. La neige couvrait tout et je ne discernais rien, pas même l’aller qui menait à elle, mais elle était là. C’était comme si j’étais le premier à fouler le sol à sa rencontre. Mon cœur palpitait. Le monde autour avait disparu, il n’y avait que moi et elle. Je n’étais surement pas le premier à la voir, mais peut-être le premier à communiquer avec elle. J’entendais son cri de solitude, elle m’appelait. Elle avait vécu avec les Hommes auparavant et elle voulait vivre encore et encore. Je lui répondis silencieusement. Je suis là.

 

Pourquoi les Hommes l’avaient-ils abandonnée, laissée pour compte comme une vulgaire relique du passé? Bien sûr qu’elle était âgée. Elle avait bien plus que mon âge, bien plus que celui de mes parents et de leurs parents. En fait, elle était née au début du siècle passé. Des Hommes l’avaient construite sur le chemin principal du village puis après quelques années, alors que les routes nouvelles imposèrent leur ligne, ils l’avaient amené ici à quelques centaines de mètres de son emplacement natal. Je voyais les marches qui menaient à la grande galerie qui partait du côté jusqu’à l’avant qui s’étendait sur toute sa façade. Je posai le pied sur la première qui céda sous mon poids. Fragile début d’une rencontre, d’un premier contact. J’en poursuivis mon ascension avec précaution. Elles craquaient toutes sous mes pas. Sur la galerie de planches. Une porte sur la gauche donnait sur une grande pièce d’environ quatorze pieds par dix-huit. Je collais mon visage sur la vitre fracturée et à l’intérieur, des débris épars jonchaient le sol. De l’autre côté de la pièce, une fenêtre à six carrés de vitres qui était tous cassés. La neige formait un monticule à ses pieds, à l’intérieur. Je tentai d’ouvrir la porte, mais elle était verrouillée ou tout simplement coincée par la chaleur et le froid. Je retournai près de l’escalier. Presque en face de lui, une fenêtre placardé d’un contreplaqué était privée de sa vue. Sous mes pas, les planches craquaient, d’autres s’enfonçaient. Je continu, il faut que je continu. Elle ne me fera pas de mal.

 

Sur le devant, la porte principale en bois massif était gardée par deux grandes fenêtres de chaque côté. Des fenêtres à battants de style français à huit carreaux, dont la plupart était brisés ou fracturés. J’approchais mon visage près d’un trou béant et tentais de discerner l’intérieur. Juste au bas de la fenêtre, je pouvais voir de la neige amoncelé par le vent. Sa couleur blanche éclatante donna une faible lueur qui permettait de distinguer le début d’un escalier. Les marches et la rampe semblaient être d’un bois massif, foncé. Soudain, une lumière blanche dévoila l’intérieur de la maison. Cela ne dura qu’une seconde. À peine ai-je eu le temps de voir comme si elle voulait se garder, se protéger. Était-elle timide? Avait-elle peur? Toutefois, ce que j’ai eu à peine le temps de voir, me disait qu’elle n’avait pas raison d’avoir honte, au contraire.

 

Un bruit de klaxon rauque retentit et me fit sursauter. Le monde réapparaissait subitement. La dépanneuse, elle était là. Je la quittai, sans lui dire adieu. Je courais vers le camion et avant d’y être je fis une pause et me retourna en me disant à moi-même et à elle « je reviendrai! »

 

Quelque temps après avoir rendu visite à mon oncle, j’étais assis dans le bureau du gynécologue. Line faisait le jeu des quatre fers en l’air avec le médecin. Oui bien! Elle vient de la campagne elle aussi. Bon ça va! Elle était étendue sur la table, les pieds dans les étriers froids. On pouvait lire l’anxiété son visage et le mien. Cela n’a pas pris longtemps avant que le médecin nous annonce que nous allions être parents. Des larmes de joie se mirent à couler le long de ses joues, elle était heureuse, inconfortable mais heureuse. Enfin, nous commencions notre vie, notre vraie vie.

 

Nous coulions la vie sans heurts, sans surprises. Nous étions heureux. Les rêves se bousculaient dans nos têtes. Nous avions déjà remué quelques idées auparavant comme tous les jeunes couples. Des rêves intangibles, tel des nuages de brouillard qui s’efface d’un seul trait quand on y passe la main. Ils ne s’appuyaient sur rien. Maintenant, c’était différent. Nous avions notre chance à nous, c’était à notre tour. Nous avions tous les deux été élevés par notre mère. Nous avions aussi été témoin de leur déchirement, de leur combat. L’absence d’un père, même souhaitable, est une tare selon notre façon de voir les choses. Il ne faut pas oublier que nous étions tous les deux issus d’une génération « Walt Disney ». Une époque vide qui s’emplissait d’elle-même par des rêves préfabriqués par Hollywood. La génération qui précédait celle de nos mères avait décidé de faire un trait sur le monde traditionnel. Il fallait être moderne, car après avoir jouir de l’époque de l’après-guerre, un âge en or. Ces gens-là se disaient surement qu’ils pouvaient maintenant être libres, qu’ils n’avaient pas besoin de vivre sous le joug de la dominance des valeurs morales et religieuses. Toutefois, nous sommes ceux qui ont subi ce vide qui n’en était pas un. Eux, ils avaient tout rejeté, mais ils vivaient de la même façon, avec les mêmes valeurs, le même bagage. Ils nous faisaient seulement croire le contraire. Eux ils jouissaient de leur pleine liberté et tentaient leurs mille et une expériences. Ils se mariaient et se déchiraient à leur tour. Les enfants étaient écartés dans un sens ou dans l’autre. Tous ce qui portait l’ombre de leur passé était vomit puis enterré. Ils ne nous laissaient rien.

 

Toutefois, il ne faut pas se leurrer, leur épée se tenait toujours au-dessus de nos têtes. La génération qui nous précédait voyait en nous les erreurs de leurs choix et ils n’appréciaient pas. Ils voulaient vivre dans un monde de liberté absolue, mais nous, nous devions avoir toutes les mêmes qualités qu’eux, les mêmes valeurs traditionnelles qui leur conféraient leur identité. Ainsi, nous vivions entre deux mondes. Celui dans lequel nous vivions et celui dans lequel ils vivaient. On ne pouvait pas mettre le doigt dessus, voilà pourquoi on nous appelait les "X". Et nous? Nous voulions vivre où? Nous ne savions pas encore, mais les idées se mettaient en place chaque jour. Un grand rêve grandissait en nous, il se formait comme notre premier enfant. Il allait naitre dans quelque temps, tout allait venir au monde au même moment.

 

Pour demeurer dans le domaine des rêves et des illusions, une autre face se révélait à la médaille. Les cauchemars qui prenait pieds dans ce monde perdu, pétrissaient la société et nous enflammaient à la fois. Ce monde si laid commençait sa longue descente aux enfers et n’avions aucune intention de le suivre. Nous venions tout juste de sortir de la crise d’Oka. La crise qui a brisé une autre de mes illusions. Pour avoir été soldat, cette crise m’a dégoûté pour la manière où le gouvernement s’est servi de mes frères pour gérer une crise politique. Voir mes amis, mes frères se faire taper dessus, se faire insulter, se faire ridiculiser par les criminels en cause et la société tout entière à la fois, m’a profondément meurtri, encore une fois. Et que dire que nos voisins du sud, les Américains qui partaient à la chasse aux sorcières en voulant envahir l’Irak. Fou! Le monde était devenu fou!

La dernière fois que la tension internationale eut été si élevé, c’était à l’époque de la guerre froide. Et bien cette froideur, nous la ressentions à notre tour. Cette impression que le monde allait s’écrouler nous hantait. Elle venait souiller nos rêves en devenir ou les nourrir. Un cas comme dans l’autre, nous avions peur, nous avions tous peur.

 

Ma mère venait chez moi et, branchez sur CNN vingt-quatre heure sur vingt-quatre, se nourrissait d’images et de déclarations hallucinantes. Elle avait peur et s’en nourrissait de plus. C’est là qu’elle fomenta le projet de retourner chez sa famille, dans l’Nord. Quelques mois plus tard, en plein conflit de la première « Guerre du Golf », elle déménagea là-bas. Nous étions seuls maintenant, j’étais seul. Moi, face à ce monde mécanique. J’affrontais chaque jour les hordes de citadins qui allaient et venaient sans ne trop savoir pourquoi. Nourrit par les rêves artificiels offerts par les fournisseurs de paradis qui n’existaient pas encore. La société des loisirs, les REERs, les vacances, les voitures neuves, l’absence de criminalité, les remariages à outrance, voilà leurs rêves insipides et nous nous étions parmi eux, impuissants. Les soirs, assis sur le balcon du troisième étage de bloc appartement où nous habitions dans l’est de la ville, je regardais le ciel. Je scrutais la noirceur trompée par ces points brillants ici et là qui réussissaient à traverser l’épais voile de lumière de la cité des fous. Je rêvais, je calculais, je construisais. Une idée allait émerger de cette rêvasserie, une belle idée.

 

 

La vie dans tout ce qu’il y a de merveilleux était là, juste là. Assise à la table de la cuisine de notre appartement, Line me regardait, elle pensait. Moi je la regardais aussi. Elle était belle, ils étaient beaux. Sa bedaine toute ronde lui allait bien et je ne compris tout simplement pas pourquoi les femmes se sentent laides lorsqu’elles attendent le plus beau cadeau de la vie. Et ses yeux, ahhhhh! Ses yeux qui me regardait et qui disait tout, sans prononcer une seule parole. Toutefois, cela ne l’empêchait pas de parler par qu’elle me dit sans avertissement, comme ça : « Oui, je le veux! ». Bien que notre mariage avait été célébré deux auparavant, elle disait oui encore une fois. Nous nous étions engagé un envers l’autre devant les Hommes, pour le meilleur et pour le pire, maintenant nous allions nous engagé envers nos enfants devant Dieu. Nous allions faire tout ce qu’il était possible de faire pour leur offrir une vie basé sur la vérité et la justice. Une vie animée par le respect des valeurs traditionnelles. Nous avions cernés qui était important pour nous, pour eux. Nous nous étions promis d’épurer le mode de vie traditionnelle d’il y a autrefois. Puisque nous avions été aux premières loges des méfaits de la modernité avec toute cette liberté morale, nous étions à même de juger qui en était les causes. Il y avait longtemps que nous nous étions questionnés à ces sujets, mais le temps n’était plus aux questionnements, aux analyses, aux théories. Le temps de passer de la parole aux actes était arrivé. Nous allions vivre notre vie comme il l’a vivait dans l’temps. Innocents, naïfs certains diraient, mais on s’en foutait nous.

 

Nous avions, de toutes façons déjà adapté notre vie en conséquence. Depuis un temps, on achetait notre viande chez un boucher à « l’ancienne ». Nous allions au marché chaque fois que cela était possible. Nous étions déjà conscients que vivre traditionnellement exigeait des efforts d’adaptation. Qu’à cela ne tienne, nous étions nourrit par un rêve, rien ne nous était imposé, nous avions fait un choix.

 

Elle était assise là, à la table de la cuisine oui. J’arrivais avec la boite du boucher. Une boite oui, parce que nous les sacs de plastiques on en voulait pas. M. le boucher enveloppait toutes ses viandes dans du papier brun, alors nous n’allions quand même pas ruiner tous ses efforts en les glissants dans un vulgaire sac de plastique, nous n’allions pas souiller nos viandes par cet odeur immonde de la modernité. Contraire à nos valeurs tout simplement. Je déballais les viandes et c’est à ce moment-là que le téléphone nous fit sursauter. Ça devait être ma mère ou la sienne, c’était toujours ça. Comme quoi la vie trouve toujours le moyen de nous surprendre, c’était un des frères de ma mère qui habitait à Saint-Jérôme. Quand nous étions sur le chemin du retour de chez mon oncle, du paradis, nous avions fait un crochet par le centre-ville de Saint-Jérôme, question de faire un peu de tourisme et d’aller dire bonjour à quelques membres de la famille. C’est d’ailleurs là, que ma mère était déménagée. Son frère était propriétaire de quelques duplex au centre-ville. Une petite rue tranquille, un cul-de-sac. Il lui avait loué un de ses petits logements que nous avions trouvé pittoresque quand même. Cela avait fait naître une certaine envie en moi, mais cette idée n’avait pas germé. Peut-être bien que la graine n’était pas saine ou était trop verte, trop immature. Bref! Elle n’était pas prête à prendre racine à ce moment.

 

Néanmoins, il faut croire que la vie est bien faite, car lors de cette visite j’avais exprimé un commentaire dont il se souvint, du moins il n’avait pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Il s’était souvenu que j’avais avoué candidement que cela serait intéressant de venir s’installer ici, à Saint-Jérôme. En fait, cette graine avait germé, pas dans le terreau de mon esprit, mais dans le sien. Cet oncle venait de nous offrir un de ses logements dans l’Nord. Ce n’était pas la maison de nos rêves, mais presque.

 

Un bas de duplex. Bien entendu quand on dit cela, il nous vient tout de suite à l’idée une image précise quand on vit à la ville. Un édifice à deux étages, bien souvent en briques ou en pierres avec des façades ornées de balcon de fer forgé tel que l’on en trouve partout dans l’est de la ville, le dernier bastion traditionnel de Montréal. Des cours arrière bien souvent en asphalte ou en dalle de béton. Des cours dont la plupart de la superficie est occupée soit par une piscine hors-terre ou un jardin. Limités par des ruelles tout au fond et par la clôture des voisins de chaque côté. Des logements dont les pièces sont disposés sur la longueur séparée par un long corridor. Chaque pièce habillée par des boiseries tantôt peintes, tantôt au grain naturel vernis. Des planchers de bois francs. Je décris cela parce que j’en ai vu pas mal. Mes amis vivaient tous dans ce genre d’habitation. Moi non. Je n’ai vécu que dans des appartements perdu dans des immeubles sans vie, sans personnalité. Quand un numéro est affiché sur la porte de ton appartement, ça laisse penser que c’est tout ce que l’on est, un numéro. Imaginez maintenant une seconde, recevoir un appel vous disant que vous avez la possibilité, voir même la chance, de pouvoir occupé un logement dans ce genre-là et pour presque la moitié du prix de ce que l’on paye à la ville.

 

Après avoir discuté avec lui quelques minutes, je raccrochais le téléphone en affichant un large sourire. Line me demandais évidemment de quoi il en retournait, mais je n’allais pas tout lui dire. En fait, je lui dis tout simplement que nous avions été invités à aller faire un tour samedi prochain pour souper chez mon oncle. De toute façon, nous devions y aller pour voir ma mère que nous n’avions pas vue depuis son déménagement. C’était le printemps, c’était le temps des promenades.

 

La dépanneuse quitta après m’avoir sortie de ma fâcheuse et heureuse position à la fois. Direction, le dépôt de la compagnie, il était tard. Je roulais dans le noir dont les ténèbres ne m’atteignaient plus. Moi je voyais plein soleil. Les idées se bousculaient dans ma tête, encore une fois comme la fois où j’avais reçu ces coups de fil de mon oncle pour m’annoncer qu’il avait un logement pour nous. J’avais hâte d’arriver chez-moi, chez-nous. Nous n’allions pas nous coucher tôt ce soir-là.  

 

Après le souper, nos trois garçons jouaient au salon à chercher les trésors cachés et les pièges tendus par les monstres de tout acabit qui menaçaient Mario et son frère au Nintendo je ne sais plus quelle version. Nous devant un café, on avait sorti les albums photos. Inutile de lui cacher ce que je venais de vivre sur la route. Dès que j’eu franchit la porte d’entrée, elle avait pu lire sur mon visage que quelque chose de spécial s’était produit et avait déjà vu ça avant.

 

Outre les photos de notre mariage, ils y avaient les premières photos de nos enfants. D’abord, le tout premier, Anthony, né à Montréal et tout de suite ramené dans le « bon monde ». Nous étions effectivement allé au souper de mon oncle et tout un souper de dois dire. Après avoir mangé et passer en revue des histoires de jeunesses pas toujours flatteuses devant ma compagne de vie, nous avions abordé le sujet de ses possessions immobilières. Il avait admis avoir un logement libre et qu’il souhaitait l’offrir à quelqu’un de la famille, tout en me lançant un regard complice. Nous sommes sortis voir de quoi il en retournait. Line avait peine à marcher tellement elle approchait de la date de l’arrivé de notre premier enfant. Nous n’avions pas long à faire, c’était l’édifice tout à côté de celui de mon oncle. On ne pouvait pas faire mieux comme rapprochement familiale.

 

Line n’a pas eu de mal à monter les marches du balcon puisqu’il n’y en avait qu’une. Un balcon d’à peine un pied du sol. À peine six pieds de large, il donnait immédiatement accès à la porte d’entrée. Une fois à l’intérieur nous avions été séduits par la petitesse de l’endroit. L’entrée donnait sur la cuisine qui n’offrait de place que pour une table et une laveuse et sécheuse qui pouvaient être, qui ne pouvait être que placé dessous une série d’armoires dont les portes en bois vernis avaient été fabriquées par mon oncle lui-même. La salle de bain adjacente était encore plus petite. Je veux dire, plus étroite à ce à quoi l’on pouvait s’attendre. Un bol de toilette, un lavabo et un bain-douche, un peu comme sujet, verbe et complément. D’une simplicité déconcertante dans un monde qui promettait l’abondance et le plaisir. Il n’y allait pas y en avoir dans cette salle de bain en tous les cas. À côté de la salle de bain, entre sa porte et le réfrigérateur, une minuscule chambre à coucher à peine plus grande qu’une feuille de contreplaqué de quatre par huit. Une trappe au plancher qui donnait accès au sous-sol de service en terre. Passé le réfrigérateur, le salon qui faisait environ dix pieds par onze pieds et tout de suite à la gauche, d’un pivot, nous étions face à la chambre principale. Une très grande pièce d’un pied plus large que le salon. L’on dit que l’amour rend aveugle et cela pouvait se confirmer en voyant notre visage heureux. Notre nid, nous avions trouvé notre nid. La particularité de cet endroit magnifique était la cours arrière. Nous n’en avions jamais vu une aussi grande. Clôturée des quatre côtés, gazonnée avec une remise tout au fond, elle offrait une superficie encore plus grande que la maison elle-même. Que demander de plus pour une jeune famille. Les enfants, parce qu’il était clair qu’on en aurait plusieurs, auraient accès à une cours sécuritaire pour jouer.

 

On regardait les photos. Le petit Anthony étendu sur une cou

verture dans la cour, se faisant cajoler par la voisine d’en haut, une jeune fille de treize ans. Ils étaient en amour. Line me dit justement qu’il était chanceux que nous l’étions aussi parce qu’elle n’a toujours pas digéré la surprise que je lui avais faite en retournant de la visite de notre nid en devenir et que seul son amour pour moi pouvait me sauvé la vie. Nous étions rentrés chez mon oncle et devant un café, il avait sorti un document qui affichait en gros caractères bleus « BAIL ». J’avais tout manigancé depuis le début. J’avais convenu avec mon oncle que si Line appréciait l’endroit, nous signerions le bail directement sur place. Je profitai alors de son enivrement de l’occasion pour lui faire accepter la meilleure chose qui soit, une chance de vivre ailleurs qu’à la ville et en route vers la liberté et le mode de vie qui était en accord avec nos principes. Elle n’allait pas m’en vouloir pour cela, mais à la table, elle tenait à me rappeler que ce n’était pas correct de lui avoir forcé la main, tant bien même que cela avait donné des résultats heureux.

 

Tiens! Voilà le deuxième, Samuel, me dit-elle. La famille s’agrandissait et en santé en plus. Bien entendu, on faisait tout pour ça. D’abord par ma santé à moi. Je travaillais dur. Mon oncle Laurent m’avait offert un poste comme chauffeur à la collecte des ordures ménagères et comme travailleur au bois. Deux jours par semaine à faire de la collecte et quatre autres à travailler dans la forêt à fendre du bois, le charger dans les camions et le livrer aux clients. Il était en forme le gars et en santé. Elle me rappelait combien je sentais bon à chaque fois que je revenais à la maison le soir après l’avoir quitté à la noirceur au matin. Je dégageais une odeur de bois d’érable elle disait. En santé oui, en santé mentale de plus est, car chez nous cela se passait autrement que dans le monde qui nous entourait. Line avait fait le choix de demeurait à la maison pour s’occuper des enfants, c’était son rêve. Selon notre perception des choses, l’équilibre familial tenait sur les assises traditionnelles. Elle était heureuse dans ce rôle et cela renforçait le mien. Ma vie avait un sens. J’étais son chasseur de Mammouths comme elle se plaisait à le dire. Les enfants eux, avait une maman près d’eux en tout temps. Ils allaient au parc ensemble, ils jouaient ensemble, ils remplissaient les couches en cotons et elle, elle les changeait. Tout ce temps, nous avions peu de moyens, mais nous n’en demandions pas plus, cela nous satisfaisait. Nous mangions bien aussi, car elle avait le temps et la patience de nous faire des plats traditionnels. Les ragoûts, les pâtés, les desserts, enfin tout ce qui aujourd’hui pourrait tuer à peu près n’importe qui, me gardait moi en santé. Je travaillais fort et je brulais tout ça sans problème et les enfants eux, probablement autant que moi.

 

 

Puis vint le petit dernier. Julien. Le petit dernier parce que d’une part Line ne pouvait médicalement parlant, aller plus loin, car tous ces accouchements avaient eu lieu par césarienne et les médecins disaient que la limite acceptable était de trois, et d’une autre part, il n’y avait plus de place. Nous avions effectivement occupé tous les centimètres carrés possible du carré de maison de vingt par vingt-deux. Nous faisions d’ailleurs une utilisation optimale de toutes nos ressources. Peut-être vivions-nous selon des principes traditionnels, mais la société changeait. Le passage de la modernité à la postmodernité s’enclenchait à une vitesse folle. La vie coutait de plus en plus cher et les besoins augmentaient et augmentaient encore.

 

Une famille de cinq avait vu le jour en aussi peu que trois années. L’avantage du peu d’espace entre chaque naissance était que nous pouvions utiliser ce qui avait servi au bébé précédent. Et que dire de l’expérience? Oui bien, tout le monde sait que le mode d’emploi ne vient jamais avec le produit dans ces cas-là. Par exemple, au troisième on comprend assez bien qu’un bébé peut grimper sur un comptoir et agripper un verre qui contient de l’alcool à friction et en boire un coup en l’espace d’un seconde, pendant que vous changez la couche d’un autre. On sait aussi que taper dans le dos du deuxième au moment où il s’étouffe et qu’il régurgite au même moment peut vous amener d’urgence à l’hôpital pour une insuffisance respiratoire. On sait aussi comment le petit dernier peux faire des gaffes et les faires passer sur le dos des plus vieux et que les parents n’y verront que du feu. Ah non! Cet exemple-ci on ne l’apprend qu’avec le dernier, le plus espiègle des trois.

 

Oui trois enfant et on en aurait voulu plus, mais la vie, outre les restrictions médicales, nous impose ses propres limites. La vie c’est quoi au juste? En fait, selon notre expérience de l’époque, la vie c’est les limites imposés par les moyens financiers dont tu disposes afin d’avoir une qualité de vie acceptable et pas seulement dans ton petit monde, mais dans le monde ou vous vivez. Tout va bien quand le noyau de ta famille est restreint à la famille justement, mais que ce passe-t-il lorsque ce noyau se déplace, s’extériorise. Je veux dire, lorsque les enfants commencent à avoir des petits amis, ils jouent à l’extérieur avec de moins en moins de surveillance, ils voient d’autres réalités. Déjà, tout jeunes, ils ont des besoins. Des besoins que nous n’avions pas considéré par notre insouciance ou de notre innocence. Peu importe. Le début des années quatre-vingt-dix ne sont pas les années quarante. La société consomme de plus en plus et personne ne peut y échapper, surtout quand on a une jeune famille. Vous avez beau faire, les vêtements, les jeux vidéo, les nouveaux jouets finiront tôt ou tard pas s’imposer d’eux-mêmes. À ce moment Line m'interrompe et me signale de ne pas oublier les nuits blanches que le papa à passer à éviter de tomber dans un précipice en voulant sauter par dessus des tortues et que la musique thème la rendait folle alors qu'elle essayait de dormir. Hors propos je lui dis-je. Continuons! La pression sociale et économique est si bien orchestrée qu’elle ne laisse personne derrière. Après tout, quand on a des enfants, on veut leur bonheur et leur bonheur c’est aussi le nôtre.

 

D’ailleurs c’est lorsque votre famille commence à s’ouvrir sur le monde que vous débute aussi un questionnement nouveau. Une autre réalité, une autre étape de la vie ouvre ses portes afin de vous inviter chez elle. Elle vous invite à souscrire à de nouveaux rêves, de nouvelles expériences. Néanmoins, avant de jouir de ses bienfaits, il faut d’abord prendre connaissance de ce qu’elle vous promet cette nouvelle vie et je dois dire que ce ne sont pas toujours des rêves. N’est-elle pas là toute la beauté de la chose?

 

En feuilletant les pages de l’album photo quelque chose glissa et tomba sur la table. Une coupure de magasine montrant une maison de campagne. Nous avions découpé cette image il y a longtemps, avant que les enfants viennent donner un autre sens à notre vie. C’était un de ses rêves, avoir une maison à la campagne. Bien entendu, c’est un rêve commun à tous. Néanmoins le nôtre était particulier. Nous ne voulions pas de ces maisons qui s’agglomèrent en rangées bien alignées et dépourvues de personnalité comme on en trouvait dans les banlieues naissantes. On pouvait penser que les gens de la ville venaient s’y installer en quête de quelques choses dont il ne pouvait identifier la nature. Alors, ils y venaient vivre en trainant avec eux les tares communes des cités cosmopolites. Des maisons sans vie, sans éclats, mornes qui lançaient leurs cris d’horreur tous les samedis. Le seul jour ou leur propriétaire s’éveillaient pour se donner l’illusion d’exister. Le reste du temps, ils survivaient et leur maison sans âmes était torturée par la solitude et l’indifférence.

 

Nous, on voulait vivre. Selon notre conception, une maison c’est un nid, car il voit naitre les enfants, il les voit grandir, il entend leurs joies et leurs pleurs, il se souvient de tout et il est toujours prêt à vous offrir ses souvenirs à la simple demande. Suffit juste de lui accorder un peu d’attention, de la considération. Une maison à la campagne doit être liée à son environnement, car elle doit être construite à partir de lui. Tout vient de lui. Sa structure doit redonner vie aux arbres qui ont été sacrifié pour elle. Ses fondations doivent être aussi solides que la roche qui soutient notre existence. Son allure aussi élégante et inspirante que les plus beaux agencements de la diversité naturelle de son environnement. On ne bâti pas une maison de béton dans une forêt autant qu’on n’en érige pas une de bois en pleine cité froide.

 

Cet incident heureux qui venait de survenir quelques heures plus tôt hantait mon esprit et le saisissait tout entier au fur et à mesure que nos rêves s’éveillaient à nouveaux de leur sommeil. Je lui racontai tout, ce qui m’était arrivé avec le camion et surtout ce que j’avais découvert et comment belle elle était et si seule, abandonnée à l’hiver. Par chance, nous étions vendredi. Alors samedi sera jour d’éveil pour nous aussi. Nous n’habitions pas une banlieue, mais une petite ville agonisante sous la pesanteur de la modernité,  c’était tout presque pareil.

 

 

Cette maison, elle nous ressemblait. Elle était délaissée par la modernité, mise de côté. Bien entendu qu’elle était âgée, brisée, échancré par le temps. Néanmoins elle avait ce que les maisons modernes n’ont pas et n’auront jamais, une âme. Cette maison avait vu grandir et mourir des gens qu’elle abritait il y a bien longtemps et pas si longtemps à la fois. Elle nous ressemblait. Elle avait en elle une partie de plusieurs générations. Cet amalgame lui conférait un genre particulier, une personnalité propre et unique. Elle nous ressemblait. Si le destin le voulait, nous serions réunis tous ensemble, nous et elle. Il faut dire que le destin des Hommes moderne est souvent lié à leur potentiel économique. Si vous êtes économiquement viable comme ils se plaisent à le dire, vous avez un destin empli de possibilités innombrables. Le cas échéant, le seul que vous ayez, est un loyer qui contribuera à faire la richesse d’un autre et vous, vous serez relayé au simple outil de culture, un maillon de la chaine alimentaire économique.

 

Qu’étais-ce donc être économiquement viable au début des années quatre-vingts dix? Pas facile à comprendre pour des jeunes qui naviguent entre deux rivages. Sur la rive est se tenaient les gens d’avant, ceux qui avait été habitué à travailler fort, à payer comptant. Ils leur suffisaient d’amasser un peu d’argent et votre qualité de travailleur acharné et votre sens de l’honneur et de l’engagement faisait le reste. Sans compter, les pots-de-vin de toutes sortes, comme on les nomme aujourd’hui les enveloppes brunes. Suffisait d’aller voir son gérant de banque avec une bouteille et quelques promesses de considérations futures et le tour était joué, vous alliez être propriétaire. Et il y a les autres d’après qui comprenait bien vite que les temps avaient changés. Maintenant c’est le produit qui doit être fiable. Il doit faire la promesse de rentabilité sans tenir compte de la personne qui le possède. Les banques ne prêtent plus sur la promesse et la garanti de l’individu, mais sur la capacité à un produit à être rentable, peu importe qui le possède. Le problème est que les conseils ont les prends où quand on débute la vie, quand on démarre dans le monde des adultes? On les reçoit d’eux justement, de ceux qui sont sur l’autre rivage. La traversée peut être assez pénible d’une rive à l’autre, elle peut briser bien des rêves si votre seul capitaine a une jambe de bois et à une barbe aussi longue que les années qu’il compte sur cette terre.

 

Ahhhh! Je travaillais dur et j’étais prêt à jouer ce jeu. Encore fallait-il en avoir les moyens puisque tout allait se jouer maintenant sur cette base, sur cette capacité à payer et sur la qualité du produit. Hélas! Nous n’avions aucun des deux critères nécessaire pour devenir un maillon plus important de la chaine alimentaire de l’économie. Les rêves, on les remet à plus tard, à un temps où nous allions être en mesure de répondre aux exigences de cette nouvelle économie asservissante.

 

Je du quitté mon emploi qui nourrissait nos corps et nos esprits pour un autre qui allait nourrir leurs corps et leurs esprits. Il offrait néanmoins des avantages sociaux intéressants pour une famille de cinq, un revenu suffisant et une promesse de stabilité qui allait faire de nous de « bons » citoyens. Voilà comment, quelques années plus tard, je me trouvais au volant d’un camion de livraison d’une grande multinationale, en plein hiver. En pleine tempête qui me jeta sur le bas-côté de la route. C’était un coup du destin, je puis vous l’affirmer.  Nous voilà, encore une fois, face à cet imprévisible futur. Qu’à cela ne tienne, nous sommes jeunes, nous sommes forts et pleins d’enthousiaste à l’idée de relever de nouveaux défis. Nous partagions cette passion. Après lui avoir fait part de mon idée, elle s’est jointe à moi, encore une fois, pour le meilleur et pour le pire. Nous irions voir ce que cette belle d’autrefois avait à nous offrir, demain matin.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les premiers pas vers la liberté

  Discuter d’un rêve, recherche sur la maison, négociation avec le proprio.     Déménagement. Les premiers jours. S’adapter.

 

  Redonner vie à l'histoire

  Rencontre avec le producteur laitier. Projet de vie. Aménagement de la   grange et de la cuisine d’été.

          Visite au couvoir et à la meunerie

          Nos premiers animaux


Les joies de l'autonomie

  L’été des moustique. La pompe à eau qui lache. Le jugement des autres. La   recherche d’informations. Apprendre à faire du beurre. Apprendre à faire du pain.


Ajouter à la famille

   Notre petit cochon. Le manque de notions. Improvisation des techniques.    Les enfants et leur liberté. Notre chatte. Zolo.

   Mère nature, c'est elle la boss

          20 pieds de neige

 

   Les enfants dans le ruisseau. Le coq. Le cochon qui saute. Les dindes.

   Douce liberté. Nos parents aiment notre projet. Amener nos dindes à    l’abattoir.


Les caprices de la « boss »

Chauffer de la neige sur le poêle à bois afin d'avoir de quoi se lever et se nourrir pendant 3 jours à l'époque de la crise du verglas, c'est quand même quelque chose. Malgré cela, s'assoir à table ce soir-là avec comme seul éclairage une lampe à l'huile, fut un moment magique. Sa lumière douce éclairait notre repas qui provenait en majeur parti des fruits de notre travail sur la terre. Parlant de ce dernier, aller prendre soin des animaux dans la noirceur totale avec comme seul repère le sentier, découvert par le reflet de la lune, qui menait à l'étable fut assez mémorable. Sans compter l'univers surréaliste qui nous attendait en entrant dans une étable oubliée dans les ténèbres avec comme toile de fond le crépitement des bêtes qui s'éveillent, nous sentant venir à leurs besoins, sont des souvenirs inoubliables qui nous font penser que nous étions ailleurs, à un autre temps. Moment magique parmi tant d'autres!

 

 

Rudolph, le cochon pionnier Passé l’hiver au froid. Manger n’importe quoi. Le premier dans l’assiette

 

 

La volaille bât de l'aile

          Les poules attaquées et décimées. Faire du fromage.

 

L'épouventail

          Tentative de culture. Les patates et ses prédateurs

Dieu a toujous été le maître

          Étude biblique. Les lois de la nature et de Dieu. La vie et la mort


Vie fragile dans l'temps

   La vie fragile des habitants d’autrefois. Tuer, n’est pas naturel, mais    neccessaire. Les risques.

   On s'est enchainés

   Le systême économique. La condamnation du patrimoine. Certains    sauveteurs du patrimoine génétique. On ne peut pas avoir de lait.

 

Ce qu'on ne veux pas voir

          L’argent mène le monde. Les choix collectifs.


Présent sans futur

   Prise de conscience des limites de notre projet. Les enfants grandissent. Faut    faire un choix. Reprendre notre rêve plus tard.

   Lever le camps

   Dire aurevoir à Zolo. Trouver une famille pour la chatte. La survivante va   rejoindre des cousines. Les pleurs.

   Souvenir qui traversent le temps

   Les enfants en gardent un souvenir magique. Ce que nous avons réalisé.


Espoir d'un monde menacé

Conclusion. Le monde change. Les illusions. Le devoir de chacun. Les ainées nous quittent avec leur savoir. Nos souvenirs devaient être écrits. Ce livre à la main, nous regardons les chutes se déversées à New Glasgow et nous sommes emplis d’espoir.

 

- Daniel Bone

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 16:27

 

 

     La vue lui revenait lentement, tout était flou, ajoutant à son déséquilibre émotionnel qui lui meurtrissait la poitrine. Son corps tout entier vibrait de façon incontrôlable. Il était assis sur ses genoux, la tête entre ses bras. Recroqueviller  sur lui-même, tentant de se ressaisir, de s’extirper de cette immense douleur.

 

     Il leva la tête en se gonflant le torse afin de pousser un cri de désespoir comme il n’avait jamais crié auparavant.

 

     Gabriel s’approcha de Jack afin de le réconforter, afin de lui soutirer cette douleur, mais il criait, il se débattait. La folie s’emparait de tout son Être. Il le saisit de force et l’enveloppa d’une aura brillante et douce, d’une blancheur indescriptible. Elle brillait sans aveugler le regard.

 

     La respiration de Jack semblait reprendre son cours normal, mais il restait là, à genoux comme s’il renonçait à poursuivre son existence.

 

     Gabriel d’une voix sereine lui dit :

 

     -Ça va aller Jack ! Tout ira bien !

 

     Jack leva la tête vers Gabriel, accromprit tout près de lui et lui lança d’un ton rauque :

 

     -Ça va aller ??? Après tout ça, tu me dis, « Ça va aller ! » ?

 

     -Non, ça ne vas pas, pas du tout !

 

     Gabriel approcha sa main vers la poitrine de Jack, voulant extirper cette atroce douleur de son Être, mais Jack la repoussa d’un geste brusque, signalant qu’il ne voulait pas ignorer cette douleur, mais bel et bien la vivre, car cela était tout ce qu’il lui restait.

 

     Gabriel insista en plongeant ses yeux dans ceux de Jack, en communiquant avec lui. Il posa ma main sur sa poitrine et Jack se senti perdre tout son poids. À peine pouvait-il percevoir sa propre énergie.

 

     Il revoyait maintenant dans sa mémoire ce qu’il venait de se passer, juste avant son éveil ici, au Royaume de Dieu. Étrangement, tous ces souvenirs ne furent pas accompagnés de sensations ni d’émotions. Il était comme la projection d’un film muet. Il pouvait revoir l’homme s’approcher de lui, sortant son arme et faire feu, sans autres demande, puis plus rien, le noir total. Tout cela semblait en même temps si réel, si proche comme si ces évènements venaient tout juste de se produire.

 

     Gabriel mentionna :

 

     -Il y a très longtemps Jack, selon votre perception du temps.

 

     Jack regarda Gabriel et lui demanda combien de temps.

 

     -Il y a 30ans Jack, mais ici…

 

     Jack l’interrompit en disant :

 

     -Mais bon sang ! 30ans ? C’est fou !

 

     -Et Sarah ?

 

     -Et le bébé ?

 

     Gabriel fit un tour d’horizon de son regard, comme s’il explorait l’immensité sidérale qui s’offrait à leurs yeux avec son centre lumineux.

 

     Jack se dit en lui-même qu’il était bel et bien de retour au Royaume, mais il avait tant de questions, autant sinon plus que lors de son premier passage ici.

 

     -Ne sois pas inquiet, Sarah vas bien.

 

     -Elle bénéficie du même processus de revitalisation que toi, dans le Royaume, mais vous n’êtes plus lié l’un à l’un sur une base charnelle.

 

      À entendre ces paroles Jack affichait un sourire, un sourire d’enfant émerveillé. Sa signature énergétique se mouvait plus rapidement et ces teintes, plus rosées que bleues, se mélangeaient à bon rythme.

 

     -Et mon fils ? Lança Jack.

 

     -Il est vivant !

 

     -Il est vivant ? Oh merci Dieu !

     -Ton fils a survécu au drame, telle était la volonté de Dieu, car il jouera un rôle essentiel vis-à-vis l’avenir de l’humanité. Il a été choisi !

 

     -Il te sera révélé tout cela en temps et lieu, mais pour l’instant, allons faire une promenade toi et moi.

 

     Jack senti son corps se mouvoir, s’alléger. Tout l’environnement se mis à changer lentement, puis de plus rapidement comme s’il volait. En effet, il survolait le Royaume. Ils passèrent près de l’étoile du centre, là où se trouvait le cœur de toute cette forme de galaxie ou d’amoncèlement d’étoile. C’est de cette façon qu’il pouvait le décrire de sa vision d’homme.

 

     Puis tout se mis à s’accélérer. Les points lumineux se changèrent progressivement en trace linéaire comme dans les films de science-fiction, ils voyageaient à la vitesse de la lumière. Néanmoins, ils accéléraient encore et encore, au point où la structure même de leur environnement ne s’apparentait à rien de ce qu’il avait déjà vu. Des couleurs et des formes des plus brillantes les unes que les autres. Tantôt des formes géométriques organisés, tantôt des formes aléatoires. Il ne ressentait aucun malaise, il était là, l’on aurait dit que tout cette environnement bougeait et que lui restait sur place.

 

     À ce qui lui semblait des minutes, ils commencèrent à ralentir. Un monde incroyable s’offrait doucement à ces yeux. Trois étoiles d’intensités différentes se posaient en opposées dans le vaste univers où se dressait un voile qui semblait aller d’une à l’autre, un voile de nuances bleutés, parsemés de petite sphères scintillante.

 

     -Regarde Jack, lança Gabriel en pointant du doigt vers quelque chose derrière lui.

 

     Jack se retourna et il était témoin d’une chose incroyable. Une planète bleu, parsemé de vert ici et là. Un œil non initié aurait pu croire que c’était la Terre, mais ça ne l’était pas.

 

     -Tu vois Jack, il y a des mondes comme celui-ci partout dans l’univers, abritant la vie, des mondes où l’environnement est pur, où l’homme vie en harmonie avec lui-même, avec la nature qui l’entoure. Ils ne font qu’un.

 

     Ils se retrouvèrent intensément au centre de ce que l’on aurait dit un village du 16ième siècle. Des gens allaient ici et là, affichant un air serein et souriant. Des enfants couraient par là et d’autres étaient assis parterre devant une femme qui semblait leurs enseigner des choses. L’on pouvait sentir l’odeur de l’air pure comme il ne l’avait jamais senti auparavant, même dans son village natal, pourtant réputé pour avoir un air pur et frais, mais il en était loin de là.

 

     Les quelques monceaux de pailles qui gisait sur les dalles offraient leurs parfums aux passant. Leurs parfums qui se mêlaient à celui d’une boutique de boulanger.

 

     Gabriel constatant l’émerveillement de Jack lui dit :

 

     -Ce n’est pas un rêve Jack, ici c’est la réalité.

 

     -Et bien sûr tu te demandes quel est le côté sombre de tout cela, quel prix ces gens doivent payer pour vivre ce rêve ?

 

     Jack ne put que confirmer sa question d’un signe de la tête.

 

     -Il n’y en a pas, car ici le mal n’existe pas, il n’interagit pas dans leurs vie comme il le fait sur la terre. C’est la deuxième vie, le cadeau promis par Dieu pour les hommes et ils le remercient chaque seconde pour cela.

 

     Les hommes et les femmes, travaillent ensemble, partage tout. Bien sûr qu’ils doivent obéir à des règles, mais elles ne sont pas astreignantes comme sur la terre. Et de plus, ce sont les mêmes règles qui furent révélé à Moïse au Mont-Sinaï.

 

     -Tu veux dire que ces gens sont sous la gouverne de la religion ?

 

     -Non Jack, rien ne les gouvernes ici, ils observent ces règles par eux même, car ils y reconnaissent le bien qui leur permet d’avoir une vie harmonieuse.

 

     -Il te sera expliqué, plus tard, pourquoi ils y arrivent contrairement au monde où tu as évolué.

 

     Ils quittèrent tous les deux ce monde et parcourir l’univers et il fut montré à Jack des mondes merveilleux dont il ne pouvait même pas, dans ses rêves les plus fous, imaginer.

 

 

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